ATTENTION : Les archives du Journal du Barreau vous sont présentées telles qu'elles ont été déposées sur le Web au moment de leur publication. Il est donc possible que certains liens soient non fonctionnels et que certains renseignements soient périmés.
Pour toute question ou commentaire concernant le Journal, communiquez avec journaldubarreau@barreau.qc.ca
Visitez la page officielle du Journal du Barreau sur le site Web du Barreau du Québec.
Quelle a été la plus grande fierté de ma carrière ? Une fois mon mandat en Chine terminé (mandat consistant à négocier une entente de coentreprise et un transfert de technologie pour le compte d'une multinationale canadienne et nécessitant 28 allers-retours), nos partenaires chinois ont réclamé de nouveau mon intervention lorsque des difficultés sont apparues lors du démarrage de l'usine. Ils ont tout simplement dit : « Amélia nous respecte et parle la même langue, nous désirons traiter avec elle. »
Jean-Pierre Sauriol, PDG de Dessau Soprin, affirme que lorsque l'on négocie dans un autre pays, il est primordial de s'adapter à la culture locale, et non l'inverse. Si ce n'est pas bien fait dès le départ, cela peut entraîner des coûts énormes pour la compagnie, en plus de mettre le projet en péril.
Jean-Pierre Sauriol, PDG de Dessau Soprin |
William Spurr, président de Bombardier Transport Amérique du Nord |
Me Michael Novak, président et chef de la direction de SNC Technologies et président sortant de SNC-Lavalin International, abonde dans le même sens. Les relations personnelles sont primordiales pour la mise en place d'un climat de confiance. Pour cela, il faut s'assurer que l'autre partie comprenne bien le contrat et l'accepte. Surtout, pas de surprises ni de coup tordu. La philosophie de SNC-Lavalin : une négociation « gagnant-gagnant ». Pour s'assurer de cela, il est arrivé à Michael Novak de devoir « éduquer » les clients sur certains concepts commerciaux nord-américains pour être certain qu'ils comprennent exactement ce qu'ils obtiendront pour leur argent. Les mots d'ordre sont : transparence et intégrité; et M. Novak d'affirmer : « Dans le monde des projets internationaux, on est seulement aussi bon que son dernier projet. » Selon lui, l'avocat idéal à l'international est très précis et minutieux, doté d'un esprit de synthèse, et créatif.
Michael Novak dit, quant à lui : « Ils disposent de temps; ils t'ont à l'usure. Il faut toujours s'attendre à ce que les négociations durent beaucoup plus longtemps que prévu. La culture de SNC-Lavalin est de comprendre cette réalité et de renforcer sa capacité de résistance, c'est-à-dire celle de tenir le coup et de maintenir sa position. »
Au début des années 90, j'étais au Chili avec une imposante équipe multidisciplinaire flanquée de nos banquiers new-yorkais, pour négocier l'acquisition d'une compagnie de câblodistribution. Nous nous étions présentés au rendez-vous à l'heure fixée, mais avions dû attendre quelques heures avant l'arrivée de nos hôtes. Ils nous ont proposé de regarder avec eux un match de la Coupe du monde de soccer. Notre chef de mission a alors perdu patience et explosé. Résultat, nous sommes rentrés bredouilles au Canada, sans contrat.
Dans certains pays, le fait de se présenter avec des avocats peut être perçu comme une insulte. Dans ces pays, je devenais alors « conseillère spéciale » du président.
En Chine, il est primordial de calquer son équipe de négociation sur la leur. Si l'autre équipe est composée de hauts gradés, ils s'attendent à ce que nous fassions preuve du même respect.
Personnellement, à ma grande surprise, j'ai constaté que cela a toujours tourné à mon avantage, à l'exception peut-être du Vietnam. C'est le seul pays où l'autre partie a demandé que je sois accompagnée par un juriste masculin.
Contrairement aux idées reçues, j'ai été traitée avec beaucoup de respect en Amérique du Sud et au Moyen-Orient. À tel point que mes collègues m'envoyaient régulièrement en première ligne.
La Chine est un pays où j'ai pu constater une réelle égalité des sexes en matière professionnelle. Pour preuve, dans l'Empire du Milieu, de grandes institutions étatiques sont souvent dirigées par des femmes. Par exemple, lorsque j'ai négocié avec MOFTEC (l'agence qui régit l'investissement étranger), l'avocat en chef était une avocate.
Les prochains articles de cette série porteront respectivement sur la Chine, la Russie et l'Inde.
Or, dans ce pays, il est très mal vu de s'emporter ou d'élever la voix. Le dirigeant a probablement entendu les insultes proférées à son sujet, d'autant plus qu'il n'est pas rare que ce genre de salle de conférence soit truffée de micros. Les avocats lui ont fait perdre la face. William Spurr, de son côté, les avait pourtant prévenus qu'ils allaient trop loin et qu'ils allaient insulter leur propre client. Le lendemain, le président traita directement avec M. Spurr. Il reconfirma l'entente. Les avocats avaient brillé par leur absence de finesse culturelle et leur manque de vision d'ensemble.
© Barreau du Québec 1996-2012