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M. Gaston Labrèche, qui a pratiqué le droit pendant 10 ans puis exercé la fonction de juge à la Cour du Québec jusqu'en 1996, s'est toujours vivement intéressé aux droits sociaux et humains. Au point où il est devenu, en quelque sorte, un lobbyiste des droits de la personne, tant ici qu'à l'étranger.
Dès qu'il a eu son Barreau en poche, il a foncé à Lyon pour étudier le droit du travail. De retour en Abitibi, plus précisément à Amos, où il a grandi, il s'est mis à la pratique du droit criminel et pénal.
Gaston Labrèche, juge de la Cour du Québec à la retraite |
Dix ans plus tard, il accède à la magistrature et, après quelques années, il met en place une section d'Amnistie internationale, au terme de bien des lectures et de bien des réflexions. «C'est un peu spécial, l'engagement d'un juge là-dedans, mais tout de même, je m'en suis occupé pendant deux à trois ans», a-t-il confié.
En 1991, nommé à Montréal pour siéger au criminel, il s'est tout naturellement intéressé aux activités de l'Association américaine des juristes, une organisation consultative qui s'intéresse au respect des droits de la personne dans le monde. Là encore, il a dû se faire discret et restreindre son action. « Je ne pouvais pas tellement m'en occuper, sauf de loin, parce que des avocats qui y étaient actifs se retrouvaient devant moi au criminel », relate-t-il.
Lors de ces rencontres, « on me présentait comme le juge Labrèche », ce qui, concède-t-il, augmentait la crédibilité du groupe et, de là, les chances d'être reçus et écoutés.
Il y a environ deux ans, l'Association des droits de la personne au Maghreb, qui a son siège social à Ottawa, lui a demandé d'être observateur au procès en Tunisie d'un citoyen dénommé Béchir Saad.
Ce Tunisien, qui vivait au Canada, avait été condamné, par contumace, à 13 ans de prison, soi-disant pour avoir fait partie d'un groupe terroriste. Comme sa famille demeurée en Tunisie se disait incommodée par cette situation, Béchir Saad est rentré dans son pays pour en finir avec cette histoire. Mal lui en a pris.
« À titre d'observateur, relate le juge Labrèche, j'ai assisté au procès en appel où plaidaient cinq avocats tunisiens qui avaient tous, comme diplôme, un terme d'emprisonnement à cause de leur pratique comme défenseurs des droits de la personne. »
Finalement, la peine de Saad a été réduite à quatre ans. Un recours en cassation a été présenté, exceptionnellement, une quinzaine de jours plus tard. La peine a été maintenue. « Dans mon rapport, j'écrivais que la justice était aux ordres du pouvoir et qu'au mieux, il pourrait y avoir une libération demandée par le président Zine El Abidine Ben Ali. C'est ce qui est arrivé, 15 jours après. »
« Ce fut d'autant plus intéressant que j'avais eu le temps de me préparer en faisant beaucoup de lectures sur le sujet », commente M. Labrèche, qui garde un vif souvenir de ce Guatémaltèque, vivant à Montréal, qui avait vu sa femme, ses parents et son enfant de deux ans se faire assassiner par les militaires.
« Les gens ont besoin de reparler de tout ça, des fosses communes, même 20 ans après, pour continuer à vivre », note-t-il.
Bien à l'avance, il a demandé un visa et fourni tous les documents nécessaires à l'appui d'une telle demande. « Ils m'ont retourné mes documents. Officiellement, il n'y a pas eu de refus. Mais ils ne voulaient pas. »
Il prépare, en collaboration avec divers groupes de défense des droits de la personne, une conférence de presse pour activer le dossier de quelques personnes auxquelles a été refusé le statut de réfugié pour une raison commune : avoir appartenu à un groupe considéré comme terroriste par certains pays, dont le Canada, mais non par d'autres, comme les États-Unis et l'Angleterre.
Certains jours, M. Labrèche aimerait pouvoir être partout, en faire davantage. Aussi souhaite-t-il que d'anciens collègues se proposent pour lui prêter main-forte, maintenant que leur temps leur appartient pleinement. Il ne désespère pas d'en convaincre au moins quelques-uns.
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