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Me Nathalie Dion

Le monde par la lorgnette du droit

Guylaine Boucher

Octobre 2003. L'Iran lève le voile sur son programme nucléaire et annonce son intention de signer le protocole additionnel du Traité de non-prolifération nucléaire. En marge de l'Association internationale sur l'énergie atomique des Nations unies, la diplomatie mondiale s'active. Les États-Unis, rare puissance mondiale à ne pas avoir encore accepté de parapher l'entente internationale, craignent l'isolement. En coulisse, Me Nathalie Dion et ses collègues du ministère des Affaires étrangères sont à pied d'œuvre pour conseiller les autorités canadiennes sur l'attitude à adopter. Après quelques années passées à scruter les moindres soubresauts de l'échiquier mondial, la jeune avocate québécoise en a vu d'autre. Pourtant, la voix emportée, elle trouve l'aventure aussi exaltante qu'au premier jour. Jeux d'ombre, jeux de passion.

M<sup>e</sup> Nathalie Dion
Me Nathalie Dion

« Aucune de mes journées de travail ne se ressemble. Quand je me lève le matin, je peux difficilement savoir ce que j'aurai à faire dans les prochaines 24 heures. L'actualité internationale a un impact direct sur ma journée de travail, ça détermine mon emploi du temps. Chose certaine, mon quotidien n'est pas typique de la pratique d'un avocat en cabinet privé. »

En fait, c'est tout le parcours professionnel de Nathalie Dion qui se distingue de celui de ses confrères juristes. Diplômée en droit de l'Université de Sherbrooke, elle complète sa formation à l'École du Barreau de Québec en 1999, puis s'envole vers Bruxelles, pour compléter un stage au sein de la mission canadienne auprès de la communauté économique européenne. Elle y travaille six mois, le temps de se familiariser avec la législation des quinze pays membres de l'Union et de se pencher plus spécifiquement sur la coopération judiciaire en matière criminelle : lutte contre le trafic de drogue, d'armes à feu, d'êtres humains, etc.

Le sujet n'est pas entièrement nouveau pour elle. Déjà, tout au long de ses études en droit, elle agit comme agent de douanes à la frontière Canada-États-Unis, puis à l'aéroport de Vancouver et fait partie d'une équipe d'intervention particulière sur la contrebande. Avec le recul, c'est d'ailleurs, selon elle, ce qui a confirmé son intérêt pour le droit. « Au départ, je suis allée en droit parce que c'était une formation qui m'ouvrait toutes les portes et qui me permettait d'avoir accès à plusieurs domaines. Mon expérience comme agente de douanes a confirmé mon intérêt pour les règles de droit et pour l'influence que pouvait avoir le droit, même dans notre vie quotidienne. »

En direct sur le monde

De retour au pays, Nathalie Dion poursuit son stage au sein du ministère des Affaires étrangères et se voit rapidement offrir un poste. « Tout au long de mon séjour à Bruxelles, je produisais des analyses et des rapports sur la législation européenne, que je faisais parvenir à quelques personnes au sein du ministère des Affaires étrangères. On avait, je pense, apprécié mon travail et quand je suis revenue au pays on m'a fait une offre que je ne pouvais pas refuser. C'était tout ce dont je rêvais. Je suis donc devenue agente de politique. »

Admise au Barreau en 2001, elle devient, à 25 ans à peine, responsable de la lutte internationale contre la corruption et le blanchiment d'argent. Pendant trois ans, elle voyage partout à travers le monde. Elle découvre, de l'intérieur, des institutions comme les Nations unies et l'OCDE. Également responsable des relations Canada-Caraïbes, elle apprend à connaître la culture de ces pays. « Cette période a été remplie à craquer d'expériences enrichissantes, de voyages, de dossiers super intéressants. J'apprenais chaque jour des choses nouvelles et ça, c'est extrêmement précieux pour quelqu'un de curieux comme moi », raconte-t-elle aujourd'hui.

C'est justement son appétit insatiable pour la nouveauté qui l'incite, au printemps 2003, à voguer vers d'autres responsabilités. Nouvellement rattachée à la section du désarmement nucléaire et chimique du ministère, elle veille notamment à la mise en œuvre du Traité de non-prolifération nucléaire. Jour après jour, elle assume le contact du Canada avec les Nations unies sur la question et surtout, voit à nourrir les positions canadiennes à ce sujet. « Ma formation en droit m'a préparée à surveiller l'application des traités internationaux et le respect des engagements des divers pays. J'analyse donc la position des différents acteurs en fonction de leur tradition de droit, que ce soit le droit civil ou la Common Law. Mon équipe et moi conseillons le ministre et le premier ministre sur ces questions. Nous sommes aussi en contact avec les ambassades canadiennes. Nous travaillons en collaboration avec eux pour s'assurer que les messages que nous voulons envoyer passent bien. C'est du droit international, parce que nous pouvons, par nos actions, agir sur la prolifération de l'armement nucléaire partout dans le monde. »

Chaque jour qui passe lui fait d'ailleurs réaliser l'importance du droit dans l'ordre mondial. « Ma passion pour le secteur grandit de jour en jour, surtout quand je réalise que le droit international peut, entre autres, changer l'état de la mise en œuvre des principes des droits de la personne dans certains pays, que l'on peut, comme ça, changer la vie de milliers de personnes. C'est fascinant et ça me fait aussi réaliser que nous sommes choyés ici

Souvent touchée par les informations qui lui sont rapportées, Nathalie Dion confesse sentir très souvent l'urgence d'agir. « Quand on nous rapporte des choses tristes, et il y en a beaucoup, on se sent obligé de faire quelque chose, de contribuer dans la limite de nos capacités. Les avocats québécois ont d'ailleurs souvent contribué et sont reconnus pour être excellents en matière de relations internationales. C'est le cas notamment de Denis Paradis, ancien bâtonnier du Québec, qui représente entre autres les intérêts des Canadiens en Afrique, de l'ancien premier ministre Brian Mulroney, pour sa célèbre position sur l'Appartheid. Plusieurs sont aujourd'hui pour moi des sources de motivation et d'inspiration. »

Aujourd'hui le droit, demain la politique? C'est plutôt du côté des relations diplomatiques que penche son intérêt. « Sans avoir de plan précis sur l'endroit où je veux aller, je pense que la prochaine étape pour moi serait d'être en poste à l'étranger. La diplomatie et les relations internationales m'intéressent aussi beaucoup. Qui sait peut-être que je pourrais être ambassadrice dans 15 ou 20 ans ! » lance-t-elle en riant.

 

 
 

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