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Au cours de la prochaine campagne électorale, on proposera sur toutes les tribunes aux Québécoises et Québécois un meilleur Québec, une société mieux gérée et plus sensible aux besoins de ses citoyens. Quelle est la place que prend la Justice dans ce discours et pourquoi avons-nous l'impression que la Justice doit constamment se battre pour cesser de reculer ? Quelle est la part du budget du prochain gouvernement qui sera consacrée à la Justice ? Tantôt les juges, tantôt les procureurs de la Couronne, ici les contribuables et là les avocats, à tour de rôle et dans les limites que leur fonction leur impose, se plaignent du peu de considération que l'État accorde à la Justice.
Le conflit récent du gouvernement avec les procureurs de la Couronne est certainement significatif d'un malaise. Que des représentants de la Couronne chargés de faire respecter la loi et la paix sociale déclenchent une grève générale dans un haut-le-cœur sans précédent ne démontre-t-il pas que l'appareil est vraiment essoufflé?
Un autre exemple: le système d'aide juridique. Connaissez-vous un parent, un voisin ou un ami qui ait eu accès à l'aide juridique ? On en est presque rendus à souhaiter que non, puisque votre parent, voisin ou connaissance doit être dans une situation financière des plus difficiles, dans l'indigence presque, pour avoir accès à ce service.
Pourtant au cours des dernières années, les choses ne se sont pas simplifiées et l'État a augmenté considérablement le nombre de lois et de règlements. L'État a-t-il de façon concomitante donné l'appui nécessaire aux juges, aux procureurs et surtout à ses citoyens pour faire face à cette nouvelle situation ? Nous pouvons tous comprendre que le Premier ministre du Québec ne peut pas donner à chacun de ses ministères la moitié du budget de l'État et que des choix s'imposent. Nous sommes tous d'accord que le secteur de la santé est primordial et que le prochain Premier ministre doit y accorder toute l'attention et les ressources nécessaires. Mais avant que la Justice n'enlève son bandeau et ne se mette à critiquer publiquement et de façon répétitive ce qu'elle voit, j'invite le futur Premier ministre à se pencher sérieusement sur la question: il faut doubler le budget qui lui est consacré.
Actuellement, l'État consacre bon an mal an moins de 1 % du total de son budget à la Justice. Comme le mentionnait justement l'éditorialiste Jean-Jacques Samson dans un éditorial intitulé Thémis, une vieille dame ridée, le 28 février dernier : « L'inaccessibilité du système judiciaire n'est-elle pas en elle-même un déni de justice ? Les partis politiques ont le devoir de développer des propositions pour remédier à ce problème qu'ils feignent toujours d'ignorer ».
La Justice n'est pas rentable aux yeux des politiciens, car lorsque le système dérape, on trouve toujours un coupable, soit le juge, soit le procureur, l'avocat et même le citoyen. Si le prochain Premier ministre n'apporte aucun changement significatif à la Justice, aura-t-il le courage de dire haut et fort que celle-ci n'a pas sa place dans un Québec meilleur ?
Le bâtonnier du Québec,
Claude G. Leduc
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