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Ouvrant actuellement un nouveau chapitre de leur histoire en raison d'une forte augmentation des demandes de services et d'un accroissement tout aussi notable de leur financement, les Centres d'aide aux victimes d'actes criminels du Québec (CAVAC) entreprennent cet automne un rapprochement avec divers professionnels, dont les avocats, dans le but de mieux faire connaître leurs services.
«C'est un tournant significatif», fait valoir Me Claire Lessard, substitut en chef adjointe du procureur général et directrice au ministère de la Justice du Bureau d'aide aux victimes d'actes criminels (BAVAC), un organisme chargé du financement de l'aide fournie à ces personnes. Entités autonomes, les 16 centres d'aide du Québec agissent à titre de partenaires du Ministère.
Nés de l'adoption, en 1988, de la Loi sur l'aide aux victimes d'actes criminels, les CAVAC ont maintenant plus de 15 ans. Ils sont répartis sur tout le territoire québécois; l'ouverture d'un centre est même prévue au Nunavik. Ces organismes ont pour mandat d'accueillir et d'épauler la victime, ses proches et les témoins lors d'un évènement impliquant un acte criminel. Souvent en proie à un stress post-traumatique, ces personnes peuvent bénéficier d'un appui professionnel, confidentiel et gratuit, par l'entremise de services d'information et d'accompagnement, et être dirigées vers les bonnes ressources médicales, juridiques, communautaires ou autres.
L'accroissement des activités survient au moment où les centres voient leurs ressources financières se développer considérablement. La Loi 139, qui a modifié le Code de procédure pénale, autorise maintenant la perception d'un montant supplémentaire de 10 dollars auprès de toute personne reconnue coupable d'une infraction à une loi du Québec. Depuis l'entrée en vigueur de la loi, le 1er juillet 2003, ces sommes vont à l'aide aux victimes d'actes criminels. Le budget du réseau des CAVAC est ainsi passé de 2 537 499$ en 2002-2003 à 8 353 350$ en 2004-2005. On prévoit même qu'il se rapprochera des 10 millions de dollars en 2005-2006. Par la suite, le financement devrait se stabiliser un peu au-delà de ce cap.
Ces nouvelles rentrées de fonds modifient les perspectives. «Ça change tout», expose Claire Lessard. Assurés d'un financement d'une telle ampleur, les Centres d'aide aux victimes d'actes criminels peuvent se lancer dans la promotion de leurs services en étant confiants qu'ils seront en mesure d'absorber la nouvelle clientèle.
La première étape de cette campagne a eu lieu en juin. On a alors envoyé une trousse d'information aux partenaires des CAVAC, c'est-à-dire les pompiers, les policiers, le personnel des services d'urgence, les médecins, les employés des CLSC et les avocats. Les affiches et dépliants expédiés y décrivaient les services offerts par les centres. La deuxième phase du plan a débuté cet automne avec l'amorce d'une prise de contact directe avec ces professionnels.
Me Claire Lessard, directrice au ministère de la Justice du Bureau d'aide aux victimes d'actes criminels |
Le système judiciaire, estime Me Lessard, gagne d'ailleurs en efficacité grâce au travail des professionnels des CAVAC. «Si le témoin est bien préparé, cela améliore la situation pour les juges, les avocats de la Couronne et de la Défense.» Tous les centres ont des points de services dans les palais de justice. On en recense 50 au Québec. De plus, on trouve des avocats dans 95% de leurs conseils d'administration.
L'objectif maintenant visé face au personnel judiciaire consiste à mieux faire connaître, particulièrement auprès des avocats de la Défense, la totalité des services prodigués par les CAVAC. Dans les dossiers tels que les cas de violence conjugale, par exemple, Me Lessard voit très bien des avocats diriger certaines personnes vers ces organismes. Il y aurait peut-être lieu, à cet égard, avance-t-elle, d'entreprendre un travail d'information de concert avec les barreaux de section.
Le CAVAC de Montréal possède un point de services au palais de justice et un autre à la Chambre de la jeunesse. Une bonne collaboration existe déjà entre les intervenants et les avocats, affirme Louise Geoffrion. Ces liens fondés sur la transparence permettent, selon elle, une meilleure administration de la justice. On l'a vu ce printemps, poursuit la directrice, dans le cadre de l'opération Scorpion, cette histoire relative au démantèlement d'un réseau de prostitution juvénile à Québec et dont les principaux accusés étaient des personnalités publiques.
Lorsque l'affaire a été portée devant les tribunaux montréalais, les autorités judiciaires ont fait appel au CAVAC de Montréal afin de protéger du regard des caméras les victimes appelées à témoigner. Le centre a alors obtenu la permission de disposer d'un local attenant à la salle où avaient lieu les audiences. À l'intérieur des murs, ces personnes se déplaçaient dans un espace certes restreint, mais qui leur permettait d'éviter d'entrer en contact avec les médias.
Sur place, une intervenante était disponible pour elles tout au long des procédures. Coupée de ce qui se passait en journée lors du procès, elle n'avait pas pour rôle d'en discuter, mais plutôt d'accompagner, particulièrement à l'occasion de situations éprouvantes. Par exemple, explique Mme Geoffrion, lorsqu'une victime allait témoigner, le travail de la professionnelle consistait à lui permettre à son retour de «verbaliser ce qu'elle vivait, de canaliser sa colère et de la restructurer pour qu'elle retourne terminer son témoignage».
Certains groupes ont décrié, ce printemps, le manque d'aide accordé aux victimes lors de cette affaire. À ce moment, on n'a pas voulu, au CAVAC, rendre public le rôle joué par l'organisme. L'intervenante était toujours en poste, et on craignait de provoquer un afflux de journalistes vers le local du Centre, au palais de justice. Sur les lieux, l'employée du CAVAC agissait dans l'anonymat bien que le personnel judiciaire ait été au courant de ses véritables fonctions.
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