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Volume 37 - numéro 12
1er août 2005

ACTUALITÉ JURIDIQUE
AUDI ALTERAM PARTEM
BRÈVES
CHRONIQUES

À la Commission Gomery

Une alliance juridico-médiatique
réussie

Rollande Parent

Le succès grand public des travaux de la Commission Gomery est tout, sauf le fruit du hasard. En effet, si la couverture médiatique de la commission a maintenu à un niveau très élevé l'intérêt du public, jour après jour, semaine après semaine, pendant plus de neuf mois, une bonne part du mérite revient à François Perreault, le responsable des communications.

Lui qui ne connaissait presque rien au droit et à l'univers judiciaire et procédural a eu droit à une formation éclair, donnée de main de maître par le commissaire John Gomery lui-même et ses quatre procureurs, Bernard Roy, Neil Finkelstein, Guy Cournoyer et Marie Cossette.

« J'ai eu un cours de droit 101, au fur et à mesure, sur le tas. J'allais chercher les informations, les assimilais afin de pouvoir les vulgariser par la suite aux divers journalistes », a expliqué François Perreault, tout récemment, au cours d'une interview.

Son expertise se situait à mille lieues d'une commission d'enquête. Elle était constituée de 16 ans de journalisme et d'une vingtaine d'années à titre de conseiller en communications dans des secteurs aussi divers que la téléphonie, l'aluminerie et l'armement. Et pourtant, la cohésion entre lui et l'équipe de la commission d'enquête sur le programme fédéral des commandites et de la publicité a été tellement forte que la greffe a pris et a donné de beaux fruits. Le public canadien était cependant loin d'être gagné d'avance.

« Bien des gens faisaient valoir, à tort ou à raison, qu'il y avait eu les travaux du comité des comptes publics, des enquêtes policières et des mises en accusation. Ceux-là se demandaient s'il valait bien la peine de dépenser des millions de dollars à la tenue d'une commission d'enquête qui ne serait qu'une duplication ou un véhicule politique », a rappelé M. Perreault.

D'autres questions des citoyens étaient liées à la nomination du juge John Gomery.

« Il était inconnu du grand public, avait été nommé rapidement, et personne ne savait quel genre d'homme il était. Il portait en plus un nom anglophone pour une enquête qui allait se dérouler en grande partie au Québec », ajoute-t-il.

Entretenir les braises

C'est dans ce contexte de scepticisme que les audiences publiques ont été amorcées à Ottawa, là où le plan du programme de commandites a été conçu, géré et administré, et là d'où provenaient les fonds.

Le principal souci de François Perreault a alors été « de voir à soutenir l'intérêt médiatique lors des témoignages de ces gens très importants, des sous-ministres et des hauts fonctionnaires, mais des gens anonymes pour le commun des mortels ».

« Il fallait en outre s'assurer de la constance de la couverture médiatique, pour que les Canadiens puissent suivre le dossier et mesurer le bien-fondé de l'exercice. »

Cette première manche a été gagnée.

« On a été dans les journaux tous les jours. On a réussi à faire valoir des éléments de preuve qu'ignoraient même ceux qui avaient découvert le scandale. On est allé dans le détail. Ce sont les détails qui rendent l'histoire intéressante. »

Pour y arriver, le responsable des communications a vu à ce qu'il y ait régulièrement des témoins importants et des éléments de preuve intéressants, de façon à nourrir l'intérêt des médias et, par là, du grand public.

« Il fallait veiller à ce qu'il n'y ait pas de brèche dans la courbe dramatique. »

Rencontre de deux mondes

Et quand François Perreault constatait que les journalistes ne saisissaient pas un point, parce que la preuve était plus complexe, il demandait au procureur qui menait l'interrogatoire ce jour-là de revenir sur le sujet.

« J'étais comme un garde-fou, sans intervenir sur le fond, je demandais au procureur de rendre la preuve la plus claire possible.

Il y a eu une relation très étroite entre le monde des avocats et le monde des communications pour réussir à ce que les besoins du premier groupe, les plus importants, n'empêchent pas que les attentes du deuxième groupe soient aussi comblées. Ce fut un travail d'équipe, un travail de dosage. Notre formule a bien fonctionné, estime M. Perreault. Au fond, il y a eu rencontre de deux mondes. Nous nous sommes mutuellement formés, ce qui a rendu la relation très dynamique », a-t-il confié.

La télé, un atout

Ce duo juridico-médiatique a été très bien servi par la présence constante des réseaux d'information continue, RDI et LCN.

« Lors des premières réunions techniques, surtout à Montréal, les gens des réseaux disaient qu'ils viendraient de temps en temps, selon les témoins. Ce n'est pas ce qui s'est passé. Quand ils se risquaient à délaisser la Commission Gomery pour couvrir d'autres évènements, ils avaient un tas de plaintes », a relaté M. Perreault.

À ses yeux, le commissaire Gomery a clairement démontré qu'il y avait moyen de travailler en présence des caméras, tout en conservant la maîtrise du protocole et de la procédure. Pour cette raison et bien d'autres, l'expert en communications nourrit une grande admiration à l'égard de M. Gomery.

« Cet homme-là avait à gérer, tous les jours, 25 avocats défendant les intérêts de leur client respectif. Il devait en outre s'employer à ce que le travail de ses procureurs ne soit pas bloqué. C'était tout un défi. »

Malgré sa solide expérience professionnelle, François Perreault a tout de même abordé le dossier de la Commission Gomery « avec beaucoup de craintes ».

« Il n'y a pas de livre de recettes pour ce qui est des relations avec les médias. C'est une affaire d'individus. » Et des individus, il y en avait. Une cinquantaine de journalistes, à Ottawa comme à Montréal, en plus d'une quinzaine d'autres qui lui téléphonaient de Vancouver, d'Halifax ou d'ailleurs et qui suivaient les travaux sur Internet.

À chacun son métier

Pour ce qui est des procureurs de la Commission, ils n'ont fait aucune déclaration aux médias, comme le leur avait recommandé le commissaire Gomery, désireux d'éviter qu'ils se retrouvent pris dans une argumentation avec les journalistes.

La tentation devait être passablement forte, surtout que les avocats des diverses parties, principalement à Ottawa, ont fait de nombreuses déclarations aux médias quand ils étaient insatisfaits de ce qu'ils avaient entendu au cours de l'audience ou qu'ils n'avaient pas réussi à marquer des points pour leur client.

Si une réplique s'imposait pour mettre les pendules à l'heure, cette tâche revenait au responsable des communications.

Quant au commissaire lui-même, tous se souviendront qu'il a accordé des interviews à trois journalistes désireux de tracer un portrait de lui, en fin d'année 2004. Des déclarations faites à cette occasion ont d'ailleurs valu à M. Gomery une attaque en règle de l'ancien premier ministre Jean Chrétien, qui y a vu un parti pris.

M. Perreault explique ainsi ce qui s'est passé :

« On ne dit pas à des juges quoi dire et ne pas dire. Ils ont le pouvoir de décider, souvent sur le banc. Ils sont habitués à ne pas se faire dicter les choses. Il s'agissait d'une relation toute nouvelle pour lui et pour moi.

Il a répondu aux questions en toute bonne foi. Heureusement, en dépit de cela, l'honnêteté et la candeur de l'homme ont fait que les éditorialistes et les chroniqueurs, à travers le Canada, ont soutenu M. Gomery, à l'unanimité. »

 

 
 

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