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Claude Masse est fort malheureusement passé trop vite dans le firmament des juristes du Québec. Je l'ai rencontré pour la première fois alors qu'il était mon étudiant à la Faculté de droit de l'Université de Montréal et président de l'Association des étudiants.
Nous nous sommes rapidement liés d'amitié, et nous nous sommes retrouvés à Paris en 1973, alors que j'étais en congé sabbatique et qu'il poursuivait, lui, des études de doctorat. J'ai pu, grâce à lui, réaliser alors, dans la toute première édition de La responsabilité civile, certaines constatations de sociologie juridique, et inclure dans l'ouvrage des tableaux permettant, peut-être, de mieux comprendre le droit positif.
Par la suite, notre amitié s'est développée. Nous avions, en dehors du droit, beaucoup d'intérêts communs, notamment la pratique de la pêche et de la chasse.
Cette amitié ne s'est jamais démentie, même si, dans au moins un dossier, celui de la MIUF, nous occupions, lui comme avocat-plaideur, moi comme avocat-conseil, pour des parties opposées.
C'est avec une infinie tristesse que j'ai appris la terrible maladie dont il était affecté. Ce passage désormais obligé, qu'il a courageusement et librement accepté, lui a conféré une étonnante sérénité devant ce qui était désormais inévitable et incontournable. Ramenée désormais à l'essentiel, dépouillée de la quotidienneté, notre amitié a, au cours de ces trois dernières années, atteint une intensité extraordinaire. Ma femme Christianne et moi nous faisions une joie de lui apporter quelques fois par mois les sushis dont il était si friand, et de bavarder longtemps avec lui sur les problèmes de la société et de la vie. Son courage, sa détermination, son constant souci de l'autre, des autres, ont suscité notre admiration la plus vive.
Quel dommage qu'un si grand juriste, qu'un tel homme de cœur, qu'une personne si consciente du rôle fondamental que doit jouer le droit dans la protection du pauvre, du faible, du dépourvu, nous ait quittés si tôt, et dans la force de l'âge.
Je me console en pensant, d'abord, que son œuvre, principalement en matière de droit de la consommation, restera. Il aura marqué à cet égard le droit québécois. Je me console aussi parce que l'exemple de très grand courage, de détermination et de dignité qu'il a donné sera une profonde et valable inspiration non seulement pour sa femme, son fils et ses deux filles, mais aussi pour tous ceux qui, comme moi, ont eu le grand privilège de croiser son chemin.
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