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Ça brasse en Haïti. Et depuis longtemps. Dans ce monde aussi chaotique, comment la population haïtienne peut-elle avoir accès à une justice égalitaire et non corrompue?
L'Association des avocats et notaires noirs du Québec s'est penchée sur la question, en mai dernier, à la Maison du Barreau, à son atelier sur le thème de la réforme de la Justice en Haïti. Les participants ont réfléchi aux changements devant être opérés pour assurer « l'accessibilité des citoyens à la justice ». On espérait également que les « travaux aboutissent ultimement sur des solutions pour améliorer le fonctionnement du système juridique du pays et optimiser les prises de décisions sur les plans politique, social et économique ».
Discuter de la situation haïtienne est chose compliquée. La juge Juanita Westmoreland-Traoré, de la Cour du Québec, a rappelé à l'auditoire, au cours de son allocution introductive, la nécessité de faire preuve de modestie. Ce qui était vrai il y a 10 ans ne l'est plus maintenant, ce qui existait il y a quelques semaines peut ne plus être à l'heure actuelle.
Si les difficultés du pays ne peuvent être niées, la juge Westmoreland-Traoré a toutefois pu constater, lors de ses déplacements, le courage des militants qui agissent parfois au risque de leur vie pour améliorer la situation nationale.
Il est nécessaire de travailler à la construction du système judiciaire de ce pays puisque « la justice est un besoin fondamental pour tous, comme l'air », soutient la juge, et que les tribunaux sont les garants des droits fondamentaux. De plus, l'exercice équitable du droit favorise les investissements.
Pour survivre, plusieurs doivent occuper d'autres emplois. Bon nombre sont enseignants ou directeurs d'écoles. Cette double profession a pour conséquence de ne permettre le fonctionnement des tribunaux qu'au moment où les personnels sont libres, ce qui ne laisse en définitive que peu de temps.
Lorsque Me Trudel est arrivé, vers 1993, la répression militaire sévissait. Les tribunaux n'étaient pas en mesure d'assumer leur fonction de gardiens des libertés individuelles. Ils furent plutôt l'instrument de la répression. Des mandats d'arrêt injustifiés étaient « achetés » par les autorités. La quiétude des prétoires était chose inexistante et il était régulier d'y constater la présence de militaires en armes.
Encore aujourd'hui, les juges peuvent craindre pour leur intégrité. Il existe une justice de proximité permettant le traitement de certains dossiers dans les communautés locales par des juges vivant sans protection dans le milieu. On comprend que, dans un contexte où un accident est si vite arrivé…
Me Trudel a cité l'exemple de personnes appréhendées pour viol qui ont été libérées en trois semaines sur simple désistement de la poursuite, soit le ministère public, alors que des personnes plus pauvres peuvent demeurer emprisonnées des années pour de simples délits. Il est même déjà arrivé que le ministère de la Justice congédie un juge instructeur ayant eu l'impudence d'arrêter pour meurtre un important commerçant régional.
Me Trudel a lui-même souffert au cours de son travail de l'inexistence d'instruments à jour permettant une réelle compréhension des lois en vigueur. Il a constaté une absence de doctrine. Les seuls livres disponibles étaient des polycopiés de cours dont les notes de bas de page faisaient référence à une jurisprudence des années 40 à 50. « Une pratique de survivance du système s'est installée », explique-t-il.
Mme Madeleine Desnoyers, qui travaille régulièrement dans le pays, est d'accord. Il est important d'aider Haïti à redresser la situation. Il est toutefois aussi primordial pour les Haïtiens de se mettre, ne serait-ce que partiellement, d'accord sur la société qu'ils désirent construire. Ce dernier point pose problème dans un contexte où la société civile est désarticulée, et Mme Desnoyers a souligné les lacunes dans le dialogue entre les composantes de la société civile.
L'absence de contrôle des officiers sur les hommes de troupe permet tous les abus. Il n'est pas rare qu'un responsable ne puisse répondre à un appel parce que ses hommes refusent de se déplacer, se déclarant trop occupés.
L'observation a souligné la nécessité de développer les services de police en concomitance avec le système de justice. Il est à déplorer qu'en l'état actuel, les policiers détiennent le pouvoir parce qu'ils ont les armes. Situation inacceptable dans un État de droit. Mais, en fait, existe-t-il un véritable État de droit en Haïti?
C'est le cœur de toute la question.
Petites modifications, gros effetsMe Kely Tabuteau, avocat en Haïti, s'est attaché à identifier quatre problèmes pouvant être facilement corrigés sans que cela nécessite d'importants moyens financiers.
1. L'ingérence inacceptable de l'exécutif dans la fonction judiciaire
2. L'inaccessibilité à la justice
3. Les longues détentions préventives
4. La vétusté des codes |
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