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Association internationale francophone des intervenants auprès des familles séparées

Tour d'horizon et nouveaux sentiers

Myriam Jézéquel

Besoins des familles séparées, cohérence des interventions, état du droit de la famille sur les responsabilités parentales, nouveau pouvoir de l'Enfant-Roi, médiation ordonnée et spontanée, pratiques novatrices en matière de visites supervisées, voilà quelques-uns des thèmes abordés lors du tout premier colloque de l'Association internationale francophone des intervenants auprès des familles séparées (AIFI) tenu au début de l'été à Montréal.

Ce colloque multidisciplinaire, présidé par Lorraine Filion, fondatrice de l'Association, a rassemblé médiateurs, psychothérapeutes, juges, avocats et professeurs de quatre provinces canadiennes, de la France, de la Belgique, du Luxembourg et de la Pologne. La variété des interventions et de la mise en commun des savoir-faire déployée lors de cet événement de deux jours répond bien aux objectifs de la nouvelle association en reflétant le travail en concertation et en interdisciplinarité des professionnels œuvrant à soutenir adultes et enfants lors des séparations familiales.

Place de l'enfant

En ouverture du colloque, la juge en chef de la Cour supérieure du Québec, Lyse Lemieux, s'est penchée sur le rôle que doit jouer le juge afin de préserver les besoins de l'enfant et sur les stratégies de partage des responsabilités parentales, le tout dans l'optique de minimiser les effets de la séparation familiale sur l'enfant. Richard Cloutier, psychologue et chercheur à l'Université Laval, a pour sa part réfléchi sur la place de l'enfant dans la transition familiale. Selon lui, il existe un enjeu psychologique pour l'enfant à éviter toute contagion de la rupture conjugale sur la relation parentale. Il note entre autres ce paradoxe découlant du fait que « l'on invoque beaucoup l'intérêt de l'enfant, mais on ne parle pas beaucoup à l'enfant ». Comment, demande-t-il, expliquer le contraste entre la place de l'enfant dans la justification sociale de la médiation et la faible participation de l'enfant dans l'intervention professionnelle entourant la séparation? Pour lui, défendre l'enfant tout en l'évitant conduit à remettre en question son incontestable participation à la vie de famille. Aussi, la question demeure-t-elle : comment impliquer l'enfant sans pour autant lui faire porter le poids de la décision?

Besoins des familles

Me Jean-Louis Rochon, de l'Université de Louvain et avocat au Barreau de Bruxelles, rapporte que « le droit belge part dans toutes les directions ». En matière de besoins des familles séparées, les juges travaillent avec leurs propres perception et sensibilité, influencés en cela par certains modèles de la famille. Il y a d'abord le droit valorisant le modèle de la famille nucléaire et tendant à remodeler la famille décomposée selon une logique normative. Ce modèle, précise Me Rochon, « reconnaît le divorce pour faute, le droit de l'époux dit innocent au maintien du niveau de vie du couple et l'attribution à l'un des parents de l'hébergement principal des enfants. À l'inverse, il y a la logique sociale du droit qui intègre dans son raisonnement le pluralisme des modèles familiaux et travaille à « réguler les conséquences des choix de chacun ». Elle inspire, selon le professeur, une législation nouvelle fondée sur le souci de soi et les droits individuels (logique individualiste) ou, à l'inverse, de nouvelles pratiques fondées sur la responsabilité de soi et de l'autre (logique de la solidarité).

Cohérences et incohérences

L'intervention judiciaire auprès des familles séparées a-t-elle gagné en cohérence? En tout cas une chose demeure : « les solutions toutes faites n'existent pas dans ce domaine », affirme la juge Ginette Piché, de la Cour supérieure du Québec. Selon elle, « pour véritablement aider les familles séparées, il faut être à l'écoute et souvent créer des solutions sur mesure ».

Françoise-Marie Leroy-Morin apporte sur ce point son regard français : « Les réformes législatives et l'évolution des mentalités ont conduit à une justice plus humaine, plus proche des familles, dont la vocation n'était plus de trancher mais d'aider à une nouvelle recomposition familiale. Néanmoins, ajoute-t-elle, les tribunaux français font une application timorée de la loi sur la coparentalité; ils continuent de consacrer les pratiques habituelles, comme celles de la fixation de l'exercice du droit de visite et d'hébergement. »

Collaborative Lawyering

L'atelier sur la médiation ordonnée et la médiation spontanée s'est développé autour de l'analyse critique des mandats judiciaires, du pouvoir décisionnel des parents et des difficultés de développement de ce mode de gestion des conflits familiaux. « L'État québécois s'est impliqué dans la promotion de la médiation comme mécanisme de règlement des litiges familiaux en la présentant comme une alternative au conflit judiciaire et au recours aux avocats », observe la juge Hélène Lebel, de la Cour supérieure du Québec.

À la différence de ce mécanisme, qui exclut les avocats et relègue au juge le rôle d'entériner les ententes obtenues en médiation, la juge Lebel a présenté « une façon particulière de pratiquer le droit de la famille, un mode de fonctionnement encore inconnu au Québec mais qui commence à se développer aux États-Unis et dans les provinces de l'Ouest canadien, c'est-à-dire le Collaborative Lawyering, qui pourrait modifier profondément la pratique du droit de la famille ». Selon ce modèle, ce sont les avocats qui deviennent médiateurs, souligne-t-elle.

L'enfant tout-puissant

Dans le but de soutenir les familles en crise dans cette période charnière, des psychologues sont venus de loin communiquer leur expérience auprès des parents et enfants. Benoît Van Dieren, psychologue à Bruxelles, retient de son écoute des enfants vivant la séparation, le risque psychologique de hisser l'enfant au rôle de « justicier de ses parents » au côté du juge. Pour lui, face à l'impuissance des parents à s'entendre sur l'attitude à conserver avec l'enfant et face à l'impuissance de la justice à définir le véritable intérêt de l'enfant, « l'enfant est ainsi mis dans une position de toute-puissance sur l'adulte, devenant par là même un objet-enjeu à séduire, manipuler, intimider, pour le 'mettre de son côté', puisqu'il est convenu (dans l'esprit de nombreuses personnes) que c'est lui qui aura le dernier mot, avec l'appui de la justice ». Le psychologue pense aussi que « le phénomène d'aliénation parentale trouve souvent appui et justification dans cette toute-puissance donnée à l'enfant ».

Signalons à cet égard qu'au palais de justice de Montréal, le service d'expertise et de médiation offre aux parents et enfants des séminaires sur la coparentalité. « Ces séminaires, souligne Harry Timmermans, psychologue au Service d'expertise et médiation du Centre jeunesse de Montréal, par le choix judicieux des thèmes exposés, ont démontré qu'ils préparent bien les personnes au processus de médiation ou d'expertise, un processus qui est facilité par une élévation du niveau de conscience de ce qui s'est passé, de ce qui se passe et de ce qui se passera. »

 

 
 

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