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La juge en chef du Canada, Beverley McLachlin |
La qualité des conférences a d'ailleurs été soulignée par le juge en chef adjoint de la Cour supérieure, André Deslongchamps, l'un des piliers des Journées strasbourgeoises, selon qui elles étaient «d'un niveau exceptionnel». Il faut dire que la seule lecture de la liste des conférenciers laissait présager de grands moments.
Ainsi, la séance d'ouverture a été présidée par nulle autre que la juge en chef du Canada, Beverley McLachlin. Du côté français, le juge d'instruction spécialisé dans la lutte contre le terrorisme Jean-Louis Brugière, connu internationalement, a prononcé une allocution portant sur la lutte contre le terrorisme et la mondialisation. Pour sa part, Me Michel Le Bel, substitut du procureur général au ministère de la Justice du Québec, a examiné si les dispositions de la Loi antiterroriste C-36 respectaient bien les droits fondamentaux.
Mme McLachlin a rappelé que la Cour suprême du Canada avait examiné, au cours des derniers mois, la constitutionnalité des nouveaux mécanismes d'interrogatoire sous supervision judiciaire tout comme la Cour suprême des États-Unis avait examiné la juridiction des tribunaux américains à l'égard des détenus de Guantanamo Bay, démontrant bien ainsi la pertinence des thèmes du colloque.
«L'évaluation de notre réaction collective à la menace terroriste revient donc pour une bonne part aux juges» qui doivent se rappeler les erreurs du passé qui ont bien démontré que les périodes d'instabilité et de danger sont porteuses d'excès. La leçon de l'histoire montre qu'en temps de crise, le risque d'aller trop loin est plus à craindre que celui de ne pas en faire assez», a fait valoir la juge en chef du Canada.
Après avoir fait un tour d'horizon de la Loi antiterroriste (C-36) et des nombreuses autres dispositions antiterroristes dans la législation canadienne, Me Le Bel a dit s'interroger à savoir si la réponse législative du Canada, «déterminée par les diverses pressions que l'on sait, n'a pas été excessive, compte tenu de la tradition juridique canadienne, largement marquée par le respect des droits fondamentaux, de ses caractéristiques pacifiques, du contexte particulier du Canada, qui n'a jamais lui-même été la cible d'importants groupes terroristes». Considérant le caractère extrêmement vaste de cette question, il a choisi d'en limiter la portée aux principales modifications apportées au Code criminel par C-36. Il a alors parlé des nouveaux moyens de prévention du terrorisme, dont l'investigation judiciaire et l'engagement préventif (trop souvent nommé «arrestation préventive») ainsi que des mécanismes de protection, de contrepoids ou de contrôle, déjà en vigueur ou ajoutés par le Parlement, pour prévenir ou éviter les abus dans l'application de la Loi antiterroriste. Il a fait valoir que le fait que le procureur général doive consentir à l'utilisation de ces nouveaux moyens de prévention ou à la poursuite des infractions de terrorisme constitue un mécanisme de contrôle fort important pour éviter de tels abus.
Trois ans après l'adoption de C-36, Me Le Bel en arrive à la conclusion qu'en raison de la portée des modifications apportées par cette loi dans de nombreux domaines et du caractère exorbitant de plusieurs dispositions, des mécanismes additionnels de sauvegarde auraient pu être mis en place par le législateur, par exemple, la création d'un organisme de surveillance.
Une telle mesure avait précisément été proposée au moment de l'examen parlementaire de C-36 par Me Irwin Cotler, alors professeur de droit à l'Université McGill. Il est devenu, depuis, ministre fédéral de la Justice. Me Cotler avait en effet suggéré la nomination d'un officier responsable de la surveillance de l'application de la Loi antiterroriste, a rappelé Me Le Bel. Il reste à voir ce que fera le ministre.
Me Michel Le Bel, substitut du procureur général, bureau des Affaires criminelles au ministère de la Justice du Québec |
Mme Bich considère que la mondialisation, «de manière brutale, met le droit face à ses limites et à ses contradictions, à son inefficacité aussi: comment le droit, enfermé dans ses frontières, peut-il se saisir d'un phénomène comme celui de la mondialisation, sans frontières par définition?» a-t-elle fait valoir.
En référence aux conférences de Me Le Bel et du juge Jean-Louis Brugière, notamment, Me Bich a avancé que «les lois et mesures antiterroristes des dernières années, qui tentent d'établir le meilleur équilibre entre les libertés des uns et la sécurité des autres, obéissent à une éthique utilitariste qui cherche à favoriser non pas seulement le bien, mais le plus grand bien général possible dans les circonstances» .
Me Bich a en outre avancé que «la grande peur - le mot n'est pas trop fort - est celle d'une mondialisation qui échapperait à l'éthique pour ne répondre qu'à une logique d'intérêts, une mondialisation dont nous ne serions, tous autant que nous sommes, non pas les acteurs, mais les victimes ou les jouets».
Me Marie-France Bich, professeure à la Faculté de droit de l'Université de Montréal |
De quoi convaincre que les sujets ne manquent pas pour tenir une autre série de Journées strasbourgeoises, dans quatre ans, toujours sous l'égide de l'Institut canadien d'études juridiques supérieures.
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