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Kazaa... Je peux, dis, papa?

Jean-François Barbe

Armée de son plus beau sourire et vous regardant droit dans les yeux (c'est votre point faible), votre puce adorée vous demande la permission d'utiliser votre portable. Mobilisez toutes les ressources de votre volonté, car il faut dire non!

«Si j'étais avocat, je refuserais carrément à mon enfant le droit d'utiliser mon ordinateur», dit Patrick Naoum, vice-président des technologies et des services professionnels chez ESI Technologies de l'information. Opinion partagée par un autre expert en sécurité informatique, Alain Mercier, conseiller principal au Centre de recherche informatique de Montréal (CRIM). «Je déconseille formellement le prêt d'ordinateurs, car il s'agit de la meilleure façon d'attirer des virus», dit celui qui a donné cet été des séances de sensibilisation en matière de sécurité informatique à l'ensemble des juges de la Cour du Québec. C'est qu'un ordinateur, explique Patrick Naoum, «est conçu pour être facile d'utilisation. Sans le faire exprès, les enfants peuvent faire de gros dégâts».

Les statistiques montrent que les jeunes écoutent de moins en moins la radio et vont de plus en plus sur le Net pour y trouver les dernières musiques à la mode par le biais de sites qui en permettent l'échange, tels Kazaa, Limewire, Bearshare ou Morpheus. Ils s'y rendent également pour se procurer les photos de leurs vedettes préférées ou pour clavarder et se faire de nouveaux amis (ce qui peut leur donner l'occasion d'échanger des fichiers). Or, les Kazaa de ce monde comportent leur lot de virus informatiques, susceptibles de corrompre ou détruire les documents contenus dans l'ordinateur... ou d'empêcher la machine de démarrer. Pire encore: un simple accident, et hop! Vos propres documents peuvent se retrouver dans le cyberespace, offerts à la vue de tous. Plutôt gênant si ces textes lèvent un coin de voile sur une cause impliquant… une vedette, par exemple!

Le comment

Afin de partager des fichiers sur les sites de type Kazaa, l'utilisateur définit les répertoires du disque dur où ceux-ci peuvent être téléchargés. On rend ainsi les autres secteurs de l'ordinateur invisibles aux internautes. Les utilisateurs deviennent clients (ceux qui téléchargent) et serveurs (ceux qui donnent accès à leurs fichiers musicaux). Il n'y a donc aucune autorité centrale qui puisse certifier que des documents disponibles sont sûrs. Il est ainsi de plus en plus courant que les fichiers musicaux ou photographiques soient porteurs de virus, observe Patrick Naoum. L'une des conséquences les plus dévastatrices des virus consiste à infecter le bureau au complet dès que le portable accède au réseau de l'entreprise. Résultat: «Certains bureaux mettent automatiquement tous les portables en quarantaine dès qu'ils franchissent le seuil du bureau, afin de vérifier s'ils contiennent des invités indésirables», souligne M. Mercier.

L'intention de nuire peut également exister à un autre niveau : la recherche des failles de sécurité, qui peut donner lieu à l'intrusion de pirates informatiques dans des secteurs protégés de l'ordinateur. «Il y a un milieu underground qui s'emploie à trouver les failles de sécurité. C'est rare que cela se produise chez Kazaa ou chez Morpheus, mais ça arrive», estime le conseiller du CRIM. Toutefois, fait remarquer Philippe Giroux, directeur de la pratique de sécurité chez ESI, le danger se situe davantage du côté de l'erreur humaine. «En cours de chemin, on peut cliquer au mauvais endroit et rendre visibles des répertoires qu'on voulait protéger.»

Devant cela, deux solutions sont possibles. La première, radicale mais efficace, consiste à ne jamais prêter son ordinateur. La seconde, à se doter d'outils de protection tels que les logiciels coupe-feu et les antivirus. Cependant, toute solution technologique restera toujours incomplète. Nous verrons pourquoi dans notre prochaine chronique.

 

 
 

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