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Les avocats québécois à Paris

Artisans d'un rapprochement France-Québec

Michel Dolbec, journaliste québécois à Paris.

Paul A. Gélinas en convient : les choses ont « bien changé » depuis qu'il a débarqué à Paris en 1973 pour y pratiquer le droit. À l'époque, les avocats québécois vivant en France se comptaient aisément sur les doigts d'une main. Aujourd'hui, Me Gélinas apparaît comme le doyen d'une communauté d'une centaine de membres, qui sont sur le terrain les artisans d'un « rapprochement juridique » dont on dit qu'il va en s'intensifiant.

Le dîner offert dans le cadre de la rencontre annuelle du bâtonnier du Québec et du bâtonnier de Paris s'est déroulé une fois de plus cette année sous l'égide de l'Association des Avocats au Barreau du Québec en France. Sur la photo : M<sup>e</sup> Nicola Mariani, Martin Cauchon, M<sup>e</sup> Paul-Albert Iweins, M<sup>e</sup> Richard Boivin, Marc Bellemare et M<sup>e</sup> Pierre Gagnon. Photo du Barreau de Paris
Le dîner offert dans le cadre de la rencontre annuelle du bâtonnier du Québec et du bâtonnier de Paris s'est déroulé une fois de plus cette année sous l'égide de l'Association des Avocats au Barreau du Québec en France. Sur la photo : Me Nicola Mariani, Martin Cauchon, Me Paul-Albert Iweins, Me Richard Boivin, Marc Bellemare et Me Pierre Gagnon. Photo du Barreau de Paris

On a pu mesurer la force de ce lien transatlantique lors de la dernière rencontre des bâtonniers du Québec et de Paris, ce rendez-vous automnal lancé il y a une quinzaine d'années et qui coïncide avec la rentrée solennelle des tribunaux parisiens. L'Association des avocats au Barreau du Québec en France tenait au même moment son assemblée générale annuelle. Elle en a profité pour offrir, dans les élégants salons du cercle de l'Union interallié, un grand dîner auquel ont pris part les ministres québécois et canadien de la Justice, Marc Bellemare et Martin Cauchon, et un nombre impressionnant de personnalités juridiques des deux pays.

« Nos avocats rayonnent, s'est réjoui à cette occasion le ministre Bellemare. La collaboration entre les deux barreaux est exemplaire. »

« Elle est loin l'époque où nous aurions pu tenir dans une cabine téléphonique », a ajouté le bâtonnier du Québec, Pierre Gagnon.

Me Richard Boivin, qui vient de quitter la présidence de l'association, renchérit : « Les relations juridiques entre le Québec et la France sont à leur zénith. Les liens entre les Barreaux de Paris et du Québec étaient déjà étroits : ces dernières années, ils se sont resserrés encore davantage, puisqu'on note une hausse significative du nombre d'avocats québécois reçus au Barreau de Paris. »

Bien sûr, les avocats inscrits aux deux barreaux ne sont pas légion. Il y a quatre ou cinq ans, ils étaient une demi-douzaine à s'être attaqués au difficile examen d'admission du barreau parisien et à l'avoir réussi. Ils seraient aujourd'hui trois ou quatre fois plus nombreux, ce qui fait dire à Me Richard Boivin, avocat et spécialiste de l'arbitrage international, que « la porte est ouverte à une présence de plus en plus forte. On ne parle pas de liens virtuels. Ces avocats sont de véritables passerelles, qui permettent un rapprochement des pratiques », souligne-t-il.

Ces avocats, on les retrouve essentiellement dans des cabinets d'affaires internationaux, dans le secteur bancaire ou au sein de grandes entreprises, comme Airbus ou Gem Plus, le géant de la carte à puce. Spécialistes des litiges commerciaux, de l'arbitrage, des fusions et des acquisitions et de la finance, ils possèdent l'avantage d'être parfaitement bilingues et de maîtriser à la fois la common law et le droit civil.

Le ministre Cauchon, qui prononçait au lendemain de ce fameux dîner le discours d'ouverture d'une vaste conférence sur le droit et l'économie, n'a d'ailleurs pas manqué de vanter les vertus de ce « bi-juridisme ». « Il s'agit d'un avantage économique important qui facilite les échanges », a-t-il fait valoir.

L'Association des avocats québécois envisage de prendre une part active à ces commémorations. Il faut dire que sous la présidence de Richard Boivin, qui a lui donné un nouvel et vigoureux élan, l'association a pris l'habitude des débats, recevant Claire L'Heureux-Dubé, pour une de ses dernières allocutions en tant que juge de la Cour suprême, ou s'associant aux « Canadiens en Europe » pour inviter Louise Arbour à venir prononcer à Paris une conférence sur la justice pénale internationale.

« L'association doit être visible et faire entendre sa voix, explique encore Richard Boivin. Les avocats québécois en France occupent une position particulière, qui leur permet de parler à la fois de la réalité du droit en France et au Québec. »

Son successeur, Nicola Mariani, entend épouser la même approche. « Nous étudions la possibilité de participer aux commémorations tant à Paris qu'au Québec ou au Canada, confirme-t-il. Cela permettrait de faire valoir la richesse des compétences des avocats québécois et leur apport à la pratique du droit civil. »

Elle est donc révolue l'époque où l'Association des avocats québécois en France était d'abord un cercle social. Bien sûr, on y échange encore des conseils, des adresses, des tuyaux, mais l'organisation, tout en veillant à rester « amateur », s'est « professionnalisée ». Et désormais, des voix s'élèvent pour réclamer (enfin) la création, au sein du Barreau du Québec, d'une section internationale, un vieux serpent de mer qui a déjà fait l'objet de quelques débats.

En attendant cette hypothétique reconnaissance, les responsables de l'association regardent avec satisfaction le chemin parcouru depuis sa fondation, il y 15 ans, et rendent hommage à ceux qui ont ouvert la voie. Paul A. Gélinas n'étant pas le dernier d'entre eux, il a été le premier à recevoir la nouvelle Médaille de l'Association des avocats au Barreau du Québec en France. Une autre pionnière, la vice-présidente de l'organisation, Lyse Lefèbvre-Guéry, qui y oeuvre depuis ses débuts, a également été honorée.

 

 
 

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