Volume 36 - numéro 19
15 novembre
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Le Prix de la Justice 2004
Hommage à la présidente de l'Association montréalaise des gens d'affaires et des professionnels noirs
Myriam Jézéquel, juriste
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Le Prix de la Justice du Québec a été décerné à Me Claudette Barthélémy-Asner, présidente de l'Association montréalaise des gens d'affaires et des professionnels noirs (M.A.B.B.P.). Cet honneur vise à souligner ses actions concrètes et son engagement soutenu auprès des membres de sa communauté.
Me Claudette Barthélémy-Asner, récipiendaire du Prix de la Justice 2004, et le ministre Jacques P. Dupuis
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Le ministre de la Justice Jacques P. Dupuis a déclaré : « Par votre action dans votre communauté, par votre générosité et par votre travail acharné, vous avez grandement contribué à l'avènement d'une société où les valeurs de justice ne sont pas lettre morte. C'est pour moi un grand honneur et un privilège de vous remettre, madame Barthélémy-Asner, le Prix de la Justice 2004. »
À la tête de la M.A.B.B.P. depuis 18 mois, elle en a été la vice-présidente pendant cinq ans. Elle a servi sa communauté avec le plus grand dévouement en qualité de syndic, d'enseignante, de promotrice d'actions sociales et de conseillère juridique. Elle a par ailleurs publié quelques ouvrages relatifs au droit et à l'enseignement.
Son association est une organisation à but non lucratif, créée en 1981, dont les objectifs sont d'accroître le bien-être économique des personnes de la communauté noire de Montréal, ainsi que celui des autres communautés.
Pro bono avant tout
En plus de son engagement communautaire, M
e Barthélémy-Asner a mis ses
compétences professionnelles au service des plus démunis, qu'elle a conseillés ou défendus bénévolement devant les tribunaux :
« Ils ont de la difficulté à s'exprimer en français et ne connaissent pas les règles de droit. Ils n'ont pas les moyens de se faire représenter au tribunal. Ils me font confiance, et j'ai toujours essayé de répondre à cette confiance. »
On ne peut plus sensibilisée à l'exclusion sociale des jeunes de sa communauté, elle a, notamment, créé un club social pour les mineurs, dans le but de prévenir le décrochage scolaire et la délinquance. Elle souhaiterait poursuivre sur cette lancée en mettant sur pied un centre d'emploi pour la communauté noire. Me Barthélémy-Asner est également l'initiatrice d'un programme de stage politique pour les jeunes des minorités visibles, qui vise à les familiariser avec les milieux de prise de décision et à encourager la participation de futurs leaders noirs dans le réseau politique.
Deux justices...
Rejointe par téléphone, elle témoigne pour le
Journal du Barreau de ses principales préoccupations pour les jeunes de minorité noire, les plus vulnérables de sa communauté. Le défaut d'accessibilité de la justice, qui est l'un des principes fondamentaux de la justice, la préoccupe particulièrement :
« Dans un État de droit comme le nôtre, il est important que chaque individu ait droit à la justice et que cette justice soit la même pour tous. L'application de ces principes de droit devient difficile dans notre société multiculturelle et est encore plus difficile dans les communautés noires. » La liste de ses doléances est longue : le manque d'accès à l'information, de programmes de formation appropriés, d'ouverture à la diversité et de représentativité dans le système de justice. «
Bien que notre système de justice soit l'un des plus avant-gardistes, il est nécessaire de mettre en pratique les notions de justice sociale évoquées dans les grandes réformes de notre système judiciaire pour rendre l'accès à la justice conforme aux plans préconisés », précise-t-elle.
Rebâtir les ponts
Elle observe que les jeunes Noirs ont une perception négative de l'administration de la justice.
« Ils se sentent méprisés et ignorés.
C'est comme s'il y avait un monde à part entre les Noirs et l'administration de la justice. » Cette perception peut être corrigée, croit-elle, en suscitant une relation de confiance entre ces jeunes et les autorités judiciaires. Une façon concrète de gagner la confiance des jeunes ?
« Chaque année, l'Association organise une semaine d'orientation. Nous ferons appel aux juges et aux avocats pour permettre aux jeunes de mieux connaître le fonctionnement du système juridique. »L'accès à l'information est au cÏur des actions possibles pour obtenir
« des résultats palpables ». Avec le phénomène des gangs, le comportement de ces jeunes rejaillit sur toute la communauté, dit-elle. Il importe de les informer de leurs droits, de leurs devoirs et de leurs responsabilités face à la justice.
« Une information adéquate, c'est-à-dire culturellement adaptée, peut amener la confiance chez les jeunes et leur permettre de s'épanouir au milieu de notre société; l'exclusion crée la méfiance. » Besoin d'un appui du Ministre
Encadrer, accompagner et
rapprocher ressortent comme les trois maîtres mots de la conversation. Elle plaide pour que
« le ministère de la Justice aide des juristes noirs à prendre une part plus active dans la communauté pour encadrer les jeunes ». Elle sollicite une plus grande contribution des organismes, des leaders de la communauté, des jeunes juristes noirs et des jeunes juristes.
« Les membres des communautés noires ont besoin, pour s'intégrer au sein de la société d'accueil, d'un programme de formation qui prenne en considération la composante culturelle de leur milieu d'origine.
Cette formation appropriée inclut le système éducatif. »
Me Barthélémy-Asner défend une plus grande ouverture à la diversité dans l'administration de la justice. « La représentativité est souhaitable aux niveaux de tous les intervenants du système. L'accessibilité de la justice serait grandement améliorée si la composante de l'aide juridique était plus représentative. »
* Myriam Jézéquel, Ph. D. (philosophie du droit) de l'Université de la Sorbonne Ð Paris IV, est chercheuse et consultante en gestion de la diversité et en affaires interculturelles.
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