Volume 37 - numéro 1
15 janvier
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Caméras dans les palais de justice
Une image vaut mille… maux
Caroline Beauchamp, avocate
Les juges de la Cour supérieure du Québec ont adopté en octobre dernier une résolution visant à encadrer le travail des journalistes dans les corridors des palais de justice. Éventuellement, une règle de pratique pourrait être adoptée. Tollé chez les journalistes, qui prônent le droit du public à l'information. Les juges rétorquent que la sérénité des procès fait foi de tout. Entre juges et journalistes, un dialogue est-il possible ? C'est la question à laquelle les conférenciers ont tenté de répondre lors d'un des ateliers du Congrès de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec.
Circonscrire n'est pas bâillonner
Le premier à se lancer dans la mêlée,
Robert Pidgeon, juge en chef associé de la Cour supérieure du Québec, a confié se sentir un peu comme «
Daniel dans la fosse aux lions ». À son avis, les juges sont favorables à la diffusion d'une information qui soit légitime, c'est-à-dire «
exacte, rigoureuse, intègre, efficace et dans l'intérêt public ». Réglementer l'usage des caméras et la conduite des journalistes dans les palais de justice n'aurait pas pour effet de sacrifier une telle information, selon lui. En identifiant des endroits où la presse pourrait filmer et interroger les accusés et les témoins, le droit à l'information du public serait sauvegardé, dit le juge Pidgeon, qui ajoute que la majorité des autres provinces canadiennes ont déjà adopté des règles de pratique allant dans ce sens.
Robert Pidgeon, juge en chef associé de la Cour supérieure
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Autre forme d'encadrement
Du côté des journalistes, on souligne que les moyens envisagés par les juges sont disproportionnés par rapport au phénomène qu'ils visent à circonscrire.
Isabelle Richer, journaliste à Radio-Canada, affirme : «
Dans 95 % des cas, les procès se déroulent sans bousculades. Les écarts de conduite ayant eu lieu lors des procès de Robert Gillet ou de Dave Hilton constituent des situations exceptionnelles. » Mais, dans ces rares cas, elle convient que les cavalcades dans les corridors et le harcèlement des accusés et des témoins doivent cesser. À cet égard, M
me Richer ne compte pas trop sur l'autodiscipline des représentants des médias. Elle se dit favorable à une forme d'encadrement établi en partenariat, comme ce fut le cas lors de l'enquête préliminaire de
Guy Cloutier. À cette occasion, les journalistes disposaient de places réservées dans la salle d'audience, et il était convenu que l'accusé et son avocate s'adresseraient aux médias à un endroit préalablement désigné à cet effet.
Bruno Perron, journaliste à CHRC-AM, abonde dans le même sens que sa collègue en disant que les écarts de conduite des journalistes sont très occasionnels. Dans ces cas, il indique qu'une meilleure gestion de la foule par le personnel en place dans les palais serait tout indiquée et efficace pour contenir les débordements prévisibles. Il craint un « abus de procédures » de la part des magistrats, et pose la question suivante : « Ne veut-on pas gérer l'image de la justice plutôt que son contenu ? »
Informer ou divertir ?
Me Jacques Larochelle a constaté que, lors du procès de son client, Robert Gillet, «
tout le monde s'est mal conduit, pas seulement les journalistes. On a assisté à une dérive démocratique. Les journalistes ont transformé l'art de l'information en art du spectacle ». Le droit d'informer implique comme corollaire, selon lui, le devoir d'informer. «
À mes yeux, cela signifie transmettre une information importante. Il ne s'agit pas d'exciter, de flatter ou de devenir complaisant. »
Le modèle de la colline
Plusieurs journalistes présents à l'atelier ont dit souhaiter que la circulation des caméras dans les corridors des palais de justice continue de se faire librement. Ils croient que le libre accès aux accusés et aux témoins permet de recueillir leurs commentaires sur le vif et contribue à fournir au public l'information que celui-ci est en droit de recevoir. D'autres, cependant, ont suggéré la mise sur pied d'une tribune de la presse, inspirée du modèle en place sur la colline parlementaire.
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