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Une segmentation du travail

Professionnels et sécurité d'emploi… quelle équation ?

Mélanie Beaudoin, avocat

On assiste, ces dernières années, à une plus grande mobilité des professionnels sur le marché du travail. Si cette situation s'avère positive pour certains professionnels qualifiés ayant une bonne feuille de route ou évoluant dans le milieu des hautes technologies, pour les autres, mobilité rime plutôt avec précarité d'emploi, instabilité et absence de carrière au lieu d'une carrière nomade.

Par ailleurs, de nombreux professionnels ont délaissé les entreprises, cabinets et autres lieux de travail structurés pour devenir travailleurs autonomes.

Plus encore, de « faux » travailleurs autonomes se sont installés, c'est-à-dire des professionnels dépendant d'un ou de plusieurs donneurs d'ordres. Les responsabilités se sont élargies pour intégrer la nouvelle technologie : avec l'arrivée des courriels, boîtes vocales et autres outils informatiques et de communication, de nombreux professionnels ont inclus certaines tâches de bureau dans leurs fonctions, bien souvent au détriment du personnel de soutien.

L'économiste Diane-Gabrielle Tremblay, professeure et chercheuse à la Télé-Université, faisait le point sur la situation qu'affrontent les professionnels dans un marché du travail en mutation, dans le cadre du colloque du Conseil interprofessionnel du Québec.

L'économiste note que l'expression « Working here, there and everywhere » prend tout son sens dans l'actuel marché du travail. Les horaires de travail sont de moins en moins fixes. Certains professionnels ont même adopté des horaires fragmentés pour accommoder leur clientèle. Ainsi, les changements opérés dans le monde du travail se constatent à travers trois axes : le statut d'emploi, le lieu de travail et le temps consacré à celui-ci.

Sécurité et précarité d'emploi

La professeure indique que « le besoin de sécurité vise un sentiment de bien-être et de contrôle, ou une maîtrise de ses activités et de son développement professionnel, qui conduisent à une meilleure estime de soi ». La précarité d'emploi cause alors une insécurité, un « état d'anxiété, une incertitude face à l'avenir du point de vue de la stabilité de l'emploi, des contrats ou du revenu ».

Les sociétés n'accordent pas la même priorité à la sécurité dans le monde de l'emploi. Ainsi, si certains pays, comme la Suède, considèrent comme primordiale la sécurité d'emploi, d'autres régions du globe adoptent des lignes directrices engageant la responsabilisation des individus quant à leur sécurité d'emploi et rejettent une intervention étatique à cet égard.

Parallèlement, la sécurité d'emploi, précise Mme Tremblay, est souvent perçue par l'entreprise comme un coût à la production et un frein à la flexibilité de l'entreprise. Au Canada, des statistiques montrent que seulement une personne sur deux est un salarié ayant un emploi régulier à temps plein depuis au moins six mois dans une entreprise ou un organisme. Dans cette perspective, qui représente la situation nord-américaine, les façons de contrer l'instabilité du milieu du travail chez les professionnels consistent entre autres à verser des prestations aux travailleurs autonomes et à offrir une meilleure sécurité d'emploi en s'attaquant aux causes de l'instabilité (rationalisation, externalisation).

Concilier vie professionnelle et vie familiale

Actuellement, les femmes font face à deux risques sociaux : le chômage et des responsabilités familiales accrues. En effet, lorsqu'un membre de la famille est malade ou vieillissant, les femmes sont plus nombreuses à se dévouer pour cette personne, et sont souvent prises entre leurs propres enfants et leurs parents (ce que l'économiste appelle la « génération sandwich »). Les professionnelles assument ces responsabilités, souvent au détriment de leur carrière. Le gouvernement devrait donc jouer un rôle de premier plan afin d'aider les professionnels à concilier leurs obligations, estime Mme Tremblay. Si, au Québec, un service de garde a été implanté, un long chemin reste à faire pour améliorer les conditions des travailleurs. Actuellement, le congé parental n'est pas accessible aux travailleurs autonomes; les mesures de flexibilité, quant aux horaires de travail, par exemple, sont absentes, et le télétravail est peu mis en valeur. En outre, les difficultés des professionnels sont souvent accrues en raison des horaires de travail prolongés.

Soutenir la sécurité d'emploi

Certains arguments désignent la sécurité d'emploi comme étant une priorité sociale. S'il est vrai que celle-ci représente un coût pour l'entreprise, elle est également synonyme de loyauté, d'engagement et de motivation pour les professionnels. Mme Tremblay croit que les professionnels ayant la sécurité d'emploi sont plus enclins à rechercher la formation et le développement de leurs compétences; la productivité et l'innovation s'en trouvent accrues. Réfléchissant à la situation actuelle des membres des ordres professionnels, Mme Tremblay juge qu'« il ne faut pas tout jeter, mais que la situation des professionnels doit être revue et améliorée ». Les dernières décennies ont vu l'emploi se segmenter en fonction du sexe. Selon les données publiées dans le rapport annuel 2002-2003 de l'Office des professions du Québec, les femmes sont plus présentes dans le secteur d'activités professionnelles « santé et relations humaines » (77,67 %), alors que les hommes constituent la majorité des professionnels pratiquant dans les secteurs « droit, administration et affaires » (60,12 %) et « génie, aménagement et sciences » (87,15 %). On enregistre également une hausse progressive du nombre de femmes dans les ordres professionnels.

 

 
 

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