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« Nous sommes ici pour dénoncer la dégradation accélérée du système de justice en région. Nous réclamons pour la énième fois au ministre de la Justice la nomination de juges supplémentaires pour que cesse l'utilisation systématique de la vidéo. Tous ont droit à une seule justice, une justice humaine. »
Une voix commune qui semble avoir été entendue par le Ministre, celle des bâtonniers de Bas-Laurent–Gaspésie, Carol Abud, du Québec, Denis Mondor, et de la Côte-Nord, Brigitte Bhérer |
C'est d'une seule voix que le bâtonnier du Québec, Denis Mondor, la bâtonnière Brigitte Bhérer et le bâtonnier Carol Abud ont sonné l'alarme lors d'une conférence de presse tenue le 15 novembre à Baie-Comeau.
Sensibilisé à cette question par ses collègues, le bâtonnier du Québec avait assisté plus tôt cet automne à une enquête sur remise en liberté tenue par vidéoconférence lors de sa tournée des régions. Il avait alors pu constater de visu les lacunes d'un tel système, créé à l'origine pour faciliter la tâche de tous.
La vidéoconférence est utilisée dans 23 palais de justice, et le ministère de la Justice compte l'étendre à 20 autres lieux d'auditions sur un total de 58. C'est donc dire que, d'ici peu, les trois quarts de nos palais de justice seront équipés de cette technologie. Et ce n'est pas seulement un problème des régions éloignées. L'Association des avocates et avocats de province (AAP) a remarqué depuis peu une hausse de l'utilisation de la vidéoconférence dans certains grands centres, dont Drummondville.
La logique de coûts qui semble guider les choix du gouvernement en matière de justice fait craindre le pire. Le Barreau dénonce ce qu'il considère comme des « économies faites sur le dos de la justice et des justiciables. C'est non seulement déplorable, c'est risqué ».
À la question d'un journaliste, la bâtonnière Brigitte Bhérer répond qu'il est très difficile, voire impossible, de dire si une décision rendue par vidéoconférence aurait été différente si le juge s'était trouvé dans la même pièce. Chose certaine, on peut penser qu'il est plus difficile pour un juge d'apprécier la crédibilité des témoignages rendus par l'entremise d'une vidéo, alors qu'il n'a souvent qu'un contact visuel et sonore partiel et imparfait. En effet, le magistrat ne voit qu'une personne à la fois et ne peut donc avoir une appréciation d'ensemble de la salle, des réactions des autres témoins ainsi que de celles des avocats.
Le travail des avocats se trouve également compliqué lorsqu'on a recours à la vidéoconférence. Comme l'exprime le bâtonnier Carol Abud : « Comment voulez-vous convaincre un juge du bien-fondé de votre requête alors qu'il ne vous voit même pas ? »
Le bâtonnier de Bas-Saint-Laurent–Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, Me Carol Abud |
Les bâtonniers ont donné maints exemples de droits bafoués et de situations non sécuritaires découlant de la mauvaise utilisation de la vidéo.
Le cas d'un prévenu affligé de difficultés d'élocution et obligé de lire sur les lèvres qui n'a pu comprendre ce que lui disait le juge à la télévision… Une avocate s'étant retrouvée seule dans la salle vidéo avec la personne dont la mise sous garde pour examen psychiatrique avait été demandée… Un jeune ayant des problèmes de respect de l'autorité et qui se fait « juger par une télévision »…
Comme le soulignait le bâtonnier Mondor : « Il faut non seulement que justice soit rendue, mais il faut qu'elle "apparaisse" avoir été rendue. À la longue, l'utilisation de la vidéo est de nature à discréditer le processus judiciaire et à miner l'autorité des tribunaux aux yeux des justiciables. »
Brigitte Bhérer, bâtonnière de la Côte-Nord |
Comme le faisait remarquer la bâtonnière Bhérer, le juge qui entend des procédures par vidéo doit, pour ce faire, suspendre ses autres causes, ce qui, au bout du compte, contribue à l'allongement des délais.
Pis encore, la vidéoconférence ne résout pas non plus les problèmes de distance; on a même vu une situation absurde où un accusé a dû parcourir quelque 1 200 km de Blanc-Sablon à Sept-Îles pour finalement comparaître devant une télévision…
Bref, ce n'est pas la technologie en elle-même qui est dénoncée, mais l'utilisation qui en est faite. Certains éléments soulèvent même des questions quant au respect des garanties fondamentales contenues dans nos chartes. Le Barreau entend demeurer vigilant sur cette question.
Le Barreau entend continuer d'appuyer les régions dans leurs revendications. L'action médiatisée du 15 novembre dernier est un exemple des actions qui seront posées au cours des prochains mois pour interpeller le gouvernement afin qu'il redonne à la justice la place qui lui revient dans une société démocratique.
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