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Volume 37, no 13
Septembre 2005

BARREAU DE MONTRÉAL

Concours « La Justice a bonne
mine »


Dans le cadre de son concours annuel « La Justice a bonne mine », le Barreau de Montréal a récompensé les textes méritants des élèves du primaire et du secondaire. Dans ses deux dernières éditions, le Journal du Barreau a publié les textes de quatre des six lauréats. Voici les deux derniers, ceux de Michael Brent Ross (Dorval/Jean XXIII High School) et d'Alexandra Cloutier Dydzak (Villa Sainte-Marcelline).

Thèmes

Le thème était le suivant : une école secondaire semblable à la tienne a récemment été confrontée à un problème sérieux. Des étudiants ont été pris à vendre de la drogue dans les toilettes de l'école. La situation est telle que certains étudiants ont maintenant peur d'utiliser les toilettes. Ils sont inquiets, craignant d'être témoins d'une transaction ou d'être impliqués dans un évènement violent. Les parents des étudiants qui fréquentent cette école sont très préoccupés par cette situation et ont demandé à la commission scolaire de prendre des mesures concrètes pour enrayer le problème.

À contrecœur, la commission scolaire envisage d'installer des caméras dans les toilettes pour décourager les vendeurs de drogue et également pour obtenir des preuves, susceptibles d'être utilisées en cas de plaintes criminelles. Le projet vise l'installation de caméras pouvant enregistrer tout ce qui se passe dans les toilettes. La commission scolaire reconnaît le caractère controversé de ce projet. Par conséquent, avant de le mettre en vigueur et afin de prendre une décision éclairée, elle a décidé de consulter confidentiellement un étudiant, un parent, un professeur et le directeur de l'école. La commission scolaire a demandé à chacun d'eux d'écrire une lettre expliquant les raisons pour lesquelles il appuie ou rejette ce projet.

Imagine que tu sois l'une des personnes consultées par la commission scolaire (l'étudiant, le professeur, le parent ou le directeur). Qu'écrirais-tu dans ta lettre?


Michael Brent Ross, Secondary I,
Dorval/Jean XXIII High School

To whom it may concern,

I am the father of two children, one of whom is a five year old girl, just beginning kindergarten, and the other a twelve year old son. As a parent, one of my main concerns is their safety. Therefore, it was not only shocking but also frightening to learn of the ongoing and escalating problem of drugs in my son's school. I have recently been informed that certain students sell drugs in the bathrooms. Consequently, the school board Marguerite Bourgeois is considering setting up cameras in the bathrooms of certain schools in order to halt this problem. Unfortunately, my son attends one of these schools. As a parent, I believe that I am rightly concerned, as should be any respectable parent, about children selling and buying drugs in schools. However, the potential enforcement of this law raises other issues, about which we need to be equally concerned, namely the infringement of individual privacy rights.

The first concern that we need to address is the placement of hidden cameras in bathrooms. This method of drug control, as some have suggested, is unacceptable. One can easily come to conclusion that in our culture, as well as in most others, the monitoring of the goings on in a public bathroom is somewhat disconcerting. As anticipated, these cameras will expose our children to unnecessary humiliation. That is, of course, if a bad person comes across this footage and uses it inappropriately. The bathroom is mostly used by innocent students and not by the few who sell the drugs. Therefore, I do not think that the pursuit of those few is worth our children's sense of security, privacy and comfort.

Also, we need to consider whether or not this tactic will in fact prevent the sale of drugs in schools. One could argue that placing cameras in the bathrooms does not really attack the problem itself but rather attacks peripheral issue, which is the location of drug sales rather than the act of trafficking itself. Instead of forcing pushers to sell drugs elsewhere, we should be more concerned about stopping their activities all together and educating our children about illicit drug use so that they will know how to deal with these issues.

My son doesn't like the thought of being watched while in the bathroom, he says it makes him feel "uncomfortable". For many students the school experience is already difficult enough without the additional worries that the invasion of personal privacy will bring. Our education system should aim to provide an environment in which students feel safe, not one that will most certainly create feelings of anxiety over something as fundamental as being watched in the bathrooms. As a parent, I would find it very disappointing to see my children's attitude towards school affected negatively because of this.

As a parent my primary role is to ensure the welfare and security of my children. As such I agree that preventative measures need to be put into place in order to shield our children from many of the evils of this world. Though some see the installation of cameras in bathrooms as a cure to chronic problems, I think we must bear in mind that sometimes the cure is worse than the symptoms it relieves.


Alexandra Cloutier Dydzak, Secondaire IV,
Villa Ste-Marcelline

C'est avec la plus grande célérité, en tant que parent concerné et membre du comité d'école, que je réponds à votre lettre. Si je partage l'inquiétude de vos membres quant à l'accessibilité de stupéfiants et de narcotiques dans nos écoles, j'éprouve cependant un certain inconfort quant aux mesures suggérées par votre projet. Ainsi, sans plus tarder, j'étudierai le problème sérieux, abordé sous pli, qu'est la vente de drogues dans les toilettes des écoles secondaires, et ce faisant, je vous expliquerai ma prise de position quant à l'installation de caméras dans ces mêmes lieux.

Les premiers mots qui me sont venus à l'esprit lorsque j'ai appris que vous envisagiez la pose de caméras dans les toilettes étaient " intrusion et violation de l'intimité d'un individu ". Et puis, à bien y réfléchir, je ne crois pas que la solution à ce problème se situe réellement à ce niveau. En fait, en tant que mère d'une adolescente de 16 ans, je me sens obligée de pousser la logique de cette action jusqu'au bout, et de vous demander dans ce cas : " Pourquoi le gouvernement n'installerait-il pas de caméras dans les autobus, à chaque coin de rue, voire dans tous les endroits publics? " Car n'est-il pas juste d'affirmer que toute transaction de narcotiques peut aussi bien se faire dans les toilettes d'un MacDonald ou à l'arrêt d'un autobus qu'à l'école? En effet, l'école étant un microcosme de la société, il n'est pas étonnant que la vente de drogue y ait cours. Par ailleurs, un adolescent en manque n'aura aucune difficulté à en trouver dans son environnement immédiat.

Cela me mène à ma deuxième et, peut-être, plus importante réflexion. Vous écrivez dans votre lettre qu'on vous a demandé de prendre des mesures concrètes afin d'enrayer le problème de consommation de drogues, qui causait chez certains élèves un sentiment de crainte. Votre solution : installer des caméras dans les toilettes. Mais croyez-vous sincèrement que c'est là bien poser le problème? Non, je pense qu'il faut plutôt traiter le mal à sa racine. Je vous assure, en ayant discuté à maintes reprises avec mon adolescente et ses copains, qu'il serait plus efficace de donner des cours, voire d'organiser des rencontres hebdomadaires ou mensuelles avec des gens ayant souffert de traumatismes de vie dus soit à l'utilisation ou à l'abus de drogues, d'alcool, de médicaments ou d'autres substances, soit en raison de toute autre situation, et d'offrir des séances destinées à l'expression, où chaque étudiant aurait l'occasion d'émettre son avis sur des sujets divers de la vie quotidienne. De cette manière, en tant que société, nous réussirions à forger une prochaine génération munie des outils nécessaires pour analyser et émettre des opinions avisées sur les différentes facettes de la vie et du monde, détenant un savoir, des principes et une plus grande facilité d'expression. Une génération qui nous rendrait tous fiers.

En fait, l'idée d'installer des caméras dans les toilettes visait à rendre la vente de drogues plus difficile et, conséquemment, à faire de l'école un endroit plus sain et davantage propice à l'enseignement et à l'apprentissage. Je ne pense cependant pas que la très grande majorité des adolescents soient assez imprudents pour se risquer dans de tels périples. Toutefois, chaque fois qu'un étudiant se laisse tenter par l'argent facile de ce genre de commerce et se fait attraper, cela devrait servir d'exemple pour tous. Bien que cette position puisse vous sembler très dure et quelque peu conservatrice, surtout envers des adolescents, j'affirme sans la moindre hésitation que le souvenir d'un compagnon de classe, emmené par la police, accusé de vente de drogue et reconnu coupable, puis séjournant dans un centre pour jeunes délinquants, remettrait fortement en question l'usage ainsi que la circulation de stupéfiants entre étudiants. Tout au moins, à leur âge, et même encore aujourd'hui, un tel scénario ne m'aurait-il pas solidement marquée!

Cela étant dit, j'ose espérer que ces quelques réflexions pourront vous être utiles et que vous saurez, chers membres de la commission scolaire, prendre la bonne décision quant à l'exécution ou non de ce projet d'envergure, sachant qu'il est susceptible de modifier et de modeler la société dans laquelle nous vivons. Mais n'oubliez surtout pas que nos enfants, notre futur, grandiront mieux dans une société qui les accepte, les aide à grandir et à découvrir leurs fautes, plutôt que dans une société qui cherche à les prendre en défaut.

Une mère concernée par le bien-être de ses enfants.

 

 
 

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