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Me Crépeau souhaite que la Chaire se concentre sur les questions de contrôles migratoires, sujet dont il est un spécialiste, et non pas sur la politique canadienne en matière d'immigration. Ainsi, elle s'intéresse étroitement « aux droits fondamentaux des individus pris dans des situations migratoires ».
Me François Crépeau |
Les pays occidentaux ont développé depuis 25 ans des mécanismes de renvois rapides des étrangers (suppression de l'aide juridique aux demandeurs d'asile, réduction des appels, liste de tiers pays sûrs, expulsion par avion affrété, etc.) et, depuis 20 ans, des mécanismes de blocages hors frontières des flux migratoires (visas, sanctions aux transporteurs, contrôles des navires en haute mer, détentions, etc.). Cette panoplie de mesures crée une zone tampon où sont commises des violations de droits humains. Les pays occidentaux délèguent à d'autres pays et financent ce qui n'est pas toléré chez eux (détentions arbitraires, renvois collectifs, etc.). Pourtant, Me Crépeau rappelle que les droits fondamentaux sont un filtre absolu par lequel doit passer toute décision publique, même celle liée aux actions de l'État hors frontières.
Le rôle de la Chaire est d'analyser les phénomènes sociaux liés à la migration (la réaction normative aux mouvements migratoires, la lecture sécuritaire des flux migratoires, etc.) et d'en faciliter la compréhension, le besoin est criant. En effet, un grand nombre de préjugés persistent à l'endroit des personnes touchées par ces mouvements migratoires et elles n'ont pas de représentants politiques au sein de nos sociétés. Ce débat public confus entraîne des attentes irréalisables, comme une « frontière étanche ». Pourtant, Me Crépeau constate que « la répression de l'immigration irrégulière et la réduction des droits de trop nombreux migrants s'accompagnent d'une prise de conscience de l'impérieuse nécessité de l'immigration pour la vitalité de nos sociétés »... Un discours politique positif s'amorce donc, rendant possible l'idée d'inclure les étrangers dans l'état de droit, alors qu'ils sont généralement traités en exclus.
Cette fonction de formation sera remplie, aussi, en diffusant de la documentation sur le site Web de la Chaire. Présentement en développement, cet outil de premier plan devrait contenir une base de données bibliographiques, les cours, un calendrier des évènements, des éditoriaux, etc.
Quant aux avocats, même s'ils s'intéressent marginalement au travail de la Chaire, ceux qui pratiquent en droit international des droits humains interagissent avec elle. À ce titre, il faut souligner l'organisation, par la Chaire et la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes, d'une conférence sur la décision Falcon Rios c. Canada du Comité contre la torture2, à laquelle Me Stewart Istvanffy, l'avocat de la victime, a participé. La Chaire est aussi en contact avec Denise Otis, conseillère juridique au bureau régional du HCR à Montréal. De plus, la CDIM a déjà coopéré avec la Commission de l'immigration et du statut de réfugié (CISR). En effet, cette dernière a proposé des critères de sélection de ses commissaires; la Chaire, appréciant l'initiative, en a, à son tour, proposé deux, dont un a été retenu par la Commission.
En effet, en tant que Chaire de recherches du Canada de niveau un, soit le niveau le plus élevé, la CDIM se voit octroyer 200 000 $ par année pendant sept ans par le programme fédéral, avec possibilité de renouvellement. Ce budget sert en grande partie à financer les étudiants, mais aussi le site Web. Ainsi, une bourse de doctorat sera attribuée tous les ans, des travaux pourront être effectués par les assistants de recherche, des étudiants assisteront à des conférences internationales, etc. D'autres financements pour des projets ponctuels proviennent des fonds d'organismes subventionnaires extérieurs, notamment le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.
2 Selon le Comité, le Canada n'a pas adéquatement protégé M. Rios, une victime de torture, et certaines faiblesses du système de détermination du statut de réfugié canadien subsistent.
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