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Entrevue avec le directeur général du CAIJ

Livrer la bonne information au bon moment

Propos recueillis par Louise Vadnais, avocate

"Avant même mon entrée en fonction au CAIJ en février 2002, le temps était compté pour réussir, les attentes étaient grandes et le projet du CAIJ avait été si bien vendu à la profession qu'on en avait oublié qu'il y avait un CAIJ réalité ", affirme le directeur général du Centre d'accès à l'information juridique, Richard Boivin, qui, beau temps, mauvais temps, a gardé le cap sur la mission du CAIJ et de ses 70 employés partout au Québec, soit celle de livrer la bonne information au bon moment..

Titulaire d'une maîtrise en bibliothéconomie et d'un MBA, ce gestionnaire chevronné, l'un des artisans du virage technologique des bibliothèques au Québec, insiste : on ne bâtit pas du virtuel en deux temps trois mouvements. C'est encore plus vrai lorsqu'il s'agit de bâtir une infrastructure d'accès à l'information juridique en ligne, tributaire d'outils technologiques en constante évolution. Rencontre avec un bibliothécaire virtuel à la vision bien ancrée dans le réel.

J du B : Comment le CAIJ répond-il aux besoins des avocats dans le domaine de l'accès à l'information juridique?

R.B. : À notre époque hautement informatisée, satisfaire les besoins des avocats, c'est d'abord voir à la mise en place de systèmes afin de leur donner accès à des ressources informationnelles diversifiées. C'est aussi organiser l'information pour la plus grande diffusion possible. Avant, l'usager allait directement aux trois rayons qui l'intéressaient dans la bibliothèque. Aujourd'hui, ce même usager est devenu très dépendant des nouveaux outils lui donnant accès en ligne à l'information juridique. Dans ce contexte, le CAIJ a choisi de se positionner en tant que courtier offrant un guichet unique au service exclusif de la profession.

Qu'entendez-vous par courtier offrant un guichet unique ?

Guichet unique n'est pas synonyme de source unique d'information, bien au contraire. Nous travaillons dans un environnement complexe où auteurs, éditeurs et libraires sont partenaires. De plus, notre site Internet (http://www.caij.qc.ca) permet de rassembler sur une même plate-forme haute performance des produits et services concurrentiels. En outre, notre équipe de professionnels en sciences de l'information et en bibliothéconomie traite l'information et l'organisent. En définitive, nous apportons à la profession davantage qu'un inventaire de sources d'information, nous lui procurons une information multi-sources dotée d'une plus-value.

Pourquoi l'entreprise privée ne peut-elle pas jouer le rôle du CAIJ?

Le CAIJ donne accès aux avocats à des produits et services, mais plus particulièrement à des outils, que l'entreprise privée ne cherche pas à développer. Maintiendrait-elle un réseau de 38 bibliothèques de droit à travers le Québec avec ce que tout cela comprend : personnel, collections, équipements, télécommunications? Investirait-elle dans une bibliothèque juridique virtuelle? Serait-elle en mesure de garantir à l'ensemble des membres un accès équitable, et ce, peu importe le lieu et la nature de la pratique de l'avocat? De façon réaliste, il serait impensable pour l'entreprise privée de remplir notre rôle. L'entreprise privée produit l'information, le CAIJ est un courtier qui met l'avocat en contact avec l'information en lui donnant accès à des sources, qui plus est, à des sources variées.

Où en est le CAIJ dans l'implantation d'une bibliothèque juridique virtuelle?

La bibliothèque juridique virtuelle constitue l'ultime défi du CAIJ. Cinq professionnels, dont trois avocats et deux bibliothécaires, y travaillent à temps complet. Les principaux jalons de cette bibliothèque virtuelle sont déjà posés avec JuriBistromc, un environnement de recherche intégré et unique qui fonctionne avec une nouvelle génération de logiciels. Il est réaliste de penser que, dans deux ou trois ans, l'ensemble de l'information juridique courante sera disponible en ligne. C'est présentement une réalité pour la législation. Une partie très importante de la jurisprudence est déjà disponible, et la conversion numérique avance rapidement. Là où il y a un travail sérieux à faire, c'est au niveau de la doctrine. C'est plus complexe à cause des droits d'auteur. Nos usagers ont présentement accès de leur bureau aux collections du CAIJ et des grandes bibliothèques de droit au Canada avec le module JuriBistromc Biblio, un atout important pour les avocats et avocates qui pratiquent en région éloignée.

Quels sont les projets du CAIJ à court terme pour mettre en place cette bibliothèque virtuelle?

Dès janvier 2005, JuriBistromc Concerto permettra aux usagers d'effectuer leurs recherches sans frais, en langage naturel, dans la banque de données de IIJCAN prise en charge par le CAIJ. Rappelons que le CAIJ assume près de 30 % des coûts de production d'IIJCAN, une banque de données à l'échelle du Canada, ce qui équivaut à la part du Barreau du Québec. Grâce à un nouveau moteur de recherches développé par la firme Delphes Technologies, les usagers pourront, dès janvier prochain, formuler leur recherche en vocabulaire libre, une approche nouvelle plus conviviale, plutôt qu'à l'aide du vocabulaire restreint de la logique booléenne.

Comment la nouvelle approche JuriBistromc Concerto sera-t-elle plus conviviale?

Prenons l'exemple d'une recherche portant sur la " protection des biens d'un employeur en cas de grève ". L'usager inscrira simplement ces mots les uns à la suite des autres, et les jugements trouvés dans la banque, qu'il y en ait 10 ou 100, seront accompagnés d'un indice de pertinence reproduit en pourcentage. En outre, les passages du jugement qui répondent à la question seront soulignés dans le texte.

Prévoyez-vous d'autres développements en 2005 pour la bibliothèque virtuelle?

Deux autres outils verront le jour en 2005. JuriBistromc Théma sera disponible au printemps prochain et favorisera un environnement de recherche dans un domaine spécifique du droit. Enfin, nous prévoyons mettre en ligne à l'automne 2005, grâce à JuriBistromc Théma, les sommaires des recherches effectuées par les 12 juristes et bibliothécaires, à l'emploi du CAIJ, comme recherchistes. Chaque année ces recherchistes répondent à quelque 18 000 questions en provenance d'avocats de partout au Québec. Nous retiendrons les plus pertinentes.

Dans un tel contexte, le support papier est-il appelé à disparaître?

Nous vivrons encore longtemps dans un environnement mixte et en constante mutation où il y aura de plus en plus de numérique et de moins en moins de papier. Toutefois, il y aura toujours du papier, et ce, pour des raisons économiques, parce que la numérisation de collections rétrospectives ne se justifie économiquement que s'il y a un nombre important d'usagers. Le CAIJ a également comme défi de gérer cette transition.

Quel rôle le Barreau du Québec a-t-il joué dans le virage virtuel de l'information juridique?

Barreau du Québec est intervenu dans le passé pour appuyer le développement de produits (SOQUIJ et REJB) afin d'assurer l'accès à l'information juridique, la continuité de la jurisprudence québécoise et le virage informatique de la profession. Or, ce virage est accompli. Une fois la compétition en place, le jeu du marché prévaut, et les usagers ont le choix. C'est dans ce contexte que le Barreau, conscient de la nécessité d'investir dans une infrastructure moderne de service d'accès à l'information juridique, a levé une cotisation annuelle destinée au CAIJ. On s'assure ainsi que tous les membres de la profession puissent travailler dans un environnement équitable, et ce, pour le plus grand bénéfice des justiciables.

Le CAIJ fêtera le 5 décembre 2004 son 3e anniversaire, quel bilan faites-vous au terme de ces premières années?

Au départ, il fallait décentraliser l'accès à l'information juridique jusque dans les bureaux des avocats et des juges. Dans un passé pas si lointain, l'avocat se rendait en personne à la bibliothèque du palais de justice pour y consulter un livre et éventuellement l'emprunter. Or, depuis quelques années, les clients de la nouvelle bibliothèque virtuelle tendent eux aussi à devenir de moins en moins visibles et de plus en plus virtuels. Ils consultent ou empruntent des ouvrages, font des recherches, mais tout cela à partir de leur lieu de travail. Pour répondre aux besoins de nos clients virtuels, nous avons constitué une équipe de travail dynamique. Je crois qu'un climat de confiance s'est installé et que de plus en plus d'avocats considèrent le CAIJ comme un outil essentiel à leur pratique. Je n'ai pas la prétention de dire que tout est parfait, mais je crois que nous sommes dans la bonne direction. De Rivière-du-Loup à Amos en passant par les Îles-de-la-Madeleine, les avocats ont maintenant accès à la même information, et j'en suis fier.

7 500 avocats ont " la carte "

Chaque année, dans les 38 bibliothèques de droit du Québec, 90 000 livres sont consultés, dont plus de 35 000 font l'objet d'un prêt. Dans les 15 derniers mois, 5 000 usagers ont emprunté au moins un livre.

La troisième bibliothèque ressources en liste, après celle de Montréal et de Québec, celle de la Cour du Québec/Chambre de la jeunesse, fêtera son premier anniversaire ce mois-ci. Le CAIJ, c'est une vision en mode virtuel, mais c'est aussi, dans la vision de son directeur général Richard Boivin, un lieu bien réel dans le quotidien des avocats et des juges.

J du B : Pourquoi avoir implanté la carte multi-accès?

R.B. : C'est une carte dotée d'une puce magnétique, un passe-partout qui ouvre les portes des 38 bibliothèques du Québec doublé d'un porte-monnaie électronique pour utiliser les photocopieurs. Nous avons ainsi donné l'accès aux avocats et aux juges aux bibliothèques de droit durant les heures d'ouverture des palais de justice. Une avocate pratique à Chicoutimi, sa carte lui ouvre également les portes des bibliothèques dans les palais de justice de Roberval ou de Montréal. Avant l'implantation de cette carte, les avocats se heurtaient à des portes closes dans bien des régions, faute de personnel sur place.

À quoi ressemble une bibliothèque de droit en 2004 ?

La bibliothèque est un véritable bureau de travail pour l'avocat. Besoin de consulter un Code criminel ? De consulter une base de données? De consulter un recherchiste? De disposer d'un espace de travail? De brancher un portable? De faire des photocopies? Tout cela est possible dans les 38 bibliothèques du CAIJ. En outre, on a renforcé les collections disponibles sur place, amélioré les aménagements et remis à niveau les équipements. Une bibliothèque en 2004, ce n'est pas seulement du papier. On a aussi mis à la disposition des avocats, sans frais, des banques de données de jurisprudence : IIJCAN, AZIMUT, Quick law, REJB, Law Source, Legis Quebec. Nous avons voulu en faire des lieux de travail conviviaux.

 

 
 

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