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Étudier le droit outre-mer

Rollande Parent

À l'intention d'étudiants européens venus au Québec parfaire leurs études de droit et d'étudiants québécois ambitionnant de faire le trajet en sens inverse, une séance d'information s'est tenue tout récemment pour bien faire ressortir les principales difficultés qui attendent les uns et les autres.

Le Belge Thierry Bourgoignie, professeur de droit depuis peu à l'Université du Québec à Montréal (UQAM), ainsi que la professeure Nathalie Vézina, de l'Université de Sherbrooke, ont comparé l'encadrement et l'enseignement universitaire au Québec en regard de ce qui se fait en Europe, plus particulièrement en France.

De l'avis de M. Bourgoignie, «l'étudiant québécois bénéficie d'une formation moins encyclopédique et plus approfondie dans les matières choisies». Dans les programmes européens, il est fréquent d'avoir des cours de 15 heures ou de 30 heures, ce qui donne une formation plus diversifiée, mais moins poussée, tandis qu'au Québec les cours sont de 45 heures, ce qui permet un approfondissement de la matière.

Compte tenu de cela, le professeur Bourgoignie a conseillé aux étudiants européens de préciser ce qu'ils souhaitent étudier et de faire leurs choix en conséquence.

Autre différence : la formation au Québec se fait de façon plus active qu'en Europe. Les étudiants québécois ont des lectures préparatoires à faire, alors qu'en Europe on ne procède pas tellement de cette façon.

En ce qui concerne l'UQAM, le plan de cours proposé par le professeur fait l'objet d'une discussion jusqu'à ce qu'il y ait entente sur l'organisation du cours, le volume de travail ou encore les modalités d'évaluation. «C'est particulier. Il y a un contact interactif qu'on ne connaît pas en Europe», a commenté M. Bourgoignie.

En outre, le nombre d'étudiants par classe diffère grandement. Les standards européens sont de 500 à 600 étudiants, tandis qu'au Québec les groupes sont plus restreints, et la présence de quelque 60 étudiants est considérée comme un gros auditoire.

Au chapitre de l'encadrement de la part du professeur, là encore les différences sont marquées. «Au Québec, les profs sont là pour enseigner et encadrer et sont d'une très grande disponibilité comparativement à ce qui se passe dans les universités européennes», a noté le professeur, signalant qu'il était fréquent que trois ou quatre profs européens partagent le même local exigu, ce qui les incite à s'y retrouver le moins souvent possible.

M. Bourgoignie a probablement eu la plus grande surprise au chapitre des relations entre professeurs et étudiants. «C'est frappant, surtout par rapport à la France, où la hiérarchie est un phénomène bien connu des étudiants, particulièrement à Paris. Ici, dès le premier cours, un étudiant m'a interpellé par mon prénom et m'a tutoyé», a-t-il relaté. «La simplicité est la règle. Le cours est perçu comme un contrat de service, et l'étudiant est demandeur et exigeant» a-t-il souligné.

Pour sa part, Nathalie Vézina, de l'Université de Sherbrooke, a attribué son sentiment d'empathie à l'égard des étudiants européens au fait qu'elle avait étudié à Paris et avait donc dû s'adapter à une autre façon de faire. Revenue ici, elle a développé une structure d'accueil à l'intention des étudiants étrangers afin de leur faciliter les choses.

Elle leur écrit pour les inciter à faire leur choix de cours au plus vite et voit à ce qu'ils évitent les conflits d'horaire. Quand ils arrivent au pays, elle les rencontre afin de revoir le choix de cours en fonction de leurs objectifs de carrière. «Un cours peut sembler attrayant quand il est choisi sur la foi d'une description, mais peut ne pas convenir. »

«Un cours sur les médias de masse portant sur l'encadrement administratif des télécommunications peut devenir du “sport extrême” si l'étudiant n'a pas fait au préalable un cours de droit administratif», a-t-elle cité en exemple.

«Refaire un cours de base en responsabilité civile risque de ne pas être très intéressant, parce qu'il comportera beaucoup de redites par rapport au système européen, mais, par contre, un cours de droit de la famille présentera des différences significatives», a-t-elle poursuivi.

Les étudiants québécois qui vont étudier en Europe doivent savoir qu'ils ne seront pas très encadrés à leur arrivée là-bas. Les universités sont plus grandes, et il y a davantage d'étudiants étrangers.

Comme l'ont souligné les deux professeurs, les études à l'étranger représentent une expérience potentiellement enrichissante en ce qu'elles permettent de s'exposer à une culture différente et de porter au retour un regard renouvelé sur des choses jusque-là tenues pour acquises et comme allant de soi.

 

 
 

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