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Nouvelles technologies, accès à la justice, multidisciplinarité...

Débat animé sur la profession

Guylaine Boucher

Les temps changent et la pratique du droit aussi. La plénière interactive présentée en ouverture du Congrès 2003 a été l'occasion pour le Barreau du Québec de réfléchir sur les changements qu'a connus la profession au cours des dernières années et sur les voies à emprunter pour l'avenir. La nécessité de miser sur les nouvelles technologies et l'intérêt qu'ont les avocats à collaborer avec d'autres professionnels sont ressortis de la plénière. Un débat animé au cours duquel les avocats présents ont été invités par les conférenciers à revenir à l'essentiel de leur profession en favorisant l'accès à la justice du plus grand nombre possible de personnes.

La plénière a constitué le coup d'envoi du congrès 2003 du Barreau du Québec
La plénière a constitué le coup d'envoi du congrès 2003 du Barreau du Québec

Organisée pour la première fois en mode interactif, la plénière réunissait sept conférenciers : M. Guy Rocher, sociologue et professeur au Centre de recherche en droit public; Mes Robert F. Hall, vice-président affaires juridiques, Cascades inc., Madeleine Lemieux, associée principale du cabinet Paradis, Lemieux, André Laurin, associé principal du cabinet Lavery, De Billy, et Claude Marseille, associé principal du cabinet Fasken, Martineau, DuMoulin; MM. Pierre Boucher, économiste, et Yves Boisvert chroniqueur au quotidien La Presse et à l'émission Justice de la Société Radio-Canada.

D'entrée de jeu, le sociologue invité, Guy Rocher, a donné le ton à la plénière en parlant de ce qu'il considère être les trois cultures du droit ; c'est-à-dire, la culture juridique professionnelle dont les avocats sont dépositaires, la culture juridique profane ou populaire, qui fait référence aux connaissances que la population en général peut avoir sur le droit, et finalement la culture juridique savante, enracinée dans les milieux universitaires. En constante évolution, ces trois cultures entretiennent entre elles des « relations conflictuelles, mais aussi parfois positives », de l'avis de Guy Rocher. Conjuguées ensemble, elles peuvent permettre des avancées remarquables, selon lui. Aussi, a-t-il convié les avocats présents à s'ouvrir, tant à la culture profane qu'à la culture savante, parce qu'après tout, a-t-il dit, « les rôles des avocats est de défendre les intérêts de monsieur et madame Tout-le-monde et la culture savante peut les y aider, ne serait-ce qu'en facilitant leur compréhension des comportements sociaux et des réactions des porteurs de la culture profane ».

Personnellement issu dans la culture juridique professionnelle, Me Robert Hall, de Cascades inc., a construit, à sa manière, des ponts entre les différentes cultures. Sa présentation a en effet permis de constater que nul ne peut prétendre agir comme conseiller juridique au sein d'une entreprise sans faire preuve d'ouverture ; ouverture aux préoccupations générales de l'entreprise, mais aussi à toutes ses fonctions. « En tant que conseiller juridique, je fais partie de l'équipe de direction. On s'attend de moi que j'aille au-delà du légal. Dans une certaine mesure, on fait plus souvent appel à mon jugement qu'à mes connaissances. Mon premier choc lorsque j'ai commencé à travailler en contentieux a d'ailleurs été de constater que mon patron ne voulait pas savoir comment je m'y étais pris pour en arriver à telle ou telle réponse. Il voulait seulement avoir LA réponse. Il a fallu que je m'adapte. »

Technologie adaptée et mythes à défaire

L'adaptation a aussi été au cœur des propos de Me Claude Marseille, troisième conférencier à prendre la parole dans le cadre de la plénière. Il a de fait expliqué aux congressistes présents à quel point la technologie faisait désormais partie de leur pratique. Il a notamment soulevé l'idée que « les cabinets d'avocats pourraient être amenés à développer un nouveau genre de services juridiques. Des services qui seraient accessibles au moyen d'Internet, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 ». Citant l'exemple de certains grands cabinets d'avocats britanniques qui mènent déjà des expériences du genre, Me Marseille a convié les avocats présents à se préparer à cette façon renouvelée d'aborder la pratique s'ils souhaitent « joindre des gens qui, autrement, n'auraient pas recours à leurs services traditionnels, jugés parfois trop coûteux ».

Dans un même ordre d'idées, confrontés à une population de plus en plus informée, les avocats de l'avenir auront aussi, selon Me André Laurin, tout intérêt à « décomplexifier le droit et leurs interventions s'ils veulent bien servir leurs clients ». La possibilité récente pour les cabinets de s'unir au sein de sociétés incorporées, regroupant d'autres types de professionnels, a aussi été présentée par Me Laurin comme une bonne façon de répondre aux besoins changeants de la clientèle. « L'objectif ultime derrière la multidisciplinarité est de mieux servir le public. Contrairement à ce qu'il peut sembler, rien de tout cela n'a une vocation protectionniste mais plutôt une vocation d'ouverture. L'arrivée de nouveaux associés et la possibilité de s'incorporer permettront d'obtenir plus facilement du financement et, en bout de ligne, d'augmenter les services offerts et leur qualité. Je suis même convaincu que ce sera un facteur égalisateur d'importance pour les cabinets de petites tailles et ceux qui sont installés en région. »

Elle-même associée au sein d'un cabinet de petite taille en région, Me Madeleine Lemieux a d'ailleurs profité du temps qui lui a été dévolu pour s'attaquer aux mythes entourant la pratique juridique en dehors des grands centres. « Contrairement à ce qui est souvent véhiculé, les avocats qui pratiquent en région ne passent pas leurs journées à cueillir des fleurs, a-t-elle lancé en boutade. Ils pratiquent le droit et sont, eux aussi, confrontés à des clients de plus en plus informés. Ce qui est vrai par contre, c'est qu'ils ont très souvent choisi la pratique à l'extérieur des grands centres parce qu'ils souhaitaient se dégager de l'obligation des heures chargeables, avoir une meilleure qualité de vie et une relation différente avec leurs clients. »

Pour le chroniqueur Yves Boisvert, dernier conférencier invité à prendre la parole, que l'on travaille en petit, moyen ou grand cabinet, à Montréal ou à Val-d'Or, la pratique du droit devrait toujours être animée par le même idéal : celui de favoriser l'accès à la justice du plus grand nombre de gens possible. Déplorant le virage économique extrême qu'ont pris certains cabinets et l'idée d'industrie juridique véhiculée depuis quelques années, le journaliste a rappelé aux avocats présents les raisons premières qui les avaient menés vers le droit. « À chaque fois que j'ai eu l'occasion dans ma carrière de rencontrer le juge Pierre Michaud il m'a parlé de la même cause. Une cause qu'il a traitée lorsqu'il était avocat. Une cause de barrages de castors. À chaque fois, il aime me raconter comment, en fouillant, il a trouvé une façon pour son client d'obtenir justice. Je me suis souvent demandé pourquoi il me parlait toujours de cette affaire. Puis un jour, j'ai compris. Pour gagner sa cause, il n'avait pas compté les heures. Les comptables font ça. Il n'avait pas que documenté l'affaire. Les notaires font ça. Il a fait ce que seul un avocat peut faire : aider une personne à obtenir justice. Et c'est pourquoi il est si fier de cela. Encore aujourd'hui d'ailleurs, la cause est citée comme un exemple dans la jurisprudence. Lorsque l'on s'inscrit en droit, on aspire à quelque chose qui ressemble à la justice. Un avocat ne devrait jamais perdre cela de vue. L'avenir de la profession est peut-être à la base même de ce qui la constitue.»

Les avocats se prononcent

Tout au long de la plénière les avocats présents ont été invités à se prononcer sur différentes questions posées par les conférenciers. L'exercice a permis de mettre en lumière divers faits et perceptions. Aussi, dès le début de la plénière, on a pu apprendre que le fait d'apporter une valeur ajoutée à leurs clients est la première préoccupation des avocats, suivi non loin derrière par la conciliation travail-famille. La tendance à favoriser l'obtention d'un diplôme de deuxième cycle a aussi été mise en évidence, tout comme l'augmentation de l'utilisation de la technologie par les avocats dans leur travail de tous les jours. Enfin, plus de 90 % des avocats présents ont aussi confirmé avoir souvent, ou à l'occasion, recours aux services d'autres professionnels. Des professionnels que 74 % des congressistes présents jugent d'ailleurs tout aussi compétents qu'eux. Tout près de 60 % d'entre eux ont aussi confirmé faire des efforts pour « décomplexifier » le droit et leurs procédures pour leurs clients. Rien de plus normal si on considère que 70 % d'entre eux sont convaincus que la complexité du droit a concouru au cours des dernières années à nourrir la méfiance du public envers la profession juridique. (G. B.)

 

 
 

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