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Un autre objectif consistait à consolider l'État-providence pour déterminer les droits des travailleurs à l'échelle nationale : « On voulait éviter que la main-d'Ïuvre des anciennes colonies migre vers le Nord. On se disait que, si les États du Sud appliquaient aussi le concept de l'État-providence, on aurait le meilleur des mondes. »
Dorval Brunelle, sociologue, directeur de l'Observatoire des Amériques |
Des organismes parallèles ont vu le jour, dont le GATT, en 1947. « Le commerce est régi par un groupe restreint de pays, à savoir les anciennes puissances économiques, précise le sociologue. Le GATT est l'ancêtre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), totalement indépendant de l'ONU. Quant à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international, issus de l'ONU, ils se sont considérablement détachés depuis. Ils ne prennent pas au sérieux leur obligation de rendre des comptes. »
Sur le plan national, « l'État-providence s'est instauré au Nord, mais pas au Sud », souligne le sociologue. En conséquence, note-t-il, « nous avons non seulement assisté à une détérioration des droits, mais à un partage inéquitable des richesses ».
Cette vision de la société porte à conséquence. « Sur le plan international, nous avons perdu les deux universalités visées au départ, observe le sociologue. Le système de l'ONU est affaibli. Les États-Unis interviennent de façon agressive et unilatérale. L'universalité est aussi battue en brèche au sein des États-nations. »
Ainsi, on enregistre maintenant un déficit démocratique important, inscrit dans les accords économiques. « L'Accord de libre-échange nord-américain a instauré une innovation législative incroyable, souligne M. Brunelle. Des entreprises privées peuvent maintenant poursuivre directement les gouvernements pour les dommages qui découlent de leurs décisions politiques. Ce fut une première dans l'histoire. On retrouve actuellement une telle disposition dans plusieurs accords internationaux. »
Dorval Brunelle reconnaît l'importance de renforcer le système de l'ONU, d'assortir les chartes des droits de possibilités de sanctions et de donner les outils nécessaires à la Cour pénale internationale. Mais il place d'abord ses espoirs au niveau national : « L'enjeu des droits se joue d'abord et avant tout au sein des États-nations. »
Dorval Brunelle mise sur les forums sociaux regroupant les organismes non gouvernementaux (locaux, régionaux ou internationaux). « Voilà un lieu d'échanges sur les enjeux auxquels nous sommes confrontés, dit-il. Lorsque les organismes s'adressent en rangs dispersés au pouvoir politique, il en résulte une interpellation brouillonne. Les forums sociaux offrent un potentiel de convergence des revendications, renforçant ainsi la société civile. »
1 L'organisme est issu du Centre d'études internationales et mondialisation, rattaché à la Faculté de droit et sciences politiques de l'UQAM.
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