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Démographes et politiciens sonnent l'alarme de la baisse du taux de natalité du Québec. Certains rêvent d'un nouveau baby-boom, d'autres militent en faveur d'une politique nataliste. Il faut comprendre qu'en 2001, le Québec a connu une importante baisse de natalité, l'un des taux les plus bas des pays occidentaux.
Cette situation se conjugue à un autre fait troublant, celui du suicide, qui demeure la première cause de mortalité chez les jeunes. Une tendance lourde qui persiste malgré une politique de prévention en vigueur depuis quelques années. On note même une hausse du suicide chez les filles du Québec. De plus en plus de jeunes trouvent que la vie mérite d'être quittée, impossibilité de trouver un sens à une vie dans un environnement culturel qui n'arrive pas à leur donner de l'espoir ou un scénario de vie acceptable.
La situation des enfants est devenue une énigme à résoudre. Au Moyen Âge, il était courant de maltraiter, d'abandonner, de tuer ou de vendre les enfants. Il a fallu attendre au XVIIe siècle pour que l'on commence à traiter les enfants de façon différente et de prendre conscience de l'utilité de les scolariser et de les encadrer. Au XIXe siècle, l'esclavage des enfants a été supprimé, mais ils ont constitué une main-d'œuvre bon marché pour les manufactures. Ce n'est que depuis 1970 que la notion de maltraitance est apparue dans le paysage du monde des enfants. En vertu de cette notion, on a élaboré un système de la protection de la jeunesse. Depuis, nous travaillons, cas par cas, jour après jour, année après année, sur le sort de ces jeunes en difficulté. Mais après tant d'efforts, il est devenu évident que la maltraitance a une dimension collective. Il s'agit maintenant de nous attaquer à la maltraitance sociale. Une maltraitance systémique causée par une société générant la misère sociale, la pauvreté culturelle qui humilie, affaiblit et exclut trop de jeunes. Des jeunes désolidarisés de leur famille, sans réseau social et sans projets sociaux. Nous nous éloignons trop de nos enfants. Plusieurs d'entre eux sont égarés dans nos communautés, coincés entre le désespoir et la délinquance. Avant d'inviter d'autres enfants dans notre société nous devrions nous interroger sérieusement sur cette misère et nos responsabilités à leur égard.
Nous devons prendre conscience qu'un bébé sur trois vit dans la pauvreté. Certains chercheurs affirment que les bébés pauvres sont moins en santé et courent deux fois plus de risques de développer des problèmes de santé chronique et d'accuser des retards de croissance. Les bébés de familles pauvres sont en piètre état et la situation demeure dramatique pour bon nombre d'enfants naissant au Québec. Selon Statistique Canada, 18,5 % des enfants du pays vivraient sous le seuil de pauvreté.
La crise du logement est un autre problème majeur pour plusieurs milliers d'enfants vivant dans des familles à faible revenu. Selon une étude récente, la croissance économique augmente le nombre de sans-abri dans les villes. La hausse du niveau de vie de certains, la compétition, la désinstitutionalisation font des ravages. La recherche constante du profit aboutit à l'absurdité des cités modernes, crée un stress sur ces familles et indique la porte de sortie à beaucoup de citoyens. Plus de 10 000 personnes, dont 450 familles, sont sans logis. Beaucoup d'enfants se retrouvent piégés dans ces ghettos.
Des sans-abri aux enfants sans garderie, la situation n'est pas plus rose. Manque de places, liste d'attente et, selon le vérificateur général du Québec, les garderies en milieu scolaire souffrent de problèmes de surpopulation, de sous-équipement et d'un manque de personnel. Un besoin essentiel considérant le nombre de familles monoparentales, dont 85 % des chefs de famille sont des femmes. Beaucoup de placements d'enfants pourraient être évités si les parents en difficulté avaient accès à des garderies.
En milieu scolaire, le taux de décrochage atteint un niveau dramatique, particulièrement pour ceux vivant dans des milieux défavorisés. On note, dans certains cas, que près de la moitié des élèves sont en cheminement particulier. Dans certains quartiers, nous formons autant de décrocheurs que de diplômés. Des commissions scolaires se voient obliger, faute de ressources, de laisser tomber des milliers d'élèves en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage contrevenant ainsi à l'esprit de la Loi sur l'instruction publique.
Le manque de ressources oblige les responsables à faire des choix difficiles pour les écoles défavorisées. Une discrimination dans les services offerts est souvent la seule solution. Près de 75 % des jeunes dans certains établissements abandonnent l'école avant d'avoir obtenu un diplôme d'études secondaires. Ces problèmes se répercutent au niveau collégial où un cégepien sur deux ne termine pas sa formation technique.
D'autre part, selon Statistique Canada, les milieux aisés favorisent les longues études. Le statut socio-économique d'un enfant risque d'avoir des conséquences déterminantes quant à l'égalité des chances de réussir. Au Canada, une personne sur six est considérée comme illettrée.
Pour les jeunes les plus vulnérables, le système de protection de la jeunesse chargé de leur venir en aide est dans une impasse organisationnelle. Résultats: les enfants sont ballottés de famille d'accueil en famille d'accueil, des jeunes sont gardés illégalement dans des ressources inadéquates. Pendant que le système se cherche désespérément une âme, les enfants sont coincés entre les agendas, les structures, les organigrammes. L'intérêt de l'enfant devra un jour passer avant les considérations bureaucratiques et idéologiques.
Le Canada a un congé de maternité pitoyable en comparaison avec des pays comme la Suède ou le Danemark. Les congés parentaux ont des conséquences majeures sur le bien-être d'une famille et constituent un élément déterminant pour plusieurs parents d'avoir ou non un enfant. Pendant que le couple Québec-Ottawa se chicane sur ce dossier, les enfants écopent.
Tant que nous trouverons socialement acceptable la misère d'un aussi grand nombre d'enfants et que nous ne revaloriserons pas le rôle des parents, il m'apparaît indécent de songer à en inviter d'autres. Nous devons éviter de nous comporter en éleveurs d'un cheptel d'enfants, en adultes davantage motivés à remplir un territoire et à alimenter un système économique qui les méprise.
La maltraitance sociale, la misère des enfants entraînent une dislocation sociale et bafoue le principe d'humanité. Faire naître des enfants n'est pas suffisant, il faut les assumer individuellement et collectivement. Les inégalités sociales, la faiblesse des structures collectives composent un climat d'incohérence qui affecte et marginalise les jeunes.
Avant d'inviter d'autres enfants dans le cadre d'une politique nataliste, nous devrions commencer par nous préoccuper de ceux qui sont là et, par la suite, faire le ménage afin d'accueillir les prochains décemment.
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