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La Médaille du Barreau du Québec 2004 à Me Julius H. Grey

Grand plaideur des libertés individuelles

Louise Vadnais, avocate

Ardent défenseur des libertés individuelles, engagé sur la place publique et professeur de droit passionné de justice, Me Julius H. Grey est le récipiendaire 2004 de la Médaille du Barreau du Québec.

M<sup>e</sup> Julius H. Grey reçoit la Médaille du Barreau des mains du bâtonnier, M<sup>e</sup> Gagnon
Me Julius H. Grey reçoit la Médaille du Barreau des mains du bâtonnier, Me Gagnon

« C'est avec fierté, a dit le bâtonnier sortant, Me Pierre Gagnon, que le Barreau du Québec remet sa plus haute distinction à Me Grey, personnage atypique, renommé pour son engagement dans la profession et dans le développement de la société québécoise. Homme d'idées, de principe, d'ouverture, d'audace, de simplicité et de culture, il est reconnu pour l'universalité de sa pensée qui se traduit au sein de causes plurielles pour des individus, mais également pour de nombreuses causes humanitaires ici et ailleurs. Il est non seulement un acteur, mais également un observateur de premier plan qui suscite de nouvelles réflexions et de nouveaux débats juridiques et socio-politiques. »

« Le droit est une passion qui restera avec moi jusqu'à la fin de mes jours», a déclaré Me Grey, profondément touché de la reconnaissance de ses pairs. «Nous ne sommes pas des techniciens, nous sommes des hommes et des femmes de courage et de cœur engagés dans la justice sociale. Notre devoir est de dire et de faire les choses qui dérangent sans avoir peur et avec ouverture d'esprit, celle qui donne droit de changer d'avis. Nous aurons plus que jamais à défendre la liberté de penser et la liberté d'expression et à faire preuve de compassion et de pardon pour contrer la tolérance zéro alors que nous entrons dans un monde de plus en plus conformiste », a fait valoir le récipiendaire qui a voulu rendre hommage à la profession ainsi qu'à « l'aventure et à la poésie » qui traversent sa vie.

Un avocat humaniste

Du port du kirpan en milieu scolaire, au droit à l'expectative légitime des immigrants, ses batailles en faveur des libertés individuelles l'ont conduit devant toutes les instances québécoises, souvent devant la Cour suprême et même devant le Sous-comité des Droits de l'homme des Nations unies. Diplômé de la Faculté de droit de l'Université McGill en 1971, il y a également obtenu, en 1973, une maîtrise en littérature russe. Cette même année, il arrivait premier de sa classe à l'université d'Oxford, où il a terminé des études supérieures en droit. Admis au Barreau en 1974, il a travaillé dans des cabinets montréalais avant de fonder, en 1978, son propre cabinet qui deviendra, dès 1985, Grey Casgrain alors qu'il s'associe avec Me Lynne-Marie Casgrain, son épouse. Tous deux y exercent encore à ce jour une pratique du droit généraliste, teintée d'une tradition humaniste.

À cet égard, fait valoir Me Casgrain, Julius Grey incarne sans contredit dans sa pratique privée les valeurs de l'homme nouveau de la Renaissance. « C'est un juriste de principes qui possède une connaissance remarquable du droit ainsi qu'une profonde réflexion sur le sens de la vie, de la liberté, des droits des personnes. Ses mémoires et ses plaidoiries sont parsemés de références et d'analogies issues de ses lectures assidues et méthodiques d'essais et de grands classiques : roman, théâtre, livres d'histoire, de philosophie, de politique, de sociologie et d'anthropologie, qu'il lit alternativement en français, en anglais, en russe et en polonais pour se garder alerte dans toutes ces langues. Il cherche toujours à repousser les limites. »

Les causes plaidées par Me Grey se comptent par centaines. Plusieurs d'entre elles évoquent l'image du combat de David contre Goliath. Bâtonnier 2002-2003 du Barreau de Montréal, Me Alan M. Stein se rappelle une cause (30 jours d'audience devant la Cour supérieure du Québec) alors qu'il représentait un garçon de 9 ans devenu quadraplégique à la suite d'une opération. « À la demande de la mère, ma cliente, Me Grey a agi avec moi dans le dossier. C'est un grand plaideur. Il avait une connaissance impressionnante du domaine médical et il a mené le contre-interrogatoire des experts avec brio. Même si le client n'a pas d'argent, s'il croit en la cause et s'il croit en une injustice, Me Grey n'hésite pas à agir pro bono. »

Promouvoir les débats d'idées

Président de la Fondation canadienne des droits de la personne (1985-1988), Me Grey a siégé au Comité de surveillance du Sommet des Amériques (2001) de la Ligue des droits et libertés du Québec. Il a siégé à de nombreux comités universitaires et a participé à des colloques de formation du Barreau du Québec. Il est Gouverneur de la Fondation du Barreau du Québec.

Professeur agrégé à la Faculté de droit de l'Université McGill durant plus de 25 ans, il a insufflé à plusieurs générations d'étudiants sa détermination inébranlable en faveur de la lutte pour la justice. Il aura été un mentor inspirant pour Me Geneviève Coutlée, étudiante diplômée de McGill, qui a travaillé au sein du cabinet Grey Casgrain : « Me Grey est un grand professeur. Il nous entraînait avec passion dans ses réflexions, qui allaient bien au-delà de la règle normative. Il a une vision globale du contexte et il est toujours conscient des aspects humains et sociaux d'une cause. »

La simplicité d'un grand plaideur

Bâtonnier de Montréal en 1996-1997, Me Richard McConomy connaît bien Me Grey comme avocat plaideur : « Pour lui, la justice ce sont des principes qu'on met de l'avant. Il n'y a pas de causes trop petites pour Me Grey quand les principes fondamentaux du droit sont en jeu. C'est un plaideur qui a le courage de ses convictions, qui va au-delà des apparences et qui prend des risques pour assurer la protection des exclus contre les abus de l'État, du législateur, de l'autorité ou de la majorité. C'est un avant-gardiste et le précédent lui sert de point de départ pour obtenir un pas de plus. Plus de 80 % de ses batailles se font dans l'ombre et plusieurs d'entre elles sont menées pro bono. Pas flamboyant, pas exagéré mais préparé et méthodique, Me Grey incarne la simplicité d'un grand plaideur. »

 

 
 

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