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À l'ouverture des tribunaux à Montréal, au début de septembre, sous la présidence du juge en chef du Québec, Michel Robert, le bâtonnier de Montréal, Me Stéphane Rivard a rendu hommage à des collègues avocats depuis quarante, cinquante, soixante et même soixante-dix ans.
Me Paul Gérin-Lajoi |
Petit-fils et fils d'avocat, c'est à l'âge de 23 ans que Paul Gérin-Lajoie devient à son tour avocat en 1943. Il est l'aîné d'une famille de six enfants dans une famille vivant à Outremont dans une modeste aisance. Il a fallu du temps pour que son père achète une voiture alors que beaucoup de voisins en possédaient une. Quand il termine ses études au Collège Brébeuf, il gagne la bourse Rhodes pour se rendre étudier en Grande Bretagne, à Oxford, en septembre 1939. Mais c'est la guerre et il doit attendre jusqu'en septembre 1945 pour se rendre à Oxford étudier le droit constitutionnel durant trois ans. Dans l'intervalle, par un froid de 25 degrés en février 1944 alors que les tramways ne roulent pas à cause d'une grève, il se marie à Andrée Papineau avec qui il partage toujours sa vie. Il estime être le seul au Québec sinon au Canada à détenir un doctorat en droit constitutionnel de l'Université d'Oxford. L'intérêt pour le droit constitutionnel dans les années '30 et '40 ne provoquait point de cohue dans les tramways de Montréal. Pourtant, le jeune Paul avait présenté à ses professeurs du collège, avec son collègue Ambroise Lafortune, qui allait devenir plus tard le père Ambroise, un travail sur la constitution canadienne.
En homme pratique, il aura utilisé sa formation en droit constitutionnel à régler des situations concrètes. Notamment pour obtenir des universités, qui avaient reçu des sommes considérables du gouvernement fédéral de Louis-St Laurent, qu'elles remettent 80 % de ces sommes aux collèges classiques. Il est également intervenu auprès du gouvernement Duplessis pour obtenir des subventions pour les collèges classiques des filles. Mais pour apprendre à nager dans le fleuve de la vie politique, il ne pourra avoir comme instructeur son ère, qui considère que la politique n'est que le miroir de l'ingratitude, ne pouvant mener qu'à l'appauvrissement personnel. Et cela même si dans sa famille, il y avait son arrière-grand-père, Antoine Gérin Lajoie, celui qui avait écrit la chanson « Un Canadien errant », et qui, au temps du collège, avait touché à la chose publique en déplorant le manque d'intérêt de ses compatriotes pour les affaires économiques dans son roman Jean Rivard, le défricheur.
Trois ans durant, il croise et recroise la défaite électorale. En 1956, dans le comté de Vaudreuil-Soulanges qu'il avait d'abord connu par sa famille qui y possédait une maison secondaire, il perd son élection comme candidat du Parti libéral lors d'une élection générale. Puis à nouveau l'année suivante, lors d'une élection complémentaire, puis finalement en 1957 quand il se présente pour devenir chef du Parti libéral . Les délégués du parti lui préfèrent Jean Lesage. Mais au soir du 22 juin 1960, il est finalement élu dans Vaudreuil-Soulanges par une faible marge de 149 voix. Le Parti libéral fait élire 51 députés et l'Union nationale 44. Avec des ministres comme Lapalme, Lévesque et Lajoie sous Lesage, c'est la Révolution tranquille qui commence.
Paul Gérin-Lajoie, qui deviendra le premier titulaire d'un ministère de l'Éducation au Québec, le 13 mai 1964, aime à citer cette phrase d'un ancien ministre du premier gouvernement Duplessis, l'avocat Antoine Rivard, pour illustrer d'où on venait pour mieux définir les objectifs à atteindre:
« Nous, Canadiens-français, nous sommes d'une longue tradition d'ignorance et de pauvreté, tradition que nous nous devons de conserver
En mai 1965, le ministre de l'Éducation Gérin-Lajoie fait adopter un règlement prévoyant que le cours élémentaire sera de six ans avec un cours secondaire polyvalent à la suite du rapport Parent. Et que les filles et les garçons fréquenteront désormais les mêmes écoles et se retrouveront dans les mêmes classes. Quand je l'ai rencontré à la fin de septembre, dans son bureau de président de la Fondation qui porte son nom, le premier ministre de l'Éducation au Québec voit d'un bon œil les tentatives faites présentement afin d'avoir des écoles pour filles seulement et pour garçons seulement. Il serait favorable à ce qu'on puisse offrir aux parents le choix pour leurs enfants d'une école mixte ou exclusive pour filles ou garçons.
Le 5 juin 1966, le gouvernement Lesage est défait. Gérin-Lajoie est réélu comme député de Vaudreuil-Soulanges, siège dans l'opposition et sera responsable du dossier constitutionnel pour le Parti libéral. Il remettra sa démission en juin 1969. Il estime que ces trois années de 1966 à 1969 sont peut-être les moins productives de sa vie. C'est Jean-Jacques Bertrand qui devient ministre de l'Éducation et qui va, selon Gérin-Lajoie, mettre en place les projets dessinés quand il était ministre, comme les CÉGEP et l'université du Québec, avec l'équipe que lui avait recrutée.
De 1970 à 1977, Paul Gérin-Lajoie est président de l'Agence canadienne de développement international. Maintenant, Paul Gérin-Lajoie ce n'est pas seulement une dictée une fois par année qui rejoint plus de 100 000 enfants, non plus qu'une structure de béton en forme d'école secondaire à Outremont. C'est la Fondation Paul Gérin-Lajoie pour la coopération internationale, qui met, selon son président, l'éducation et non la guerre comme moteur de développement en proclamant « Soif de paix, faim d'écoles ». Pour les 25 ans de la Fondation en 2002, le chanteur français Yves Duteil a composé un chanson intitulée « Apprendre ». C'est la raison de vivre de l'avocat Paul Gérin-Lajoie, dont les yeux bleus scintillent de passion quand il parle des enfants du Niger et du Mali, du Sénégal et d'Haïti et depuis quelques temps de l'Équateur. Il en parle comme si c'était ses propres petits-enfants qui apprennent à lire, à écrire et à compter grâce à la Fondation. Et grâce à la présence de quelques Québécois chez eux, avec l'aide d'adultes de leur pays, rétribués par la Fondation, ils apprennent à comprendre la santé, l'économie et la vie.
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