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Les avocats fraîchement assermentés sont invités à rédiger une allocution de 15 minutes en alternant l'usage des deux langues officielles. Trois sujets étaient proposés par les anciens bâtonniers aux participants de l'année dernière: « L'euthanasie: pour qui, quand et comment ? », « Les frontières: à quoi ça sert ? » et « Que dire de l'eau ? ».
Un jury, composé d'anciens bâtonniers, a sélectionné un certain nombre de textes et invité les auteurs à présenter leur allocution, afin de déterminer les gagnants des premier et deuxième prix, respectivement de 2500 $ et 1000 $. Les deux lauréats ont ensuite présenté une version écourtée de leur texte lors des cérémonies d'assermentation collective, en novembre et décembre derniers.
Les deux lauréats de l'année 2002 ont choisi de traiter de l'euthanasie mais de manière fort différente. Me Mélanie Dugré, grande lauréate de ce concours, a choisi un ton plus sérieux, en proposant une analyse nuancée des enjeux liés à l'euthanasie, alors que Me Sébastien Lanctôt, gagnant du second prix, a résolument opté pour l'humour par l'absurde, le titre de l'allocution en donnant un avant goût : « L'euthanasie : over my dead body ! »
Me Mélanie Dugré affirme avoir choisi le sujet de l'euthanasie parce que cette question l'intéresse. « La mort, tout le monde passe par là. C'est sûrement pour cette raison que le sujet m'a toujours intéressée. J'ai même déjà écrit une nouvelle littéraire sur l'euthanasie quand j'étais au secondaire », explique-t-elle. En outre, travaillant en responsabilité médicale, sa pratique la place constamment face à la maladie et à la mort.
Me Mélanie Dugré a remporté le premier prix du concours oratoire des anciens bâtonniers de Montréal. À gauche, Me Philippe Casgrain |
Dans son texte, elle aborde les notions du droit à la mort, des droits fondamentaux et du meurtre par compassion et se penche finalement sur le sens qu'on donne à la mort aujourd'hui.
Mélanie Dugré invite à réfléchir en profondeur aux différents enjeux et questions que pose le sujet : Qu'en est-il des malades qui ne peuvent plus décider et de tous ceux qui ne sont plus autonomes ? La légalisation de l'euthanasie, consacrant le droit de mourir, créera-t-elle l'obligation corollaire pour le médecin d'infliger la mort à la personne qui réclame ce droit ?
Pour cette jeune avocate, le sujet proposé invite à tracer des frontières, au risque de négliger toutes les situations qui ne sont ni noires ni blanches, alors que la formation de juriste offre le privilège de la relativité. « L'euthanasie nous offre également l'opportunité de faire une introspection, de nous questionner sur le sens que nous souhaitons donner à la vie et à la mort. Et seule la lucidité peut nous permettre de réussir ce difficile exercice et d'en arriver à un consensus social sur ces délicates questions », conclut-elle.
Cinéphile, Me Sébastien Lanctôt a été inspiré dans le choix de son sujet par un film de science-fiction dans lequel l'intrigue se déroule autour du concept de l'euthanasie préventive : à l'âge de 30 ans, les protagonistes étaient amenés au centre de recyclage. Puisque le concours encourageait les participants à faire preuve d'humour, il avait trouvé son filon.
Me Sébastien Lanctôt a reçu le second prix des mains de Me Richard J. McConomy |
« Une société productive et efficace doit pratiquer l'euthanasie préventive », demande en substance Sébastien Lanctôt ? Pourquoi attendre, en effet ? À 30 ans, peu importe l'état d'un individu, il a assez vécu : « Mozart, Émile Nelligan, Chopin et Céline Dion n'ont-ils pas donné au monde le meilleur d'eux-mêmes avant d'avoir atteint l'âge de 30 ans ? Après, on tombe dans la redite .... »
À ceux qui s'objecteront qu'à 30 ans on n'a même pas encore remboursé sa dette étudiante, il répond qu'une date d'expiration devancée incitera la jeunesse à s'activer davantage.
Mais comment mourir ? Me Lanctôt rappelle que nous avons déjà en place la structure favorisant une mort douce : l'assurance-chômage et l'assistance sociale constituent des moyens techniques pour accéder à une mort clinique cérébrale. Le meilleur moyen de tuer un homme n'est-il pas de le payer à ne rien faire, comme le chantait Félix Leclerc ? Et puisque partir, c'est mourir un peu, « il suffit peut-être de réaffecter les chômeurs en région et le tour est joué », écrit-il.
Sa réflexion sur le sujet l'a amené à prendre position : « l'euthanasie, je ne suis ni pour ni contre, bien au contraire. »
Les sujets proposés par la Conférence des anciens bâtonniers pour l'édition 2003 du Concours oratoire sont :
Les personnes désirant participer au concours doivent envoyer leur texte au plus tard le 1er juin à l'adresse suivante :
Barreau de Montréal
a/s Me Doris Larrivée, directrice générale
1, rue Notre-Dame Est, bureau 9.80
Montréal QC H2Y 1B6
Télécopieur : (514) 866-1488
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