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Droit vert

Guylaine Boucher
Washington, début des années 1990. Le Congrès des États-Unis entérine l'Accord de libre échange nord-américain (ALÉNA), mais exige dans la foulée que les questions environnementales relèvent d'un accord parallèle. Pour Katia Opalka, étudiante diplômée en histoire de l'Université McGill et employée à l'ambassade du Canada à Washington, la requête est inespérée. Environnementaliste convaincue, elle jubile littéralement. Elle ne sait pas encore que, neuf ans plus tard, elle travaillera comme conseillère juridique au sein de l'organisme chargé de voir à la mise en application de l'accord en question. Heureux hasards.

M<sup>e</sup> Katia Opalk
Me Katia Opalk

« Au départ, le droit n'était pas du tout dans mes projets. J'ai d'abord étudié l'histoire à l'Université McGill. Je m'intéressais beaucoup aux politiques indiennes du gouvernement du Québec et le sujet m'a forcée à m'intéresser un peu un droit. La courte thèse que j'ai produite, portait d'ailleurs sur le droit d'expropriation. En troisième année, j'ai finalement réalisé que tout ce qui m'intéressait touchait de près ou de loin au droit. Ça m'a fait réfléchir. »

Son baccalauréat complété, elle n'entame pas pour autant une formation en droit. « L'idée m'intéressait, mais je ne sentais pas l'urgence », explique-t-elle aujourd'hui. Stagiaire pendant quelques mois au ministère des Affaires étrangères du gouvernement du Québec, à l'automne 1992, elle plie bagage direction Berlin, question de voir de visu la réunification de l'Allemagne. « Le monde entier en parlait et je voulais être là pour voir cela. Je voulais être témoin de ce moment historique. »

En 1993, de retour en Amérique, elle travaille à l'ambassade du Canada à Washington pendant quelques mois. Elle apprécie l'expérience, mais ne rêve pas d'une carrière diplomatique.

« J'aimais mon travail, mais je souhaitais poursuivre mes études. J'hésitais entre le droit à McGill ou un doctorat dans une université américaine. Il était trop tard pour les demandes d'admission aux États-Unis. J'ai fait une demande à McGill et j'ai été acceptée. Je ne savais pas vraiment dans quoi je m'embarquais, mais j'ai quand même fait le saut. »

De l'école à la pratique

La suite de l'histoire est plus typique. Sa formation universitaire complétée, elle effectue un stage au cabinet McCarty Tétreault. Elle touche alors à tout, du droit commercial au droit de l'environnement. Embauchée au terme de son stage, elle décide finalement de se spécialiser en droit de l'environnement.

« J'aimais le droit de l'environnement d'abord parce que le sujet en soit me tenait à cœur, mais aussi parce que l'idée de travailler dans un créneau très pointu m'intéressait. J'ai vite compris que c'était en fait très large. Le droit de l'environnement touche à toutes sortes d'autres champs de pratique : droit constitutionnel, litige, international, municipal, etc. Tout cela me faisait un peu peur au début. Mais, c'est finalement ce qui rend le secteur aussi intéressant. »

Admise au barreau en 1998, elle pratique pendant deux ans et demi en cabinet privé puis prend un pause, le temps de donner naissance à sa fille. Elle n'a pas encore terminé son congé de maternité lorsqu'elle apprend que la Commission de coopération environnementale de l'Amérique du Nord, installée à Montréal, cherche un conseiller juridique. Chargé de voir à la mise en application de l'accord sur l'environnement en lien avec l'ALÉNA, l'organisme l'intéresse depuis toujours.

« Quelques mois avant de partir pour mon congé de maternité, j'avais rencontré quelqu'un de la Commission. Nous avions parlé de leur travail. Lorsque le temps est venu d'embaucher un juriste, cette personne a pensé à moi. J'ai déposé ma candidature. Ils m'ont embauchée. Je ne suis jamais retournée en cabinet. »

Depuis un an et demi, elle agit donc comme conseillère juridique à l'Unité des communications sur les questions d'application de la Commission. Au quotidien, son travail consiste à recevoir les communications (mémoires) d'organismes publics, non gouvernementaux ou autres insatisfaits de l'attitude de l'un ou l'autre des pays signataires (Canada, États-Unis, Mexique) en matière d'environnement.

« Les gens soumettent un document alléguant qu'une partie omet d'appliquer telles ou telles lois et mon travail est de leur répondre. Si la question soumise en vaut la peine, nous allons travailler à la constitution d'un dossier factuel. Ce dossier est ensuite soumis au conseil d'administration de la commission qui décide, si oui ou non, il est d'intérêt public qu'il soit publié. Nous n'émettons aucune recommandation et ne posons aucun jugement sur l'information que nous recueillons, nous assemblons seulement les faits et faisons en sorte qu'ils soient faciles à comprendre. »

Complexe ? Oui et non, répond Katia Opalka. « Le droit de l'environnement en lui-même n'est pas simple. On peut passer d'un thème à l'autre très rapidement. Ce qui rend surtout les choses complexes, c'est qu'il y a parfois beaucoup d'incertitude scientifique autour des problèmes qui sont soulevés. Au début, ça me faisait peur. Aujourd'hui, ça me fascine. Et puis l'idée que les questions sur lesquelles je travaille peuvent avoir un impact sur la population en général, sur la qualité de vie des gens, même si nous n'émettons pas de recommandations, me plait énormément. J'apprends aussi chaque jour et ça, c'est extrêmement stimulant. »

 

 
 

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