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Pour de nombreuses personnes, les plus grandes avancées du droit sont attribuables aux travaux des avocats plaideurs, artisans de la jurisprudence. La carrière du juge Alban Garon, qui s'est entièrement déroulée dans la fonction publique, témoigne pourtant du contraire. L'hommage lui étant rendu par ses pairs à travers le Mérite du Barreau du Québec salue sa contribution particulière au monde juridique.
Admis au Barreau en 1955, Alban Garon a choisi le droit comme d'autres, à la même époque, choisissaient la religion. Passionné de philosophie, il voit dans la profession juridique une occasion d'influer sur le cours des choses. « J'aimais, dit-il, l'idée qu'en partant de certaines règles et prémisses, on pouvait déduire un certain nombre de choses, argumenter et convaincre les gens. Tout cela me passionnait. J'étais convaincu que le droit était pour moi. »
L'ancien juge Alban Garon |
Sous-ministre adjoint à la justice, la réputation de Guy Favreau n'est déjà plus à faire à l'époque. Fasciné par son extraordinaire compétence et sa gentillesse, Alban Garon se fait prendre à son propre jeu. « Quand M. Favreau entrait dans mon bureau et me disait "j'ai quelque chose d'intéressant que j'aimerais que tu regardes", j'étais chaque fois extrêmement emballé. À ma grande surprise, les problèmes de droit qui se présentaient à nous étaient très intéressants. Les mois, puis les années ont passé. On m'a confié mes premières responsabilités administratives, et j'ai choisi de rester. »
Il est par la suite, pendant neuf ans, directeur de la Section des services ministériels au ministère de la Justice, ce qui fait de lui le responsable de tous les services juridiques offerts aux autres ministères fédéraux.
À son avis, par-delà les titres et les responsabilités qui lui incombent, c'est surtout en matière de recrutement qu'il laisse sa marque. « À l'époque, très peu d'avocats civilistes travaillaient au gouvernement. Rapidement, on m'a confié la responsabilité du recrutement. Je me suis fait un devoir de changer les choses. Lorsque j'ai quitté le Service, à peu près 30 % des avocats en poste étaient des civilistes. Certains occupaient même des postes de direction. Quelques années auparavant seulement, c'était carrément impensable. »
Dans les faits, après avoir examiné ce qui se fait ailleurs dans le monde, le groupe de travail recommande la rédaction simultanée, en anglais et en français, par deux avocats, l'un spécialisé en droit civil et l'autre en commun law, de tous les projets de loi émanant du gouvernement fédéral.
La mesure étonne et dérange les traditions établies. Malgré les résistances, la corédaction est amorcée, puis s'installe peu à peu dans les habitudes. « Depuis toujours, se souvient le lauréat, les projets de loi avaient été écrits par des avocats anglophones de common law. Il s'agissait donc d'un bouleversement important en matière de législation. »
Persuadé depuis la fin des années 1970 que la Commission canadienne des impôts doit devenir une cour de justice pour, dit-il, « envoyer un message clair d'impartialité aux contribuables », il voit à la création de la Cour canadienne de l'impôt en 1983.
Cinq ans plus tard, il est nommé juge à cette même Cour, puis devient juge en chef adjoint et juge en chef.
Chargé de cours depuis 1956, il devient aussi à la même période officiellement professeur pour l'établissement d'enseignement. Il assumera cette fonction jusqu'en 1992.
Cette incursion en matière de formation trouvera aussi son prolongement à l'École du Barreau, où, pendant près de 17 ans, il enseignera les tenants et aboutissants de l'impôt sur le revenu aux avocats en devenir.
Étonné de l'hommage qui lui est rendu par ses pairs, il se dit aussi immensément flatté de l'attention. « Recevoir le Mérite du Barreau du Québec est une marque de confiance que j'apprécie grandement. Je suis très heureux que l'on ait pensé à moi », dit-il avant d'ajouter « qu'il est difficile d'espérer mieux pour couronner une fin de carrière ».
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