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Des services d'interprétation à la Cour

Profession : interprète judiciaire

Marie-Claude Dion

Une séance débute au palais de justice de Montréal. On appelle les témoins à la barre, et ces derniers ne parlent que l'espagnol. Ils parviennent pourtant à suivre le fil de la procédure, grâce à la traduction simultanée d'un interprète judiciaire. Et cette situation n'est pas inusitée ! Le Service d'interprétation et de traduction judiciaire du palais de justice de Montréal comble chaque jour plus d'une douzaine de demandes de ce type, principalement dans la région montréalaise, mais aussi ailleurs au Québec.

Mme Roselyne Moreau, coordonnatrice du Service, précise que toute personne impliquée dans une cause de nature criminelle ou pénale, qu'elle soit victime ou accusée, peut bénéficier d'une expertise d'interprète défrayée par l'État. « Les demandes peuvent provenir de la Cour, de la Couronne ou de la Défense, mais les parties elles-mêmes peuvent aussi communiquer avec nous, dans le cas d'un individu qui décide d'assumer lui-même sa défense », souligne Mme Moreau. Au civil, seuls les services pour les malentendants sont ainsi offerts, le reste relevant d'agences privées.

Une centaine d'interprètes offrant un éventail d'environ 50 langues constituent l'effectif du Service d'interprétation et de traduction judiciaire. Les langues les plus demandées sont évidemment l'anglais, le français, l'espagnol, le chinois et le vietnamien. Roselyne Moreau affirme recevoir des requêtes occasionnelles pour le pendjabi et l'ourdou (deux langues parlées en Inde et au Pakistan), l'italien, l'arabe, le grec, le cambodgien, etc. Belle tour de Babel en perspective !

Il n'y a cependant pas de formation universitaire spécifique pour devenir interprète judiciaire. « Les gens intéressés proviennent souvent de domaines connexes, relevant du Tribunal administratif du Québec, comme l'assurance automobile, ou l'immigration. Il y a aussi des gens qui n'ont aucune connaissance judiciaire, mais qui veulent apprendre », explique Mme Moreau. Le Service met à leur disposition le Manuel de formation à l'intention des interprètes et traducteurs judiciaires, qui prépare bien à l'examen d'accréditation du palais de justice de Montréal. Selon la coordonnatrice, ce guide recèle d'informations sur le système judiciaire, le code d'éthique des interprètes, les types d'interprétations qu'ils peuvent avoir à réaliser et les difficultés qu'ils peuvent rencontrer dans leur pratique. D'après Mme Moreau, ces dernières relèvent généralement d'un manque de communication avec les avocats. « Certains d'entre eux vont parler avec les interprètes et leur expliquer qu'il y aura un témoin-expert, mais il y en a qui ne le font pas, ils plongent dans la cause directement. Les interprètes ne savent alors pas de quoi ils vont parler, qu'il y aura des embûches avec des experts ou des témoins difficiles à comprendre », souligne-t-elle, énonçant l'une des conséquences de cette lacune.

Portraits d'interprètes judiciaires

Mme Sabine Davies a eu la piqûre du métier en travaillant comme interprète à l'immigration, alors qu'elle étudiait à la maîtrise en traduction écrite. Mais à la fin de ses études, vers 1987, c'est finalement l'interprétation qui a gagné sa faveur. « Il n'y avait pas tellement de débouchés à l'époque, mais la demande était toujours présente au palais de justice de Montréal. Je m'y suis présentée, et le mois suivant, j'étais au tribunal d'assises », explique l'interprète, qui travaille en français et en anglais, principalement à Montréal. Mme Davies affirme avoir acquis ses connaissances en droit « sur le tas », son expérience à l'immigration lui ayant apporté un bon coup de pouce. « J'ai eu la chance de travailler avec des juges et des procureurs très compréhensifs, mais il faut avoir les reins solides et apprendre rapidement », admet-elle.

Détentrice d'une formation en traduction anglais/français, Mme Évelyne Bardoul interprète pour sa part, depuis 1990, en espagnol. Un peu comme Mme Davies, elle s'est familiarisée avec les notions de droit graduellement, d'abord en assistant à plusieurs causes au palais de justice de Montréal dans lesquelles travaillaient des interprètes. Mme Bardoul, également professeure de français et d'espagnol, consacre relativement beaucoup de temps à l'interprétation juridique, et pas qu'à Montréal ! Elle participe chaque année à une dizaine de séances ailleurs au Québec, passant de Rivière-du-Loup à Maniwaki, ou d'Amos à Sherbrooke.

Les difficultés du métier

Selon Sabine Davies, l'aspect le plus difficile à gérer dans la fonction d'interprète judiciaire concerne la collaboration... avec les avocats ! Certains ont en effet tendance à oublier, ou à ne pas être conscients de l'importance de la présence d'un interprète, fait-elle remarquer. Et d'autres, parce qu'ils ont déjà compris de quoi il est question, une situation très commune lorsque le français et l'anglais sont représentés dans une cause, ont tendance à couper la parole à l'interprète, qui s'efforce pour sa part de traduire l'échange pour les membres du jury. « Ils ne le font pas volontairement, ils ont leur travail à faire et leur façon d'interroger les témoins. C'est toujours un peu plus difficile quand un interprète est présent, parce que l'échange est plus long », convient Mme Davies.

Ce qui pose un plus grand défi, explique-t-elle, consiste à trouver un sens en anglais pouvant correspondre à des locutions comme « Arrive en ville ! ». Cet aspect sémantique serait même, à son avis, plus difficile que de se dépêtrer dans le jargon technique des témoins-experts, relevant par exemple de la balistique ou de la médecine légale. « Comme la plupart des gens sont relativement bilingues, il y a toujours quelqu'un qui peut nous venir en aide », explique Sabine Davies. Et que fait-elle lorsque les rapports de spécialistes lui arrivent à la dernière minute ? « Je demande tout simplement qu'on m'attende. De façon générale, les juges comprennent très bien notre travail alors il ne faut pas trop se laisser bousculer », affirme l'interprète.

Quand il s'agit d'interprétation en espagnol, les choses peuvent se compliquer relativement pour les mêmes raisons. Évelyne Bardoul souligne que très souvent, les avocats ne l'informent pas, ne serait-ce que la veille de la séance, de la présence de ces fameux témoins-experts, qui traitent de détails médicaux ou d'armes à feu. L'interprète affirme aussi ne pas être informée, dans une grande majorité des cas, du genre de cause pour laquelle elle devra travailler : agression sexuelle, violence conjugale, meurtre ou voies de faits graves ? « Il arrive qu'on ne sache même pas à quelle étape de la procédure judiciaire en est la cause. Nous sommes souvent projetés dans des univers de termes pour lesquels nous ne sommes pas préparés », souligne Mme Bardoul, qui n'a souvent eu qu'une quinzaine de minutes pour se mettre au parfum d'une cause. Elle ajoute que les choses se corsent particulièrement quand vient l'étape du procès où on a recours à la jurisprudence. Les débats, qui se déroulent alors autant en français qu'en anglais, peuvent s'étendre sur une heure ! Pas facile d'interpréter le tout en espagnol ! « Certains juges nous disent qu'il n'est pas nécessaire de la traduire, mais vis-à-vis de l'accusé, on se sent obligés de le faire comme on peut. Je pense que c'est l'aspect le plus stressant de mon travail », admet Évelyne Bardoul. Il reste que dans de telles conditions, des erreurs peuvent se glisser. En ce sens, affirme l'interprète d'expérience, les avocats et les juges sont en général très compréhensifs et curieusement, fait-elle remarquer, les problèmes que cette situation occasionne pour les clients sont soulevés par les avocats qui ne parlent pas l'espagnol... Mais elle convient qu'il y a des avocats moins habitués à cette collaboration avec un interprète, et qu'en bout de ligne, tout finit par s'ajuster relativement bien, malgré tout!

Mise en garde

Plusieurs avocats ainsi que certains membres du personnel du Barreau du Québec, ont reçu, à plusieurs reprises durant les mois de novembre et décembre, d'étranges courriels en provenance d'Afrique. Même s'ils n'émanaient pas tous du même pays, ces courriels avaient tous en commun une demande d'aide financière ou de collaboration, soit pour aider quelqu'un à sortir d'une situation politique difficile ou pour participer à une entente d'affaire quelconque. Ces courriels semblent toujours rédigés en anglais.

Comme il semble y avoir recrudescence de ce type d'envoi, le Bureau du Syndic du Barreau du Québec tient à rappeler à tous les membres, de ne pas tenir compte de ces courriels et de les jeter immédiatement.

 

 
 

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