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Mine de rien, les Barreaux de Hull et de Strasbourg célèbrent cette année la cinquième édition d'une opération de jumelage somme toute fort enrichissante pour les deux parties. Au-delà des nombreux échanges portant sur la profession, qui sont le lot de ces rencontres, un véritable lien d'amitié s'est tissé entre les deux communautés d'avocats depuis 1996.
L'objectif était bien simple au départ: en se jumelant de la sorte, tous les deux ans, les Barreaux en question allaient pouvoir comparer leurs systèmes judiciaires respectifs en confrontant les expériences faites dans chaque pays.
Lors de la visite québécoise en terre alsacienne, en juillet dernier, le thème du plea bargaining a été abordé. Les avocats québécois ont aussi pu démontrer leur expertise en matière de médiation familiale, ce qui semble avoir intéressé au plus haut point les participants français. Autre sujet qui suscite moult débats en Occident, l'union civile et le mariage entre personnes du même sexe, a aussi alimenté les discussions.
Par ailleurs, les délégations québécoise et française en ont profité pour souligner à leur façon le bicentenaire du Code Napoléon ainsi que le 10e anniversaire du Code civil québécois. Bref, des rencontres qui ont donné une autre occasion d'échanger des points de vue sur l'évolution de la profession d'avocat de part et d'autre de l'Atlantique.
Mais on s'aperçoit rapidement que Hull et Strasbourg ont bien plus d'affinités qu'il n'y paraît à première vue. Elles partagent des univers assez similaires. De prime abord, ce sont deux villes «frontalières » qui ont à composer avec des réalités linguistiques particulières. En Alsace, le français et l'allemand se côtoient quotidiennement. De ce côté-ci de l'Atlantique, inutile d'épiloguer sur la situation de bilinguisme inhérent à la vie dans la région d'Ottawa-Gatineau. La proximité de la ville de Stuttgart fait aussi en sorte que le Barreau de Strasbourg, comme celui de Hull, évolue dans une situation de bijuridisme.
D'autre part, Strasbourg, à titre de capitale de l'Europe, accueille les activités du Parlement européen. À Gatineau, la proximité de la capitale fédérale fait en sorte que nos juristes ont, eux aussi, à composer avec les nombreuses institutions gouvernementales.
«Les Strasbourgeois sont très attirés par le Québec, note Me Jean-François Bonin, organisateur du programme de stage et premier conseiller au Barreau de Hull. Ils sont très preneurs d'une expérience internationale. J'ai été frappé de l'ouverture des Français à ce qui se passe de notre côté de l'Atlantique.»
Cette formation, dit Me Bonin, permet d'acquérir des outils qui ne sont pas à la portée de ceux qui choisissent de rester à la maison afin de travailler dans un cabinet local. «Et ça peut paraître un cliché, mais ils apprécient tous la chaleur humaine qui s'installe tout naturellement dans nos rapports professionnels.»
Le stage est aussi ouvert aux avocats reçus, qui peuvent ainsi aller parfaire leurs connaissances tout en voyant un peu de pays. Parce qu'au-delà de ces échanges professionnels qui composent l'aventure de jumelage HullStrasbourg, il y a ce qu'on appelle les à-côtés. Comme le dit Me Jean-François Bonin, le volet récréotouristique permet d'équilibrer l'élément didactique de l'échange. «On profite de ce qu'ils ont de mieux à nous offrir. Faire la route des vins en Alsace, c'est merveilleux. Imaginez, aller visiter un vigneron parent d'un collègue avocat, c'est la fête garantie!» À ce jour, les quelques dizaines d'avocats qui ont emprunté le pont entre les Barreaux de Hull et de Strasbourg ont tous trouvé l'expérience très satisfaisante. Et cette année, l'échange marquant la cinquième édition du jumelage n'a pas manqué à la tradition.
Audrey Pallucci, une apprentie-avocate française, et Me Gene Assad, un avocat pratiquant à Ottawa, en savent quelque chose. À en croire leurs témoignages, les bénéfices de ces échanges réguliers entre les deux districts juridiques sont multiples.
Audrey Pallucci est à quelques mois d'être assermentée à titre d'avocate. Avant d'obtenir le droit de pratiquer, la jeune Strasbourgeoise tenait à venir compléter en Outaouais la dernière étape d'un stage obligatoire pour l'obtention de son diplôme en droit. «Beaucoup d'étudiants demeurent en France pour effectuer leurs stages, avance la jeune femme. Probablement que des considérations financières viennent jouer un rôle dans tout ça. Mais, pour ma part, venir au Canada m'arrangeait bien, parce que je pouvais en apprendre plus sur la pratique issue du système anglo-saxon, et je pouvais le faire en français.»
Parmi les tâches qu'on lui a confiées durant son séjour au Québec, Audrey a dû effectuer des recherches jurisprudentielles dans le cadre de certains mandats confiés au cabinet.
Par ailleurs, la stagiaire s'est assurée de toujours suivre son maître de stage lors de ses rencontres avec les clients et durant ses nombreux rendez-vous à la cour. Malgré tout, l'adaptation au système juridique n'a pas été sans surprise pour Audrey. «J'étais assez désarçonnée au début par la procédure en vigueur chez vous, avouait-elle à quelques jours de la fin de son stage. Disons que c'est assez différent de la nôtre, mais j'ai appris beaucoup.»
La jeune femme, qui compte explorer le champ du droit immobilier, se pliera aux examens du Barreau de Strasbourg en novembre et, si tout va bien, elle sera admise en janvier.
Me Assad est avocat-conseil pour la Gendarmerie royale du Canada, et se spécialise dans les questions de sécurité. Il a d'ailleurs profité de son passage en Alsace en juillet dernier pour offrir une conférence à propos du terrorisme et de la mondialisation, un sujet particulièrement chaud ces temps-ci.
Quand on lui demande d'énumérer les points d'intérêt d'un tel échange, Gene Assad place sur un pied d'égalité les partages d'expérience professionnelle et les rapports amicaux qui se créent durant ces échanges brefs, mais intenses. «J'ai développé plusieurs liens intimes au fil des années avec des stagiaires français qui ont été ensuite reçus au barreau, soutient Me Assad. Quand on se rend là-bas, ces jeunes-là participent à toutes les activités, et même les anciens stagiaires sont présents. Ça nous donne de beaux échanges.»
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