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Un prisonnier, mineur, détenu à Guantanamo Bay, entretient une correspondance avec sa grand-mère qui vit à Toronto. Des convois de vivres mettent un peu de baume sur les plaies de la population haïtienne en pleine guerre civile... Chaque jour, le Comité international de la Croix-Rouge mène une lutte acharnée pour le respect des droits humains. Au service de l'organisme depuis 1999, Me Isabelle Daoust cultive la même ambition et travaille quotidiennement à sa concrétisation.
Me Isabelle Daoust |
« Quand je vois des messages qui transitent par nous et qui permettent de mettre en contact des membres d'une même famille séparés par la guerre, c'est très touchant. »
De Abidjan, en Côte d'Ivoire, à Ottawa, en passant par Genève, le cheminement professionnel de Me Isabelle Daoust a été marqué par divers évènements qui l'ont persuadée de poursuivre, même si, de son propre aveu, « il arrive parfois qu'en cours de route, on perde toutes nos illusions ».
Admise au Barreau en 1997, elle fait partie de ceux qui n'ont pas choisi la voie traditionnelle menant au droit. D'abord inscrite aux Hautes études commerciales de l'Université de Montréal, elle complète une formation de trois ans en administration des affaires avant de bifurquer vers le droit à l'Université McGill.
Tout d'abord stagiaire dans un grand cabinet de Montréal, elle y travaille par la suite pendant un an en droit commercial. Un choix logique, compte tenu de sa double formation. Puis, l'envie de se tourner vers le droit humanitaire refait surface. « J'étais avocate et je faisais un bon salaire, mais je voulais revenir aux motivations qui m'avait incitées à me diriger en premier vers le droit. Je cherchais auprès de quelle organisation internationale je pourrais postuler quand j'ai rencontré des personnes qui travaillaient pour la Croix-Rouge. Ils m'ont suggéré de faire le stage. J'ai décidé de prendre le risque. »
Après six mois de stage au siège social de Genève, l'organisation l'encourage à postuler pour un emploi de conseiller juridique en Afrique de l'Ouest. Elle est sélectionnée et s'installe, en 1999, à Abidjan en Côte d'Ivoire.
« Le programme dont j'étais responsable devait promouvoir certains traités de droit humanitaires dont la convention de Genève, le statut du tribunal pénal international ou encore la convention d'Ottawa qui interdit les mines antipersonnelles, et ce, auprès d'une quinzaine de gouvernements de l'Afrique de l'Ouest. »
Deux années durant, elle encourage donc les gouvernements locaux à respecter leurs obligations internationales et à adopter les législations nécessaires pour donner effet à ces traités internationaux. Une expérience qu'elle qualifie d'extraordinaire. « Nous aidions les pays à rédiger les législations. Nous travaillions aussi avec les forces armées de ces pays afin de faire respecter les règles de droit qui s'appliquent en cas de conflits armés. Nous les formions. Pour moi, c'était comme un rêve. Je travaillais en droit humanitaire, pour une organisation internationale, en Afrique de l'Ouest. »
Pourtant, d'autres défis viendront s'ajouter. Rappelée au siège social de Genève, en 2001, elle est nommée responsable de la mise en œuvre du traité d'Ottawa sur l'interdiction des mines antipersonnelles auprès de tous les pays. Avec acharnement, elle travaille alors à augmenter le nombre de pays signataires en orchestrant des campagnes ciblées auprès de différents États. Non seulement son équipe et elle encouragent les pays à adhérer au traité, mais elles veillent aussi à ce que les signataires respectent leurs engagements en détruisant leur stock de mines et entreprennent le déminage. Le défi est immense, mais le travail porte fruits. Elle conserve la responsabilité du dossier jusqu'en 2002, année où, à la demande du siège social, elle rentre au Canada pour venir en aide à la Croix-Rouge canadienne, fortement déstabilisée depuis le scandale du sang contaminé. « On m'a prêtée à l'organisation canadienne pour l'aider à monter un programme en droit humanitaire. Je travaille non seulement avec la Croix-Rouge canadienne, mais aussi avec nos propres forces armées qui, depuis ce qui c'est passé en Somalie, ont compris qu'il faut mettre l'accent sur la formation. On est en contact avec les universités pour s'assurer que le droit humanitaire est inclus dans leur curriculum.
« On fait aussi des formations ad hoc. On essaie de développer nos relations avec les médias et avec notre propre gouvernement, particulièrement les Affaires étrangères. Nous faisons des représentations pour s'assurer que le Canadien détenu à Guantanamo Bay voit ses droits respectés. Je n'avais jamais imaginé faire du droit humanitaire international au pays. C'est très stimulant, parce que j'ai l'impression de vraiment pouvoir faire bouger les choses en travaillant avec mon propre gouvernement. »
Prévu pour se terminer en 2005, le passage de Isabelle Daoust en sol canadien la mènera vraisemblablement vers d'autres horizons.
Désireuse de voir son aventure humanitaire se poursuivre, Isabelle Daoust confesse tout de même avoir vécu certains moments de doute et de découragement.
« Le plus difficile en droit humanitaire, c'est de voir que les changements se passent à plus long terme et qu'on ne sera peut-être pas là pour voir leur aboutissement. »
Trente millions de mines antipersonnelles ont été détruites par les 140 pays signataires. Le nombre de victimes a, lui aussi, diminué. Même le nombre de pays producteurs est passé de 36 à 15. « À 35 ans, ce serait assez difficile pour moi de retourner en pratique privée. Je ne pourrais plus me passer de ce sentiment extraordinaire que, par mes actions, je peux faire la différence dans la vie de quelques personnes. »
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