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C'est là une affirmation qui résume bien la problématique soulevée lors de la table ronde intitulée « Peine de mort, raison d'État et discrimination politique, économique et culturelle ». Les participants ont pris soin de préciser qu'ils étaient opposés à la peine de mort, même appliquée de façon impartiale et équitable, quelles que soient les circonstances. Cependant, à leur avis, les motifs politiques et discriminatoires qui motivent souvent l'exécution d'un condamné rendent ce geste encore plus inacceptable.
Me Al Bronstein, directeur du National Prison Project, Me Eva Abu Halawet, militante pour les droits de la personne en Jordanie, Me Robert Meeropol, directeur général du Rosenberg Fund for Children |
Les deux avocats ont aussi expliqué que, dans leurs pays respectifs, comme ailleurs dans le monde, ce sont en grande majorité les pauvres, les immigrés ou autres membres de groupes marginalisés qui sont condamnés à mort. Certains ne peuvent se permettre de payer un avocat, ignorent la loi ou ne comprennent même pas la langue dans laquelle se déroule leur procès. Dans plusieurs pays, les femmes courent davantage le risque d'être exécutées que les hommes : que ce soit en raison de la nature des crimes passibles de mort (avortement, adultère) ou de la façon dont elles sont traitées par le système judiciaire, ces dernières n'ont pas le même droit à la vie que leurs compatriotes masculins.
Dans d'autres pays, comme les États-Unis, c'est la couleur de la peau qui joue un rôle déterminant en ce qui a trait à l'application de la peine de mort. Al Bronstein relève que les Noirs américains, qui ne forment que 14 % de la population du pays, représentent 43 % des condamnés à mort. Le juriste, qui défend ces condamnés depuis 40 ans aux États-Unis, précise que les États américains où se produisent le plus d'exécutions sont les anciens États esclavagistes, ou ceux qui comptent une large population immigrante.
Le cas de l'ex-footballeur O.J. Simpson a été cité. En principe, ce dernier aurait pu être passible de la peine de mort à l'issue de son procès pour meurtre. Toutefois, comme l'a rappelé MeBronstein, sa richesse et sa célébrité rendaient une telle issue presque impossible. Alors que les moins favorisés sont souvent condamnés au terme de procès tenus dans l'ombre, avec la seule défense d'un avocat sous-payé de l'aide juridique, M. Simpson a eu droit à un procès ultramédiatisé et à sept avocats dévoués.
En raison de leur importance et de leur taille, les États-Unis constitueront une cible du mouvement contre la peine de mort au cours des prochaines années. Certains participants à la table ronde se sont dits confiants d'y faire abolir la peine de mort d'ici une douzaine d'années, en raison des nombreuses discriminations anticonstitutionnelles qui y sont intrinsèquement liées.
Mais, concrètement, par où commencer ? Plusieurs des avocats présents ont dit ne pas vouloir s'avancer sur le terrain glissant de la politique partisane. En fin de compte, c'est Me Bronstein qui a tenu à prendre la parole. « Je vais le dire, il faut commencer par jeter dehors l'administration Bush, le 2 novembre prochain. Il faut les empêcher de détourner une autre élection, cela serait un pas dans la bonne direction. »
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