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Inauguration du nouveau siège de la
Cour d'appel du Québec à Montréal

Louise Vadnais, avocate

Le XIXe juge en chef du Québec, J.J. Michel Robert, et les 27 juges de la Cour d'appel du Québec ont tenu le 6 mai dernier, en présence de la juge en chef du Canada, Beverley McLachlin, une séance spéciale marquant l'inauguration du nouveau siège du plus haut tribunal du Québec dans le prestigieux édifice Ernest-Cormier - du nom de l'architecte principal lors de sa construction achevée en 1926. Après une absence de près de 35 ans, la Justice est revenue habiter ce joyau du patrimoine du Québec, rue Notre-Dame, au cœur du Vieux-Montréal.

La juge en chef de la Cour suprême, Beverley McLachlin
La juge en chef de la Cour suprême, Beverley McLachlin

La cérémonie a rassemblé plus d'une centaine d'invités de marque conviés à ce baptême officiel du nouveau siège de la Cour d'appel du Québec à Montréal, réunissant, pour l'occasion, les deux familles, ministérielle et judiciaire, partenaires de l'évènement.

Le volet judiciaire (une séance spéciale de la Cour d'appel) a été précédé par le dévoilement d'une plaque commémorative dans le grand hall, aussi appelé Salle des pas perdus.

Le juge en chef, Michel Robert
Le juge en chef, Michel Robert

Afin de montrer la beauté de l'édifice, le deuxième volet de l'inauguration consistait en une visite des lieux, après la traditionnelle coupe de ruban.

Les dignitaires et invités se sont alors divisés en quatre groupes pour la visite des trois étages de l'édifice, occupés par la Cour, ses juges et ses employés.

La séance solennelle

La visite se terminait devant la salle d'audience principale, située à la mezzanine. Tous y sont entrés afin d'assister à la séance solennelle de la Cour d'appel.

La traditionnelle coupure du ruban
La traditionnelle coupure du ruban

Invitée d'honneur, la juge en chef du Canada, Beverley McLachlin, est apparue en toge de cérémonie, rouge carmin et col d'hermine, coiffée du tricorne, aux côtés du juge Robert. Les autres juges de la Cour, vêtus de leur toge noire, étaient assis sur la balustrade située à l'arrière de la tribune. Un silence recueilli et admiratif régnait dans la salle et résonnait jusqu'aux caissons du plafond porté par l'émotion retenue de l'assistance.

Métaphore de la justice

Le juge Robert a alors invité la juge en chef du Canada à prendre la parole. D'entrée, la juge McLachlin a souligné la place toute particulière qu'occupe un palais de justice dans la conscience collective. « Sur le plan symbolique, le palais de justice constitue une métaphore concrète de la justice et de la primauté du droit - des valeurs qui sont au cœur même de toute société pacifique, moderne et démocratique. »

Le juge en chef de la Cour d'appel, Michel Robert et La juge en chef de la Cour suprême, Beverley McLachlin
Le juge en chef de la Cour d'appel, Michel Robert et La juge en chef de la Cour suprême, Beverley McLachlin

Et, a poursuivi la juge McLachlin, l'architecte Ernest Cormier, a compris cette fonction métaphorique. « Il a conçu deux palais de justice dans ce pays : l'édifice de la Cour suprême du Canada, où je travaille, et celui-ci, qui est magnifique. Avec subtilité et audace, chacun symbolise la justice. Des palais de justice comme ceux-là, solidement construits dans la pierre, symbolisent cette vérité durable sur laquelle sont fondées notre société et nos institutions - la justice n'est ni faible, ni transitoire, ni facile à abattre; elle est, au contraire, forte et durable. Intégrité, équilibre, transparence, accessibilité, persistance, telles sont les qualités de la justice que cet édifice symbolise.»

Hommage à des prédécesseurs

Puis, ce fut au tour du juge en chef Robert de s'adresser à ses hôtes. Il a souligné le courage des autorités politiques, du début du projet jusqu'à aujourd'hui, et a salué le retour de cet immeuble à sa vocation judiciaire originale, le fruit de l'initiative de son prédécesseur, Pierre A. Michaud, appuyé de sa collègue Louise Otis. « Il s'agit d'un édifice unique par son classicisme, sa symétrie parfaite et par sa décoration intérieure. Nous avons baptisé la salle où vous êtes, la salle d'audience Louis-Hippolyte-Lafontaine, premier ministre du Bas-Canada. La grande réorganisation judiciaire de 1849 fut menée grâce à son influence déterminante à l'assemblée législative. Après avoir quitté la politique, il devint le second juge en chef de la Cour d'appel du Québec, poste qu'il occupera jusqu'à sa mort en 1864. » Une autre salle d'audience au rez-de-chaussée porte le nom de Pierre-Basile-Mignault. « La Cour d'appel du Québec joue un rôle distinct de celui des autres cours d'appel au Canada, en ce sens qu'elle est la gardienne de l'intégrité du droit civil du Québec. Il était alors naturel de rappeler à tous la mémoire de Mignault, qui fut à la fois professeur, avocat, juge de la Cour suprême du Canada, mais surtout auteur du premier traité de droit civil en neuf volumes. Un précurseur à cette époque. »

Ont également été invités à prendre la parole lors de cette séance le ministre de la Justice du Québec, Yvon Marcoux, Me Michel Bouchard, au nom du ministre fédéral de la Justice, et le bâtonnier du Québec, Me Denis Mondor. Les trois dignitaires ont souligné l'importance du projet pour l'administration de la justice, et le bâtonnier Mondor a conclu les discours en invitant les avocats à y « œuvrer avec respect, honneur et dignité ».

Le ministre des Services gouvernementaux, Pierre Reid, et le bâtonnier du Québec, Denis Mondor
Le ministre des Services gouvernementaux, Pierre Reid, et le bâtonnier du Québec, Denis Mondor

Une cérémonie sobre d'une grande dignité où se mêlaient en une parfaite harmonie la mémoire collective, le patrimoine architectural, le droit et la justice.

Une 10e monographie dans la collection Patrimoines

Le volet ministériel de l'inauguration a donné lieu au lancement d'une monographie intitulée L'édifice Ernest-Cormier - Siège de la Cour d'appel du Québec à Montréal.

Cet ouvrage, retraçant l'histoire architecturale de l'édifice Ernest-Cormier et l'histoire de l'administration de la justice, a été produit par le ministère de la Culture et des Communications avec le concours de la Cour d'appel du Québec et de la Société immobilière du Québec.

Le juge en chef Robert a souligné la qualité picturale et le contenu équilibré de la publication. « La contribution de la Cour d'appel à cette publication permet de bien comprendre tant l'importance que l'aménagement de l'édifice Ernest-Cormier au fil du temps. Un court rappel de l'histoire de l'administration de la justice (de 1760 à nos jours) a été effectué. On y aborde la création de la Cour d'appel du Québec, son rôle et sa compétence. Par des témoignages, on retrace l'occupation de l'immeuble au cours du siècle dernier et on y résume même quelques procès célèbres. »

Abondamment illustré, le document de 56 pages consacre deux de ses quatre chapitres au bâtiment lui-même ainsi qu'aux défis qu'a posés sa récente restauration. Il est disponible dans le réseau des librairies partenaires des Publications du Québec.

Un projet de 54 millions

Entrepris à l'hiver 2002 et achevé en septembre 2004 au coût de 54 millions de dollars, le projet de restauration de l'édifice Ernest-Cormier comportait trois domaines d'intervention : réaménagements reliés aux besoins spécifiques de la Cour d'appel, mise aux normes et maintien des éléments de base du bâtiment et enfin préservation du caractère patrimonial et architectural de l'édifice.

Pour la petite histoire de l'édifice, lire les articles publiés sur la question dans les éditions du 1er février, du 15 février et du 1er mars du Journal du Barreau.

 

 
 

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