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Les 12 novembre et 22 décembre 2003 avaient lieu au palais de justice les cérémonies de prestation collective de serments. Dans le grand hall où sont rassemblés les futurs avocats, on sent une certaine nervosité qui donne envie à l'observateur de rappeler aux gradués qu'on ne peut échouer sa prestation de serments ! À 16 h 45, ils entrent tous dans la salle, on présente les invités d'honneur, la cérémonie peut commencer.
M. André Deslongchamps, juge en chef adjoint de la Cour supérieure et président d'honneur de la première cérémonie, citant Larochefoucault, annonce d'emblée qu'il a des conseils à livrer: « Les vieillards aiment à donner de bons préceptes pour se consoler de n'être plus en mesure de donner de mauvais exemples. »
En premier lieu, il suggère aux futurs avocats de cultiver la compétence, l'intégrité et de penser d'abord aux intérêts du client. Selon le juge Deslongchamps, la meilleure solution des litiges n'implique pas nécessairement le Tribunal. « Soyez créatifs, explorez toutes les avenues disponibles, car elles existent. Le recours aux tribunaux devrait être la solution ultime. » Il rappelle que la Cour offre depuis septembre 2001 un système de médiation, outil qui devrait trouver une place privilégiée parmi les moyens offerts aux clients en guise de solution au litige.
En outre, un climat serein empreint de collaboration et de courtoisie à l'égard de tous les intervenants ne peut que favoriser l'émergence d'une solution au problème. Comme exemple à ne pas suivre, le juge Deslongchamps raconte: « Deux avocats se présentent devant mon regretté collègue, le juge Bernard Gratton de la Cour supérieure. Avant même que le greffier n'ait pu appeler la cause, l'avocat d'une partie s'écrit : « Votre Seigneurie, mon confrère est un menteur et un fourbe. L'autre avocat bondit et déclare: Votre Seigneurie, c'est lui qui est retors et malhonnête. Le juge Gratton, de s'adresser alors au greffier : Monsieur, voulez-vous noter au procès-verbal que les deux avocats se sont dûment identifiés et que le procès peut commencer. »
Finalement, il recommande aux finissants de rechercher l'équilibre entre travail et vie personnelle. « Les journées n'ont que 24 heures. Vous êtes maîtres de vos priorités et devez le demeurer. Et le travail ne doit pas être votre seule priorité » conclut-il.
Le juge en chef de la Cour du Québec et président d'honneur de la seconde cérémonie, Guy Gagnon, souligne quant à lui qu'aujourd'hui, bien que certains considèrent cette journée comme une dernière étape, celle de la consécration, dans les faits, il s'agit plutôt d'une nouvelle étape, celle de l'entrée dans le monde de la justice. Un nouvel apprentissage débute.
Selon le juge en chef, ceux qui se sont démarqués dans l'exercice de la profession possèdent tous les mêmes vertus malgré, somme toute, des talents différents : le respect, l'intégrité et la dignité. Ces vertus permettent non seulement de mieux servir les clients et la justice, mais également de se réaliser pleinement.
Le juge Gagnon rappelle que la profession est difficile, dans la mesure où elle touche tant de domaine de la vie, mais c'est aussi ce qui fait sa richesse. « Et s'il est vrai que la profession est souvent l'objet de préjugés, elle est aussi et surtout gratifiante et porteuse d'espoir lorsqu'elle est exercée avec professionnalisme. »
« Vous n'aurez pas toujours raison devant le tribunal, mais vous aurez toujours raison d'y faire valoir le meilleur de vous-mêmes », de conclure le juge Gagnon.
Après les félicitations d'usage, le bâtonnier du Barreau du Québec, Pierre Gagnon, relate un fait historique voulant que la présence des avocats ait été interdite en Nouvelle-France, Samuel de Champlain ayant demandé au Roi Louis XIII « de ne point envoyer d'avocats en Nouvelle-France afin d'éviter les chicanes et complications ». Mais « puisque l'on plaide et que l'on devient malade, il faut des médecins, il faut des avocats », dixit Jean de La Fontaine. Ce qui amène le bâtonnier à partager ses réflexions sur le rôle du Barreau et de l'avocat dans la société. Il rappelle la mission première de l'organisme qui est d'assurer la protection du public en symbiose avec le développement de la profession d'avocat.
Pour Me Stéphane Rivard, bâtonnier de Montréal, la profession offrira aux futurs avocats la chance d'améliorer la société et « la possibilité de vous distinguer, d'améliorer les conditions de vie, d'avoir un impact sur les lois de votre pays ». Il souligne l'importance de se bâtir une bonne réputation, de ne pas confondre confiance avec arrogance et de développer ses qualités de juriste. Reprenant les propos du bâtonnier Philippe Casgrain lors de sa propre assermentation, Me Rivard conclut en affirmant que pour bien mener une négociation, finaliser une transaction ou plaider un procès, « you will need preparation, preparation and still preparation ».
Le mot de la fin appartenait à Me Magali Fournier, présidente de l'Association du Jeune Barreau de Montréal, qui recommande à ceux qui auront envie de tout abandonner au début de leur pratique de persévérer. Me Fournier explique qu'elle a mis cinq ans avant de pouvoir profiter de ses vacances en toute quiétude sans être habitée par ses dossiers et le sentiment qu'elle avait commis une erreur qui ferait perdre les droits d'un client.
Me Fournier fait valoir que même les avocats compétents commettent des erreurs ou maladresses, à preuve cet extrait d'interrogatoire, où un avocat demande à un policier si on peut tuer sa belle-mère avec un journal, et le policier de répondre: « Oui, si le journal enveloppe un fer à repasser. »
Forts de ces judicieux conseils et après avoir prêté les serments d'allégeance et d'office tous en chœur, les nouveaux avocats et avocates pouvaient enfin rejoindre leurs proches pour célébrer comme il se doit cette magnifique soirée.
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