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Il y a presque un an, la juge en chef adjointe, Paule Gaumond, annonçait la création d'un projet pilote de conciliation judiciaire par la Chambre de la jeunesse du Québec1. Aujourd'hui, une équipe de recherche de la Faculté de droit de l'Université Laval remet ses premiers résultats d'évaluation du projet après une enquête auprès de 17 juges conciliateurs et procureurs impliqués dans le processus de conciliation judiciaire.
L'instauration de cette conciliation judiciaire a-t-elle produit les effets escomptés? Julie Desrosiers, professeure à l'Université Laval, nous livre ses premières impressions, et nous parle de l'expérience naissante des juges conciliateurs et procureurs à la Chambre de la jeunesse du Québec2. Nul doute que ce phénomène de conciliation judiciaire reflète une adaptation du droit à la société, tournée vers la négociation plutôt que vers les solutions imposées. Au regard de la fonction traditionnelle du juge, drapée d'une autorité symbolique, la question se pose : la conciliation au sein du judiciaire, évolution ou révolution ?
Julie Desrosiers rapporte qu'en protection de la jeunesse, 75 % des cas retenus à l'application de la mesure finissent par être judiciarisés4. Dans le rapport ministériel, les experts s'interrogent : peut-on favoriser davantage l'approche consensuelle en matière de protection de la jeunesse?
Mme Desrosiers souligne qu'un processus similaire existe depuis 2002 en Alberta, où un juge agit à titre de conciliateur dans le cadre d'une conférence préparatoire d'une durée maximale de 90 minutes. En Colombie-Britannique et en Nouvelle-Écosse, des médiateurs accrédités interviennent avant la judiciarisation du conflit.
Mme Desrosiers explique cette situation par le fait qu'« au tribunal, il y a comme une transposition des problèmes des gens en termes juridiques. Dans le cadre d'une conciliation, cette transposition crée moins de distorsions. Les gens parlent de leur problème dans leurs mots. La justice, c'est de trouver une meilleure vie pour l'enfant qui vit des difficultés. La conciliation rapproche les familles de la justice. »
La propension d'une partie à monopoliser la parole ou les velléités de certains parents d'intimider leur enfant sont d'autres points que les participants souhaitent améliorer dans le processus de conciliation. Aussi, des procureurs se questionnent sur la perte de force symbolique (et contraignante) du jugement devant une entente négociée. Mme Desrosiers croit, au contraire, que les gens ont davantage tendance à se conformer à une décision consensuelle.
Le dialogue et la communication dans le respect de chacun sont au cœur des préoccupations du juge-conciliateur. Toutefois, la chercheuse estime ce rôle plus exigeant sur le plan des compétences de nature psychologique en raison d'une plus grande implication émotionnelle et des habiletés requises en matière de communication. Au-delà de ce nouveau rôle, le juge continue de dire le droit. « Le rôle du juge demeure celui d'un décideur même s'il est conciliateur », note la professeure.
La chercheuse propose donc que la déclaration de compromission soit mieux définie, et considérée comme une étape préalable dans la procédure. « On voit mal un parent confronter son enfant sur l'état de compromission de l'enfant. » Aussi, le contexte de conciliation ne doit-il pas faire oublier qu'«on manipule des notions d'ordre public et de droits fondamentaux».
Pour Mme Desrosiers, l'intérêt actuel pour la conciliation judiciaire se reflète dans la magistrature, qui est très ouverte et disponible à modifier ses pratiques et à les adapter.
1Voir Journal du Barreau, vol. 36, no 1, 15 janvier 2004.
2" La conciliation à la Chambre de la jeunesse du Québec ; une avenue prometteuse en émergence " dans Bulletin INTER-AIFI, no 3, été 2004.
3Disponible à l'adresse suivante : www.justice.gouv.qc.ca/francais/publications/rapports/prot-jeun.htm
4Faugeras, F., Moisan, S., Fournier, J. et Laquerre, C. (1999). Les lois en Centre jeunesse, Beauport, Centre jeunesse de Québec - Institut universitaire.
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