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Droit de solutions

Guylaine Boucher

Tasse à café fleurie, éclairage tamisé, appuie-tête en dentelle, on entre dans le bureau de Me Catherine Clément-Talbot comme on entre chez soi. En fait, mis à part les ouvrages de droit sagement alignés sur les tablettes, on peut difficilement croire être dans un bureau d'avocat. Rien d'étonnant quand on sait qu'après près de vingt ans passés à faire du droit familial traditionnel, Catherine Clément-Talbot a choisi d'opter pour la médiation. Chez elle pas de recours en justice ou de dossiers à préparer pour la cour. Ici, les heures passent en discussions, négociations et recherche de solutions. Bienvenue dans l'univers du droit sur mesure.

Admise au Barreau du Québec en 1974, Catherine Clément-Talbot fait partie de la première importante cohorte de femmes inscrites en droit
Admise au Barreau du Québec en 1974, Catherine Clément-Talbot fait partie de la première importante cohorte de femmes inscrites en droit

Admise au Barreau du Québec en 1974, Catherine Clément-Talbot fait partie de la première importante cohorte de femmes inscrites en droit. Un choix qui ne s'est pas imposé d'emblée. «Chez nous, les femmes sont enseignantes de génération en génération. J'allais poursuivre la lignée maternelle quand j'ai rencontré mon mari. Il entrait en droit, j'ai décidé de me laisser tenter moi aussi. » Âgée d'à peine 18 ans lorsqu'elle s'inscrit à l'Université de Montréal pour y faire ses études, c'est tout un univers qu'elle découvre en se familiarisant avec le droit. « Nous étions à une époque où les femmes se demandaient encore comment faire un chèque. Chaque cours m'apprenait un tas de choses, m'ouvrait les horizons. J'étais impressionnée. »

Stagiaire en contentieux, elle démarre ensuite son propre bureau à domicile. Pendant cinq ans, elle travaille à temps partiel, question de concilier vie de famille et travail. Puis, le petit bureau devient grand. Les causes s'alignent les unes après les autres, jusqu'en 1997, année où elle décide de compléter sa formation comme médiatrice. « Un couple pour lequel j'étais en train de travailler m'a dit qu'on leur avait suggéré d'essayer la médiation. Pour moi, c'était complètement nouveau. J'étais très sceptique. Je ne voyais pas du tout ce que la médiation pouvait apporter aux gens. Je voulais quand même voir à quoi ça pouvait ressembler. La curiosité m'a poussée à m'inscrire au cours. Ça a complètement changé ma pratique. »

Peu à peu, elle intègre ce qu'elle a appris à son quotidien. L'aspect positif de la formule lui plaît particulièrement. « Faire de la médiation, c'est chercher le point commun des gens qui sont devant nous. L'élément qui fera en sorte que l'on pourra en arriver à une entente. C'est positif comme approche parce que c'est orienté vers la recherche d'une solution qui sera satisfaisante pour tout le monde. Et, dans la très grande majorité du temps, on y arrive. En fait, la médiation apporte presque toujours quelque chose aux gens qui la font, ne serait-ce qu'une ouverture d'esprit. »

Persuadée du bien-fondé de l'approche, Catherine Clément-Talbot a quasi cessé toute pratique traditionnelle pour se consacrer à la médiation. Elle ne se présente plus en cour pour défendre les cas litigieux. Ses semaines de travail s'écoulent à rencontrer des couples déchirés à la recherche d'une solution qui leur permettra de poursuivre harmonieusement leur route chacun de leur côté. Une décision qui n'a pas été sans conséquence.

« Avant, mes bureaux occupaient les trois étages de cet édifice. Aujourd'hui, mon espace se limite à un sixième de tout ça. Je travaille seule avec mon adjointe. Je ne suis plus entourée de collègues comme avant. »

La liberté que lui procure sa nouvelle pratique l'aide par exemple à ne pas cultiver de regret. Liberté de temps - terminées les longues soirées à préparer les documents pour la cour ­ mais aussi surtout d'exercice.

« Quand je sens que ça peut aider les choses, je n'hésite pas à sortir des sentiers battus. Il m'est par exemple arrivé de faire des médiations à l'extérieur, installée sur le gazon à regarder les fleurs. La médiation permet ça parce que les gens qui choisissent le processus sont ouverts et viennent généralement dans une idée de collaboration. L'important est de trouver la solution. Il y a bien sûr une façon de faire. On ne peut pas s'improviser médiateur, mais on peut se permettre d'agir différemment. »

Emprise et isolement

Les choses ne sont pas pour autant parfaites. Catherine Clément-Talbot garde par exemple en mémoire certaines séances de médiation douloureuses, où aucune issue n'a pu être identifiée. Il lui arrive aussi parfois de craindre que les éléments vaillamment négociés ne se concrétisent jamais.

« Lorsque l'on est avocat et que l'on a une prati-que traditionnelle devant
la cour, on mesure fréquemment la qualité de notre travail à la lumière de la décision que prend le juge. En médiation, nous n'avons pas cette emprise. Nous donnons aux gens un document qui résume l'entente, comme avocat nous l'entérinons, mais c'est à eux de faire le reste. »

Difficile aussi de devoir pratiquer seule. Quoique, pour briser le cercle, l'avocate accepte fréquemment de travailler en co-médiation. « Le fait que cinq catégories de professionnels puissent agir comme médiateurs au Québec est d'un grand intérêt. De par nos formations, nous avons chacun nos forces. Face à des situations complexes, ça peut s'avérer une vraie chance. Combiner une expertise plus émotionnelle de psychologue par exemple avec celle davantage légale d'un avocat m'a personnellement permis de venir à bout de dossiers très complexes. Le fait d'être deux rééquilibre les choses. On peut se consulter, chercher ensemble des solutions lorsque la situation semble désespérée. »

Présidente de l'Association des médiateurs familiaux du Québec, Catherine Clément-Talbot rêve d'ailleurs un jour de voir une maison de la médiation prendre racine à Montréal. Une maison où des médiateurs, toute profession confondue, pourraient travailler ensemble pour accompagner des couples dans leur recherche de compromis.

« Tout ma vie j'ai été impliquée dans ma communauté. Encore aujourd'hui je suis commissaire scolaire et présidente du Comité Famille de Saint-Charles Borromée. Comme beaucoup d'autres, j'espère faire une petite différence dans le monde, faire changer les choses pour le mieux. Mon travail me permet d'avoir l'impression de contribuer et pour moi c'est extrêmement précieux. »

 

 
 

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