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Le juge Gérald J. Ryan, 1923-2002

Me André Ryan

Les mois ont passé depuis ce matin de décembre où l'honorable Gérald J. Ryan, juge retraité de la Cour supérieure du district de Montréal, nous a quittés, entouré dans ses dernières heures de ses proches, dont sa compagne aimée de tous et ses frères. Jusqu'aux dernières heures, il a conservé son esprit, sa vigueur et son verbe. J'ai suivi depuis cette date la presse juridique et regretté de ne pas y trouver de témoignage saluant ce grand artisan de la scène judiciaire des quarante dernières années.

Gerry ou encore « mononcle Gerry » pour ses neveux et nièces, dont mon frère et ma sœur avocats, a marqué notre entrée dans la vie adulte et de façon plus profonde notre initiation à la profession. Je me suis surpris à le citer trois ou quatre fois lors d'une formation à nos étudiants et stagiaires portant sur la procédure civile. Gérald se plaisait à dire que la première qualité d'un juge était de « faire preuve de jugement ». Et du jugement, il en avait.

Il se définissait comme un juge de première instance, juge des faits. Il était ponctuel, très ponctuel, parfaitement bilingue, sévère mais pas autoritaire, discipliné mais souple, rigoureux et exigeant, vif et intense, voire incisif, pince-sans-rire et même un peu cynique à l'occasion, un brin malcommode, mais au-delà de tout, profondément juste.

Gérald adorait transmettre ses connaissances et son expérience. Très modeste, il le faisait de façon discrète, sans jamais imposer son point de vue et ses méthodes. Vingt ans après son accès à la magistrature, Gérald possédait toujours les trucs de la pratique, qu'il avait d'abord acquis en région puis à Montréal, et il se plaisait à nous les répéter au gré d'anecdotes racontées avec passion, sur demande seulement.

Gérald incarnait la réserve judiciaire. Il fuyait la couverture médiatique et préférait les jugements succints et expéditifs aux exposés didactiques, plus sujet à être rapportés. Juriste fin et subtil, ses jugements étaient pratiquement inattaquables en appel. Sans surprise, il affirmait ignorer sa feuille de route à ce niveau.

Le privilège du surnuméraire permit à Gérald de siéger régulièrement aux causes de courte durée et en cour de pratique. Il y était à son mieux. Le format était parfait pour son style bref et direct. Il aimait échanger avec les avocats et avocates, mais faisait tôt de les diriger vers le cœur du sujet. Il se préparait minutieusement et exigeait le même effort de tous. Il y servait son humour avec parcimonie et subtilité. Il administrait la cour sans égal. Il a sermonné de nombreux confrères, mais peu lui en tiennent rigueur. Combien de fois a-t-il fait son entrée en 2.16 ou en 2.08, sans avertissement et sans procession, au milieu du brouhaha du matin, à 9h tapant, bien mis avec son irremplaçable nœud papillon, incitant sans formalités tous à trouver un siège et à se taire, fort de son autorité sobre et naturelle.

Je n'oublierai, pour ma part, jamais ces matins d'hiver où, comme étudiant en droit, Gérald m'invitait à assister à l'administration du rôle du 2.16 pour me recevoir dans son bureau au « recess » et contribuer à sa façon à ma formation en échangeant librement sur les causes entendues. Lorsqu'il m'apercevait au fond de la salle, je soupçonne qu'il décidait d'en mettre un peu plus, comme si cela était nécessaire pour me convaincre qu'il présidait l'audience. Ce faisant, il n'oubliait jamais le justiciable, qu'il plaçait au cœur de toutes ses décisions. Il se souciait aussi des témoins et invitait régulièrement les avocats à les informer du déroulement du procès.

Inconfortable avec les nouvelles tendances judiciaires, on l'aurait mal vu présider une conférence de règlement à l'amiable. Il comprenait pourtant l'utilité de l'exercice mais savait que ce n'était pas pour lui. Il préférait entendre et décider, ce qu'il aura fait pendant 20 ans. Il s'est retiré discrètement, mais a continué de nourrir son esprit de droit et de bien d'autres choses. Il aura à sa façon marqué son époque sans jamais être dépassé. Il continue d'offrir un modèle inspirant d'administration de la justice. La rentrée judiciaire me fournit une opportunité d'évoquer son souvenir et de témoigner à nouveau de toute mon admiration pour lui.

Me André Ryan,
Brouillette Charpentier Fortin

 

 
 

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