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Loi anti-pauvreté : un pas dans la bonne direction

René Binet, avocat

L'adoption de la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion mérite d'être soulignée. Nous pouvons être fiers de l'Assemblée nationale qui a unanimement voté pour cette loi et féliciter tous celles et ceux qui ont réclamé des mesures pour lutter contre la pauvreté. Le Québec se distingue en prenant une distance avec une certaine mentalité de droite qui sévit en Amérique du Nord.

Il faut espérer que cette loi aidera les enfants défavorisés à sortir du cycle infernal de l'exclusion et de la pauvreté. Pour les jeunes démunis cette loi vient s'ajouter à un arsenal juridique sensé les défendre et les protéger. Malgré la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, nos chartes des droits et libertés, de la Loi sur la protection de la jeunesse et une multitude de conventions et promesses le nombre d'enfants en difficulté demeure inacceptable.

Tous ces textes juridiques constituent le fondement de notre contrat social à l'égard de ces jeunes. Pourtant ce contrat est sensé leur assurer des droits fondamentaux à savoir : droit à la dignité, droit à l'intégrité de leur personne, droit à la sécurité et à un développement décent, droit à l'éducation, droit à un logement, droit à des soins et des services.

Tout atteinte à un de ces droits est une infraction, un taxage social, un crime. La marginalisation d'un enfant défavorisé à cause d'une logique économique ou pour toute autre raison constitue une lésion de droit et un geste anti démocratique. Car la démocratie doit veiller à une répartition de la richesse, développer un sentiment d'appartenance et protéger les plus faibles dont les enfants.

Il est à espérer que l'Assemblée nationale fera mieux que la Chambre des communes en matière de pauvreté des enfants. Malgré la promesse officielle de 1989 faite aux enfants défavorisés d'éliminer la pauvreté infantile en l'an 2000, le Canada a connu une augmentation de la pauvreté de 33 % par rapport à 1994 chez les familles ayant des enfants de 12 ans et moins.

Ce sont les familles monoparentales qui sont le plus affectées. À Montréal, 44 % des enfants de 0 à 5 ans ne sont pas nourris convenablement (180,000 familles). Le rapport du Conseil canadien de développement social indiquait dernièrement que presque tous les enfants de familles dirigées par des femmes sans rémunération vivaient dans la pauvreté.

Le Tribunal de la jeunesse est un observatoire qui nous permet d'observer la misère des enfants et de familles. Le manque de ressource et la pauvreté nous amènent à nous interroger sur notre humanisme et l'incohérence de notre communauté. Les enfants n'ont pas à se contenter de notre pitié ou de notre charité, ils ont le droit d'être respectés et être traités décemment.

Montréal,
le 18 décembre 2002
Me René Binet,
avocat en droit des jeunes

 

 
 

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