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En novembre 2003, après plus de 24 années passées au Service de recherche et de législation du Barreau du Québec, dont 18 ans au poste de directrice, Me Suzanne Vadboncoeur accédait à la magistrature. Une nomination saluée par l'ensemble de la communauté juridique, qui reconnaît en elle une juriste de haut calibre, susceptible d'apporter un éclairage intéressant sur le système de justice québécois. Pour souligner sa contribution à l'avancement de la profession, elle recevait le 3 juin dernier l'un des prix Mérite du Barreau du Québec. Un hommage à son « indéfectible engagement à l'égard du droit », selon la juge en chef de la Cour supérieure, Lyse Lemieux.
L'honorable juge Suzanne Vadboncœu |
« Avec Me Vadboncoeur, le Service de recherche et de législation du Barreau du Québec a, en quelque sorte, acquis ses lettres de noblesse. C'est son travail rigoureux et ses extraordinaires qualités de juriste qui ont contribué à affirmer la crédibilité du Barreau du Québec comme organisme de référence pour le ministère de la Justice et le Gouvernement au sens large. » Bâtonnier sortant, Me Pierre Gagnon a côtoyé la lauréate non seulement dans ses fonctions de bâtonnier, mais aussi au sein de divers comités de travail. Il garde d'elle le souvenir d'une professionnelle aguerrie, convaincue et convaincante.
Cette perception est partagée par de nombreux autres collègues. Récemment nommé juge à la Cour du Québec, François Bousquet est de ceux qui saluent son professionnalisme. Membre du comité législation et recherche du Barreau du Québec pendant de nombreuses années, il a pu à maintes reprises mesurer l'assurance avec laquelle elle dirigeait ses dossiers. « Quel que soit le sujet, Me Vadboncoeur a toujours été perfectionniste et méticuleuse. Rien n'était laissé au hasard. Pour l'avoir accompagnée à quelques reprises en commission parlementaire alors que le Barreau était appelé à aller défendre des dossiers, j'ai pu mesurer le respect qu'avaient les gens en général pour son travail. Elle n'avait aucune difficulté à contacter un sous-ministre pour lui demander une rencontre. Rarement, sa demande a été refusée. »
Reçue au Barreau du Québec en 1976, Suzanne Vadboncoeur détient une licence en droit de l'Université de Montréal. À l'instar de nombreux autres juristes, le droit ne représente toutefois pas son seul champ d'expertise. Avant d'opter pour la pratique juridique, elle a de fait complété un baccalauréat en sciences politiques. Ses expériences professionnelles sont cependant strictement en lien avec le droit. Avocate en cabinet privé de 1976 à 1978, elle délaisse la pratique traditionnelle à la fin des années 1970 pour joindre les rangs du Barreau du Québec. Tout d'abord avocate au sein du Service de recherche et de législation, elle accède à la direction du Service dès 1986. Elle occupe ce poste jusqu'en 2004, alors qu'elle se voit nommer juge à la Cour du Québec, Chambre civile.
Cette nomination n'est pas un hasard. Ses années passées à la tête du Service de recherche et de législation lui ont notamment permis de prendre part à la réforme du Code civil du Québec, ainsi qu'à la révision du Code de procédure civile. Appelé à travailler étroitement avec elle pendant plus de 15 ans, Me Marc Sauvé, aujourd'hui directeur du Service, n'hésite d'ailleurs pas à la qualifier avec humour de « mère du Code civil ». « L'expertise qu'elle a développée en matière de droit civil et de procédures civiles est remarquable. C'est une juriste de très haut calibre avec un jugement sûr. Son niveau de maîtrise des règles du droit est très élevé. Elle a su laisser sa marque, faire valoir des points de droit très importants qui ont mené à l'élaboration du Code civil que nous connaissons en ce moment. Peu de gens au Québec peuvent affirmer la même chose. »
Par-delà son implication plus approfondie en matière civile, Me Vadboncoeur a contribué à définir et faire connaître la position du Barreau du Québec sur diverses questions. Au total, près de 180 mémoires portant sur la législation tant fédérale que provinciale ont été produits durant son mandat de directrice du Service. Le droit des compagnies et la question de la représentation des enfants par des avocats figurent au nombre des sujets traités par son équipe. Son passage au Barreau du Québec a aussi été pour elle l'occasion de prononcer de nombreuses conférences en lien avec la profession, et ce, devant différents publics. Elle a également agi comme formatrice auprès de ses pairs, pour la réforme du Code de procédure civile notamment.
Pour Me Pierre Gagnon, la juge Suzanne Vadboncoeur s'impose comme un modèle à suivre : « Une professionnelle qui a su, non seulement faire reconnaître le Barreau du Québec comme un interlocuteur de premier niveau, mais qui a aussi largement contribué à faire respecter le rôle et la contribution que peuvent avoir les avocats dans les grandes décisions que prennent nos gouvernements. »
Émue par l'hommage rendu, la lauréate a tenu à remercier ses anciens collègues pour leur reconnaissance. Elle a notamment salué l'attitude des représentants du Barreau qui, « sans relâche », lui ont accordé « leur confiance dans les deux grandes réformes » qu'elle a pilotées, soit la réforme du Code civil et la réforme des procédures civiles. Elle par ailleurs insisté pour partager la récompense avec l'équipe du Service de recherche et de législation du Barreau auprès de qui, a-t-elle dit, « la vie a été bougeante, trépidante même, et souvent ponctuée de rebondissements ». Des rebondissements qui, s'ils ne lui manqueront pas nécessairement, resteront à jamais dans sa mémoire. « J'ai fait ce travail avec passion et conviction. Il a été pour moi une source de grande satisfaction. Je fais maintenant partie d'une autre grande famille, mais je continuerai de suivre avec intérêt les actions du Barreau du Québec. Puisse-t-il continuer dans la même voie pour le bien-être de la justice et des justiciables. »
Il s'agit du deuxième hommage rendu à Me Vadboncoeur par ses pairs. En 1991, elle recevait le Mérite collectif du Barreau du Québec pour l'ensemble du travail effectué autour de la réforme du Code civil.
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