ATTENTION : Les archives du Journal du Barreau vous sont présentées telles qu'elles ont été déposées sur le Web au moment de leur publication. Il est donc possible que certains liens soient non fonctionnels et que certains renseignements soient périmés.
Pour toute question ou commentaire concernant le Journal, communiquez avec journaldubarreau@barreau.qc.ca
Visitez la page officielle du Journal du Barreau sur le site Web du Barreau du Québec.
Sans nier l'horreur des crimes perpétrés par cette jeune femme, les gens d'ici ne se sentent pas directement menacés par le rappel d'une violence éloignée dans le temps (12 ans) et dans l'espace (une localité ontarienne). L'inquiétude du citoyen moyen se cantonne à un environnement socialement proche. Pour le reste, les gens adoptent une posture de distance intérieure ou d'indifférence morale.
Reflet de la société, la clientèle médiatique est composite. Existe donc une frange d'individus pour qui la violence suscite une curiosité manifeste. Titillés par la volupté du voyeur et troublés par la fascination d'une criminelle hors norme, certains consommateurs de nouvelles s'intéressent plus à la reconstruction de la scène d'un crime de sexe et de sang qu'à la déconstruction d'un personnage expulsé de prison.
Pourquoi ce diagnostic sévère? « Le peuple est avide d'émotions, d'observer cet expert de la délinquance sexuelle, il a besoin de voir de près l'assassin. » Précisant sa pensée, il ajoute que c'est plutôt un besoin de « frissons, pis encore, de frémissements ». Question de rassurer l'opinion publique, d'opiner Dr Aubut, des « gurus médiatiques » s'en chargent. Ainsi, la « boucle des images simplistes rejoint la boucle des pensées simplistes ».
C'est également un point de rencontre entre la norme et la passion.
Rien d'étonnant à ce que les affaires judiciaires alimentent toujours plus l'information quotidienne. De 1991 à 1995, le temps consacré aux affaires de justice dans les programmes nationaux du soir des grandes chaînes américaines de télévision fut multiplié par quatre. Cette tendance se poursuit et fait tache d'huile au Canada.
A-t-on déjà vu un individu ester en justice pour faire respecter son droit d'être correctement informé? Pourtant, la liberté de la presse est constamment proclamée et célébrée par les tribunaux. Les professionnels de l'information ne disposent pas toujours de la clarté nécessaire à l'accomplissement de leur délicate fonction, pourtant d'intérêt public.
Bien que la Charte canadienne établisse que chacun jouit de la liberté de pensée, de croyance, d'opinion et d'expression, y compris la liberté de presse et des autres moyens de communication, en vrai, c'est la liberté d'information qui est en cause.
Et Karla, dans tout ça! me dira-t-on. J'y reviens.
Un consommateur québécois de nouvelles, capitonné dans sa quotidienneté, n'entendra qu'un bruit d'arrière-plan dans le tohu-bohu d'un cirque médiatique dont les protagonistes lui sont étrangers. Il reste intérieurement amorti face à l'histoire pathétique où s'emmêlent le sort de personnages déjantés et la douleur infinie des proches d'innocentes victimes.
En pure théorie, l'intérêt public voudrait que l'information ait vocation d'élargir l'horizon de la classe citoyenne, permettant ainsi aux gens de mieux comprendre la complexité de la vie en société. À l'inverse, l'information marchande rétrécit la perspective. L'effet de miroir permet de fidéliser ou d'élargir la clientèle. À cette fin, le fait divers entretient la curiosité. Cette tendance lourde favorise l'information locale. Rien d'étonnant à ce que certains médias réservent la une ou l'ouverture d'un bulletin de nouvelles à l'horreur ou la consternation.
En morale, chacun peut se former une opinion, émettre un jugement, approuver ou désapprouver une conduite. En justice, c'est la loi qui s'applique. Dans notre système de détermination des peines, l'importance respective de la prévention, de la dissuasion, du châtiment et de la réinsertion sociale variera selon la nature du crime et la situation du délinquant.
La réhabilitation n'est pas un pardon; c'est le refus du corps social de commettre une injustice déguisée. Tandis que le pardon renvoie à une relation personnelle, la réhabilitation permet au détenu de recouvrer son droit de cité. On le reconnaît comme le semblable des semblables.
Selon la Cour suprême (affaire Therrien), la réhabilitation administrative prévue par la loi constitue un geste de générosité, de fraternité, mais aussi de justice, posé par la société. Il est souhaitable, d'ajouter la Cour, que de tels gestes soient valorisés et encouragés.
© Barreau du Québec 1996-2012