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Non, il ne s'agit pas d'une chronique touristique, mais du propos d'un bâtonnier qui a dû se rendre dans la ville de Fenêtre sur le Pacifique (A Room with a View) pour assister au congrès de l'American Bar Association. Avouez qu'il y a pire, surtout après de pluvieuses vacances au Québec.
Mais que se passe-t-il chez nos confrères et consœurs américains? À quoi carburent-ils ces temps-ci? Eh bien! figurez-vous qu'ils parlent de la multidisciplinarité, dont plusieurs contestent même la légalité devant les tribunaux (il faut dire que chez l'Oncle Sam, tout se plaide); ils parlent aussi de mobilité (qu'ils appellent interjurisdictionality), qui fait frémir les avocats des États voisins de la populeuse Californie, qui craignent de se faire bouffer tout cru par les 200 000 membres du Barreau californien. On croirait entendre nos collègues du Nouveau-Brunswick et de l'Île-du-Prince-Édouard.
On parle aussi beaucoup d'Arnold Schwarzenegger et du pro bono, selon lequel tout avocat devrait consacrer 42 heures par année de temps chargeable à des projets visant à rendre la justice accessible à certains groupes défavorisés en cette matière. J'ai rapporté toute une liste de projets réalisés là-bas... si quelqu'un est intéressé. On a tendance, aux États-Unis, à systématiser et à publiciser le pro bono, une idée certainement intéressante pour rehausser l'opinion que l'on se fait des avocats dans l'opinion publique.
J'ai été ravi d'apprendre que les Américains aussi croient qu'il faut développer notre profession et aider nos membres à mettre en place de nouveaux services.
Mais là où j'ai été à la fois soufflé et envahi par un sentiment de grande fierté, c'est en assistant à un atelier de la National Conference of Bar Presidents, une sorte de forum pour les présidents de barreaux, et surtout en prenant connaissance de la documentation remise aux participants. Cet atelier, dis-je, était intitulé pompeusement The Future is Now. Le conférencier était Charles Robinson, grand gourou de la futurologie juridique américaine.
Ce dernier, comme point de départ à son exposé sur l'avenir qui nous attend, cite le Rapport sur l'avenir de la profession du Barreau du Québec déposé en 1996, exposant abondamment les trois différents scénarios alors envisagés, les scénarios Albanie et Statu quo ayant été délaissés au profit du scénario Singapour, dont il vante les mérites. Puis il y va de ses propres constats et développements, qui nous aideront à notre tour à réfléchir à l'après-Singapour.
Parmi les pratiques d'avenir, il identifie, en premier lieu, le droit « collaboratif » (Collaborative Lawyering), soit une méthode de règlement selon laquelle les parties et leurs avocats choisissent de résoudre leurs différends sans avoir recours aux tribunaux ni même à un médiateur. Il se distingue du « droit préventif » (Preventive Law) qui consiste à intervenir et résoudre les problèmes avant que les conflits n'émergent.
Autre pratique, le droit « holistique » (Holistic Lawyering). Cette approche présuppose que l'avocat doit personnaliser son service en fonction de l'ensemble des besoins de son client, besoins qui forment un tout indivisible. À l'opposé, il y a la pratique « ultra-spécialisée » (Micro-Niche Practice), qui invite les professionnels du droit à offrir des services dans des domaines précis.
Une nouvelle avenue, la pratique « à distance » (Distance Lawyering) : prenant appui sur l'explosion des moyens de communication, cette pratique suscite l'offre de services juridiques sans rencontre, en personne, avec le client. Le « réseautage » (Networked Practices) permet aux grands cabinets et aux avocats plus isolés de bénéficier d'une formation continue en ligne, de même que de services de marketing. Les services de référence « en ligne » (Online Case Matching) troquent la bonne vieille publicité pour des forums de discussions et autres outils de marketing sur Internet. Le modèle de services « sur place » (Outreach Models) invite le praticien à se déplacer vers sa clientèle, où elle se trouve.
Il y a aussi le système de référence et de marketing « d'appoints » (Subsidiary Marketing) qui offre des ressources pour répondre à chaque aspect légal d'une situation domestique ponctuelle. Parlant de situation ponctuelle, le service « à la pièce » (Unbundled Legal Services) consiste à personnaliser le conseil professionnel pour laisser au client le moyen d'atteindre le résultat final escompté.
Eh oui! voilà du beau matériel et du boulot pour notre nouveau comité sur le développement de la profession dont la première réunion est prévue pour la mi-septembre.
Comme quoi, nul n'est prophète en son pays.
Le bâtonnier du Québec,
Pierre Gagnon
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