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Échec aux exécutions de jeunes

Le possible devenir

Christian Côté

«Quand vous exécutez un jeune qui a été condamné à mort, vous tuez les multiples personnes qu'il aurait pu devenir.»

Ce constat de la psychiatre montréalaise Cécile Rousseau était partagé par tous les participants autour de la table ronde sur les jeunes condamnés à mort.

Bill Pelke, de l'organisme Journey of Hope, et Eric Prokosch, coordonnateur de la question de la peine de mort à Amnesty International, en Grande-Bretagne
Bill Pelke, de l'organisme Journey of Hope, et Eric Prokosch, coordonnateur de la question de la peine de mort à Amnesty International, en Grande-Bretagne

Selon la docteure Rousseau, le cerveau d'un jeune de moins de 18 ans pourrait être comparé à un travail inachevé. Les possibilités de changements sont énormes à cet âge-là, a-t-elle expliqué.

C'est dans le but d'appuyer encore plus fortement cette idée que Bill Pelke, fondateur de l'organisme Journey of Hope, s'était déplacé jusqu'à Montréal pour l'occasion. En quelques mots, l'Américain a expliqué comment il en est arrivé à fonder son association, qui lutte contre les exécutions de mineurs et contre la peine capitale, par le fait même.

Oui... mais non

Le 14 mai 1985, quatre adolescentes frappent à la porte de Ruth Pelke, la grand-mère de Bill Pelke. Sans motif apparent, elles choisissent d'assassiner la femme de 78 ans. Le procès qui s'ensuit détermine que la jeune Paula Cooper, 16 ans, est la leader du quatuor meurtrier. On la condamne à la peine capitale, même si elle n'a pas encore 18 ans.

Depuis toujours, Bill Pelke avait estimé que la peine de mort était un moyen justifié dans des cas extrêmes. Mais dans ce cas-ci, il y avait un hic, selon lui : comment pouvait-on condamner une femme aussi jeune à être exécutée par l'État ? Pour des raisons morales évidentes, Pelke a décidé de militer en faveur de la commutation de la peine capitale de la jeune Cooper en peine de prison à perpétuité. Ce qui fut fait.

«Je n'avais pas besoin de voir quelqu'un mourir, si jeune par surcroît, pour me guérir de la mort de ma grand-mère», a souligné Bill Pelke devant un auditoire attentif.

Aujourd'hui, Paula Cooper est toujours en prison. Mais, comme le fondateur de Journey of Hope l'indiquait, elle parvient à s'épanouir plutôt bien derrière les barreaux. La jeune femme, qui a aujourd'hui atteint la mi-trentaine, a étudié pour entraîner des animaux à venir en aide à des personnes handicapées.

Adolescents américains sur le gibet

Si des personnes comme Bill Pelke militent aujourd'hui contre la peine de mort imposée aux mineurs, c'est bien parce qu'elle persiste encore dans certains pays.

Aux États-Unis par exemple, depuis 1990, 19 mineurs délinquants ont été exécutés, ce qui constitue plus de la moitié des cas recensés dans le monde au cours de la même période. Sur les 38 États américains permettant la peine capitale, 22 n'ont pas cru bon d'abolir l'exécution des jeunes de moins de 18 ans.

Si la Chine, l'Iran, la République démocratique du Congo, le Pakistan, et les États-Unis ont exécuté des mineurs depuis 2000, il reste que la majorité des pays autorisant la peine capitale ont choisi de ne pas l'appliquer aux jeunes criminels.

Plusieurs traités internationaux interdisent ou découragent l'exécution de mineurs. Et le plus étrange dans cette affaire est que des pays comme les États-Unis ou l'Iran, qui ont signé la plupart de ces traités, semblent passer outre à leur parole.

«C'est véritablement problématique, a indiqué Eric Prokosch, coordonnateur sur la question de la peine de mort d'Amnesty International, en Grande-Bretagne. Les États-Unis continuent à exécuter des enfants en arguant qu'ils exercent leur droit de le faire étant donné qu'ils n'ont pas signé la Convention internationale pour les droits de l'enfant

Une convention qui dédouane

Me Olivier Delas, chargé de cours à l'UQAM, est venu réaffirmer que des solutions sont à portée de main. En fait, les ententes citées plus haut ont le désavantage de permettre aux pays signataires de déroger à une disposition qui les gêne. Ils peuvent ainsi impunément assassiner des mineurs sous le nez de la communauté internationale.

Est-ce à dire alors que le droit aurait épuisé toutes ses cartes dans cet épineux dossier ? «Non, je ne crois pas que le droit a tout fait encore, a souligné Me Delas. Ce qu'il faudrait, ce serait un droit coutumier Ñ ce à quoi les États-Unis s'opposent. On pourrait établir une norme à laquelle aucune dérogation ne serait tolérée.»

Mais, comme l'a souligné la militante anti-peine de mort Sue Gunawardena-Vaughn, on est encore loin d'un règlement à ce niveau. Les États-Unis, a-t-elle raillé, sont le pays du paradoxe : « En Californie, la peine capitale est encore appliquée aux moins de 18 ans, a-t-elle rappelé, alors qu'un mineur doit être accompagné d'un adulte pour bénéficier des services d'un salon de bronzage... »

 

 
 

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