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Les crimes internationaux, un créneau où le Centre international de ressources juridiques (CIRJ) se trouve bien seul.
«Nous sommes les seuls au Québec dans la niche des victimes d'actes criminels commis à l'étranger»,eaffirme la fondatrice et directrice du CIRJ, Me Catherine Duhamel.
«Les droits de la personne constituent un domaine du droit encore très méconnu au Québec comparativement à l'Europe et aux États-Unis, où, depuis des années, des organismes comme le nôtre travaillent avec de gros cabinets d'avocats et sont fortement appuyés par les barreaux», a-t-elle asséné lors d'une entrevue accordée au Journal du Barreau. «Le milieu juridique nous perçoit trop souvent comme des extraterrestres, alors que l'action du centre se situe dans un domaine d'actualité, en évolution, dans le momentum international, comme le démontre la création du Tribunal pénal international»
Me Catherine Duhamel, directrice du Centre international de ressources juridiques |
Mme Duhamel est toutefois prête à concéder que les choses bougent un peu : l'avocate Elise Groulx est tout de même parvenue à mettre sur pied l'Association internationale des avocats de la défense.
L'affaire Mugesera (Rwanda) et celles des trois Canadiens qui ont été torturés à l'étranger en 2003 - Zahra Kazemi, en Iran; Maher Arar, en Syrie; William Sampson, en Arabie Saoudite - y sont des objets quotidiens de préoccupation. Le dossier de Léon Mugesera, ce Rwandais venu étudier à l'Université Laval et qui aurait prononcé un discours haineux contre les Tutsis en 1992 dans son pays, a été le premier dans lequel le CIRJ a joué un rôle actif, aux côtés du Centre canadien pour la justice internationale. L'organisme a soumis à la Cour fédérale, en appui de la position du gouvernement du Canada, que Mugesera avait incité à la haine et qu'il n'aurait jamais dû être accueilli au Canada. La Cour fédérale en a jugé autrement et a autorisé Mugesera à demeurer au pays. Le prochain débat sur la question se fera devant la Cour suprême. Le CIRJ suit l'affaire de près, d'autant que le plus haut tribunal du pays devrait y définir ce qu'est la propagande haineuse.
Malgré cela, pas question pour le CIRJ de lâcher le morceau. Un mémoire de 40 pages a été soumis au gouvernement canadien, lui demandant de porter l'affaire devant la Cour internationale de justice ou encore de demander une enquête indépendante des Nations unies, ou une enquête criminelle au Canada. Le ministre fédéral de la Justice, Irwin Cotler, est loin d'avoir fermé la porte, assure Me Duhamel.
Alerté par des groupes communautaires ou encore des enseignants de centres de francisation, le CIRJ est résolu à sensibiliser à ce sujet, à la première occasion, la ministre québécoise de l'Immigration.
«Nous voulons que cette politique d'envoyer des gens en région ne soit pas obligatoirement appliquée, pas systématiquement, a exposé Me Duhamel. Il faut veiller à ce que ceux qui ont commis des exactions ne soient pas en position de faire de l'intimidation à l'égard de leurs ex-victimes», a-t-elle soutenu. Jusqu'ici, le gouvernement argue qu'il ne peut continuer de surcharger les agglomérations de Montréal, de Québec et de Sherbrooke. Les choses en sont là. Mais Me Duhamel entend bien revenir à la charge.
Comme si ce n'était pas assez pour la petite équipe de bénévoles et d'étudiants en droit de l'Université McGill, de l'Université de Montréal et de l'UQÀM qui travaillent au centre, une assistance aux Canadiens arrêtés et détenus à l'étranger est assurée dans des cas de violation des droits de la personne: par exemple, une arrestation illégale ou une détention arbitraire. Dans ce cadre, le CIRJ a soutenu deux Tunisiens qui vivaient depuis quelques années au Canada et qui se sont retrouvés en prison lors d'une visite dans leur pays d'origine.
Dans un cas, la détention a duré deux ans. L'ex-juge Labrèche a, encore une fois, été envoyé à la rescousse. Il s'est même rendu en Tunisie pour assister au soi-disant procès et a rapporté au CIRJ l'ampleur du simulacre.
L'organisme avait été mis au courant du sort réservé au Tunisien en question par l'Association des droits de la personne au Maghreb, dont le siège social se trouve à Ottawa.
Pour dénouer ce dossier, il a fallu le concours de députés fédéraux, qui ont donné une conférence de presse relativement à cette affaire. Dans les jours qui ont suivi, le bureau du ministre Bill Graham est intervenu.
Et comme si cela ne suffisait pas, le centre a aussi trouvé temps et énergie pour aider ce citoyen canadien qui vivait paisiblement au Canada depuis quelques années et qui a appris que celui qui l'avait torturé en 1990 au Liban, son pays d'origine, devait venir prononcer une série de conférences à Montréal.
Malgré ses moyens restreints, le Centre international de ressources juridiques tire son épingle du jeu. En nomination, en juin dernier, pour le Prix Claire-Bonenfant, qui vise à souligner le soutien aux valeurs démocratiques, le CIRJ est arrivé troisième parmi quelque 150 candidatures!
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