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Tournée du bâtonnier en région

D'une pierre trois coups pour le Barreau

Yves Lavertu

Au terme d'une tournée qui l'a conduit dans vingt-trois villes de la province, le bâtonnier du Québec, Me Pierre Gagnon, estime que l'envergure inhabituelle insufflée cette année à ce tour traditionnel des régions a permis de multiplier les résultats tant sur le plan des relations publiques que sur celui des contacts avec les membres du Barreau. Dressant un bilan de l'événement quelques jours après sa clôture, Me Gagnon a fait valoir que la nouvelle formule a permis non seulement de discuter avec les membres des quinze barreaux de section mais a également constitué un moyen efficace d'atteindre d'autres objectifs comme le dialogue avec les médias, celui avec les courtiers d'assurances et enfin, la discussion publique autour d'enjeux reliés à l'accès à la justice.

M<sup>e</sup> Pierre Gagnon, bâtonnier du Québec, et M<sup>e</sup> Michel Lebrun, bâtonnier de la Mauricie.
Me Pierre Gagnon, bâtonnier du Québec, et Me Michel Lebrun, bâtonnier de la Mauricie.

Le bâtonnier n'a pas calculé les kilomètres parcourus entre le 30 septembre et le 3 décembre derniers. En revanche, il possède d'autres statistiques. En deux mois, de Granby à Val d'Or, de Rivière-du-Loup à New Carlisle, de Baie-Comeau à Alma, de Sherbrooke à Victoriaville, son passage dans chacune des villes visitées a signifié l'inscription dans son agenda de trois événements distincts ; l'un avec les membres du Barreau, l'autre avec des représentants du monde des assurances et le dernier avec les journalistes. « C'est vingt-trois villes multipliées par trois » dit-il. Ont fait équipe avec lui pour l'accompagner dans ce circuit, Me Robert Primeau, directeur de la Corporation de services, ainsi que Gracieuse Bujold, agente de relations publiques, et Sylvie Berthiaume, coordonnatrice aux communications du Service du marketing et des communications du Barreau du Québec.

Au-delà de la réalité quantifiable, l'organisation de ces deux mois d'échanges a été guidée par un désir « d'imprégner » en profondeur les régions et d'ajouter de nouveaux objectifs au cadre habituel de la tournée. Cette volonté s'est ainsi souvent traduite par un arrêt dans plus d'une ville située sur le territoire d'un même barreau de section.

L'assurance juridique, un dossier mobilisateur

Alors que Me Gagnon était sur la route, les Québécois, durant la même période, ont pu regarder à la télévision un message publicitaire annonçant l'existence d'un programme d'assurance juridique à partir de 4 $ par mois. Ce n'est pas un hasard si la tournée a pris place au moment de la diffusion de cette capsule inscrite dans un plan de communication plus large, englobant annonces dans les publications et sur Internet, ligne téléphonique, dépliants, etc.

Assuré, Me Gagnon l'est car il a fait de l'assurance juridique une priorité avant même son élection à titre de vice-président, puis de bâtonnier. Dès cette époque, on retrouve cet objectif dans son plan d'action.

Sa vision de l'assurance juridique repose sur un rapprochement qu'il établit entre ce type de protection et d'autres formes de couverture offertes au Québec. Il lui apparaît, en effet, légitime de penser que l'assurance juridique doit entrer dans les moeurs des Québécois et se ranger dans le portefeuille complet d'un individu aux côtés de l'assurance habitation, de l'assurance santé ou encore de l'assurance médicament.

Percevant son rôle comme celui d'un catalyseur, Me Gagnon a voulu prêter main-forte à cette campagne afin de donner à l'assurance juridique l'envol qu'on attend de ce programme depuis des années.

L'assurance juridique constitue certainement le meilleur moyen d'accès à la justice pour les citoyens de revenus faibles ou moyens. Aussi, les membres du Barreau doivent-ils donner eux-mêmes l'exemple et s'assurer. De plus, il est nécessaire d'informer leur clientèle et la population de l'existence de cette couverture en leur expliquant de quoi il s'agit. Tel est le message qu'a livré le bâtonnier tout au long de cette tournée, où il a convié ses collègues à devenir de véritables agents de changement de mentalité.

Si de nos jours, on n'achète plus une automobile dépourvue d'un appareil radio, leur a-t-il servi en exemple, on ne devrait pas non plus se procurer une police d'assurances sans que n'y soit incorporée une assurance juridique. Le succès et l'avenir du produit, a-t-il insisté, dépendent d'une bonne synergie. « Les trois composantes, c'est-à-dire la population, les assureurs et les membres du Barreau, doivent y trouver leur compte car sinon cela ne marchera pas. S'il n'y a pas d'assureurs qui en vendent, s'il n'y a pas d'avocats qui en offrent et si la population ne s'y intéresse pas, cela va arrêter, tout simplement. »

Quel a été l'accueil donné à ce discours ? Me Gagnon pense que les membres étaient déjà disposés à prêter l'oreille à ce message. Ne restait plus, pour s'y rallier de manière plus active, que d'entendre un énoncé clair à ce sujet. Selon lui, un pas important vient d'être franchi et on peut s'attendre à des retombées. Mais, prévient-il, il faudra continuer à en parler. « Cela fait au-delà de cent ans que cela existe et on annonce encore le Coca-Cola ! »

L'accessibilité à la justice : une préoccupation importante

Avec les médias, le programme d'assurance juridique a de nouveau fait l'objet de ses commentaires. Moments forts de la tournée, les conférences de presse lui ont aussi permis de réaffirmer l'urgence de faire face au délabrement de nombre de palais de justice en région, sujet dont il a été vivement question avec les membres. Si l'édifice de Valleyfield constitue un exemple « criant », il n'est pas le seul dans sa catégorie. « C'est le rôle du Barreau, affirme-t-il, d'amener ces problèmes sur la place publique et d'alerter le ministère de la Justice. Il y a là un vaste programme de rénovation, d'agrandissement et de construction à mettre en chantier. »

S'il a communiqué de l'information aux membres, le bâtonnier en a également reçu. D'une part, il s'est entretenu avec eux de thèmes comme l'assurance responsabilité professionnelle, les méga-procès, la loi sur le lobbyisme, le mariage entre personnes de même sexe, le développement de la profession dans les domaines des tribunaux administratifs, de la médiation civile et commerciale. Mais il a aussi pris note de leurs préoccupations à propos de dossiers comme l'exercice de la profession face à l'application du Code de procédure civile. Me Gagnon en est revenu avec la conviction que ce problème requiert de s'y attaquer très rapidement.

Et puis, on a beaucoup insisté devant lui sur la nécessité de rendre la justice sur les lieux mêmes. À ce chapitre, la tentation de certains tribunaux administratifs de centraliser leurs opérations a été dénoncée. « Le plus bel exemple, soutient le bâtonnier, est l'attitude de la Commission des relations de travail. Auparavant, l'organisme avait pignon sur rue dans trente villes du Québec. Aujourd'hui, sa présence se limite à quatorze localités seulement. Il s'agit là, fait-il valoir, d'un problème auquel le Barreau du Québec se dit sensible. »

La tournée du bâtonnier a été l'occasion pour lui de vérifier sur place le niveau d'appréciation des services rendus par le Barreau. À Sept-Îles, par exemple, son séjour s'est soldé par un réajustement du tir quant aux services offerts par le Centre d'accès à l'information juridique (CAIJ).

Les objectifs de la tournée 2003 ont été atteints, affirme Me Gagnon, et bien des membres lui ont témoigné directement leur satisfaction. L'expérience lui fait maintenant voir d'un bon oeil la possibilité, pour le Barreau, de prendre l'habitude d'entrer assez régulièrement en contact avec les médias nationaux pour discuter des grands enjeux de société mais aussi de planifier des rencontres avec la presse régionale. Ces échanges, dit-il, lui ont ouvert une fenêtre intéressante sur les préoccupations locales.

 

 
 

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