ATTENTION : Les archives du Journal du Barreau vous sont présentées telles qu'elles ont été déposées sur le Web au moment de leur publication. Il est donc possible que certains liens soient non fonctionnels et que certains renseignements soient périmés.

Pour toute question ou commentaire concernant le Journal, communiquez avec journaldubarreau@barreau.qc.ca

Visitez la page officielle du Journal du Barreau sur le site Web du Barreau du Québec.

 

Quête d'excellence

Guylaine Boucher

Robert P. Gagnon

L'homme qui souhaitait écrire ses dires, et dont les dires furent moult fois redits par d'autres, y voyant assises sages et solides.

Voir ses ouvrages cités comme référence dans des jugements de la Cour suprême n'est pas donné à tout le monde. Encore moins si l'on agit toujours comme praticien. Avocat chevronné, Me Robert P. Gagnon figure au nombre des rares personnes qui peuvent se targuer d'avoir réussi à combiner la pratique et le statut d'auteur réputé. En signe de reconnaissance pour sa contribution exceptionnelle à l'avancement du droit, le Barreau du Québec en fait l'un des quatre lauréats 2005 du Mérite du Barreau du Québec.

M<sup>e</sup> Robert P. Gagnon
Me Robert P. Gagnon

D'abord journaliste

Amoureux des lettres et des communications, Me Gagnon affirme ne jamais avoir questionné son choix de carrière. « Mon orientation vers le droit, dit-il, a toujours été latente. C'était pour moi naturel d'aller vers une profession qui me permettrait de communiquer. Pendant toutes mes années d'études universitaires, j'ai travaillé comme journaliste, mais, une fois ma formation terminée, le droit s'est imposé comme la voie à suivre. Je savais que j'étais capable de gagner ma vie comme reporter. Je voulais savoir si c'était aussi le cas comme avocat. »

Détour de vie

Étudiant à l'Université Laval, il est admis au Barreau du Québec en 1970. Une fois sa formation complétée, sa volonté première est de prendre le chemin de l'enseignement.

L'avortement de son projet d'études de deuxième cycle à l'étranger le fait toutefois bifurquer vers la pratique. « Pour toutes sortes de circonstances, mon projet d'étude à l'étranger ne s'est pas déroulé comme je l'imaginais. Je suis revenu au Québec avec le projet de repartir. Pierre Verge, de qui j'avais été l'assistant-professeur, m'a présenté à Louis LeBel. Il m'a offert de venir travailler dans son cabinet. Je me suis dit, raconte-t-il, que c'était une belle occasion de tâter la pratique. J'y suis encore quelque 30 ans plus tard. »

Découvert à travers les multiples conflits de travail dont il a été témoin comme journaliste, le droit du travail s'avère rapidement une véritable passion pour Robert P. Gagnon. Un an à peine après son admission au Barreau, il devient associé au sein du cabinet Grondin, Poudrier, Bernier, réputé pour sa pratique dans ce secteur. « J'aimais, dit-il, l'idée que ce droit était un droit évolutif et multidimensionnel, qui puise à la fois aux sources du droit public et du droit privé. »

Construire le droit

Dans les faits, Me Gagnon figure parmi les avocats qui ont le plus influencé l'évolution du droit du travail au cours des 30 dernières années. C'est qu'en plus de l'imposante jurisprudence qu'il contribue à produire à travers les nombreuses causes qu'il défend, il n'a jamais délaissé la rédaction et l'enseignement.

Auteur ou coauteur de six ouvrages majeurs en droit du travail, dont Le droit du travail du Québec, qui en est à sa cinquième édition, il a aussi écrit ou collaboré à l'écriture de dizaines d'articles ou de conférences sur le sujet.

Être une référence

Ses opinions ont d'ailleurs fait de lui « une référence incontournable en droit du travail », selon Me Luc Chamberland, qui ajoute : « Presque tous les arrêts de la Cour suprême portant sur le droit du travail québécois s'y sont référés, soit à titre individuel, soit comme coauteur. »

La Cour d'appel n'a pas été en reste puisque, de la fin des années 1980 à aujourd'hui, une cinquantaine de jugements se sont appuyés sur les écrits de Me Gagnon.

Plus que la pratique

Honoré de voir ses opinions reprises par les plus hauts tribunaux du pays, le principal intéressé confirme qu'il n'aurait de toute façon jamais pu se consacrer exclusivement à la pratique. « Plus que des intérêts, dit-il, la rédaction et l'enseignement se sont vite imposés comme des besoins dans ma vie professionnelle. Le besoin de bénéficier d'un espace où je pouvais m'exprimer librement sur une matière qui était mon champ d'intérêt. Bien sûr, la première fois que j'ai été cité dans un jugement, j'étais à la fois surpris et honoré. Je n'ai jamais cherché la reconnaissance. Je suis quand même content d'avoir eu la chance de compter sur des associés assez perspicaces pour comprendre que mes travaux n'étaient pas nuisibles à ma pratique. »

Une ressource sollicitée

En quelque 32 ans d'exercice, Robert P. Gagnon a représenté des clients auprès de tous les niveaux de juridiction, depuis l'arbitre de griefs jusqu'à la Cour suprême. Il a aussi agi à titre de négociateur dans d'importants dossiers, et ce, à de nombreuses reprises. Encore aujourd'hui, plusieurs organismes gouvernementaux n'hésitent pas à recourir à ses services pour identifier les gestes à poser en matière de gestion des lois ou d'amélioration de la législation. « Un phénomène qui peut ne s'expliquer, selon Luc Chamberland, que par une réputation solidement bâtie d'intégrité intellectuelle et d'indépendance de pensée. »

Fidèle à soi d'abord pour être fidèle aux autres

Interrogé sur ce qu'il considère être sa plus grande réalisation, le principal intéressé affirme d'ailleurs que, plus que n'importe laquelle cause défendue, c'est le fait d'être perçu comme un avocat en droit du travail et non comme un avocat syndical ou patronal qui est sa principale source de gratification. « Nous travaillons dans un champ où la connaissance est plus approximative qu'exacte. Par conséquent, affirme-t-il, j'ai toujours trouvé qu'il était illusoire de vouloir être unique. Je considère qu'il est plus important de chercher à être une seule et même personne, de tenir le même discours, que l'on s'adresse à un client, un juge, un étudiant ou un lecteur. C'est ce qui m'a permis de garder mon indépendance d'esprit et d'être reconnu comme un professionnel honnête et intègre qui tente, autant que faire se peut, de rester au-dessus de la mêlée. C'est ma plus grande fierté. » Le prix qui lui est aujourd'hui remis par le Barreau du Québec témoigne de la pertinence de sa ligne de conduite.

 

 
 

Retour au haut de la page

© Barreau du Québec 1996-2012