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Reconnaissance juridique, accès au marché du travail, droit de vote, les gains réalisés par les femmes au cours des 100 dernières années sont notables. Pour Patrick Snyder, philosophe et professeur à la Faculté de théologie, d'éthique et de philosophie de l'Université de Sherbrooke, il reste cependant beaucoup à faire avant que l'on puisse affirmer vivre dans une société réellement égalitaire. Pour y arriver, un profond changement culturel s'impose. La marche est haute, le combat difficile. Du point de vue du penseur, les avocats et avocates sont de ceux qui peuvent provoquer le changement.
" Dans un regard historique, au Québec et en Occident, les gains obtenus par les femmes ont été faits dans la perspective du droit. C'est d'abord le droit qui inscrit un gain pour les femmes, qui assure la survie de ce gain et qui le rend irrévocable. Or, précise le professeur, on s'inscrit aujourd'hui plus que jamais dans une société de droit. " Partant de ce constat, il est, pour Patrick Snyder, tout à fait naturel de convier les professionnels du droit à reprendre le flambeau de la lutte pour l'égalité entre les hommes et les femmes. " Les avocats et avocates connaissent la matière première, l'effectivité des lois données ou des possibilités de ces lois données pour inscrire l'égalité dans la société. Ils ont le pouvoir de l'analyser, de l'influencer et de rendre le changement disponible à tous ceux qui vivent dans cette société. Ils ont, à mon avis, un rôle majeur à jouer, souvent au même niveau que les intervenants politiques. La sphère politique et la sphère juridique, dans nos sociétés, sont les deux pointes de l'iceberg. Celles par lesquelles tous les grands changements arrivent. "
Pire, selon le professeur, l'opinion des jeunes hommes quant au rôle que peuvent et doivent jouer les femmes dans la société n'a guère évolué. " Les jeunes hommes d'aujourd'hui considèrent que la femme a un droit acquis à l'égard du marché du travail, mais en même temps, ils croient encore que le rôle prioritaire d'une femme est à la maison, alors qu'elle agit en tant que mère, qu'elle assume son rôle de reproduction. Ils sont favorables à l'accès des femmes au marché du travail, mais cet accès est encore pour eux un surplus à l'apport familial, qu'elles doivent privilégier. Nous avons déplacé les cadres, mais les cadres traditionnels sont encore présents et sont transmis aux nouvelles générations. Même chez les jeunes de 20 ans, la prégnance de la radicale présence des femmes dans la sphère privée est là. "
Le premier indice de cette non-évolution des mentalités est, pour Patrick Snyder, la tendance actuelle du retour à la maison pour les jeunes femmes. " De plus en plus de jeunes femmes délaissent le marché du travail pour se consacrer à leurs enfants. Pour moi, c'est un recul, parce que je ne considère pas qu'il s'agit vraiment d'un choix. Je pense que c'est une obligation que la femme s'impose en voyant souvent que le conjoint ne fait pas sa part de travail et qu'elle est dépassée par le nombre d'heures qu'exige le marché du travail actuel. Je crois que si les femmes pouvaient compter sur un soutien réel, elles seraient beaucoup moins nombreuses à prendre ce chemin. "
Partant de là, comment peut-on demander à des femmes qui investissent autant d'heures dans les travaux domestiques que dans leur travail d'avoir en plus de l'énergie pour penser à leur avenir professionnel et pour le forger? demande Patrick Snyder. " Les femmes arrivent souvent dans la sphère publique plus épuisées que les hommes, parce qu'ayant consacré plus de temps à la sphère privée, elles ont donc nécessairement moins de capacités de revendication. En ce sens, la question du va-et-vient entre le privé et le public est majeure pour l'avancement des femmes. "
Évidemment, aucune loi ne pourra changer ce courant de pensée. L'instauration de débats publics, l'éducation, l'énoncé de grands principes fondamentaux et leur acceptation peuvent cependant faire une différence. Le défi reste toutefois immense. " Sur le strict plan de la structure égalitaire, tant privée que professionnelle, les représentations sociales restent plus fortes que la volonté de changement, tant chez les hommes que chez les femmes, affirme le professeur. Les femmes donnent encore prioritairement, et en grande majorité, plus de valeur aux dimensions domestiques. Elles se voient comme les garantes de la dimension privée. Elles portent ce poids, ne posent aucune limite à leur engagement et, souvent, n'osent même pas avoir de débats avec leur conjoint sur ces questions. Quand, même dans la dimension privée, le débat femme-homme n'a pas lieu, on est loin de la société égalitaire tant souhaitée. "
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