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Volume 37, no 13
Septembre 2005

Être avocat, ce n'est pas comme
dans les films!

Annie Lafrance
C'est ce qu'a laissé échapper Olivier Leclerc-Lagacé, 13 ans, après que le verdict de non-culpabilité ait été rendu, à l'issue du procès dans lequel il agissait comme avocat de la défense… poste obtenu grâce à la « complicité avouée » du Barreau de Québec et de son bâtonnier!

Au terme de la semaine du camp de jour d'Éducaloi, Aventures en cour, qui s'est déroulée à Québec du 4 au 8 juillet, Olivier et 15 autres adolescents de Québec, âgés de 13 à 15 ans, se sont familiarisés avec les rouages de la justice québécoise. Ils ont rencontré plusieurs intervenants du milieu de la justice, visité des cellules à sécurité maximale, ainsi que l'Assemblée nationale. La dernière journée, les jeunes ont simulé un procès devant juge et jury. Ils ont alors porté la toge et endossé Rôles d'avocats, d'huissier, de victime, d'accusé, de témoins et de jurés.

Que de travail!

L'histoire de ce procès est relativement simple. Une chicane entre deux étudiants d'une classe de musique tourne au vinaigre. Le plaignant dit s'être fait agresser, alors que le jeune homme accusé de voies de fait plaide la théorie de l'accident. Une situation qui n'a rien de rocambolesque ou d'extraordinaire, mais à laquelle les jeunes peuvent facilement s'identifier. « Nous avons monté une cause qui est facilement compréhensible pour des adolescents, même si les personnages sont un peu plus âgés qu'eux », dit la responsable du camp, Me Annick Gariépy, d'Éducaloi.

Devant le parlement, à Québec, la joyeuse équipée provenant de l'école Samuel-de-Champlain de Beauport et la polyvalente de Charlesbourg
Devant le parlement, à Québec, la joyeuse équipée provenant de l'école Samuel-de-Champlain de Beauport et la polyvalente de Charlesbourg

Malgré tout, certains ont été étonnés, et même un peu exaspérés, par la charge de travail nécessaire à cette simple cause. « C'est beaucoup de préparation, un procès! s'est exclamé Félix Veillette-Potvin. Je ne m'attendais pas à autant de paperasse, surtout durant les vacances! »

Le vocabulaire d'un univers

Durant la semaine, les participants au camp ont appris plusieurs notions de droit et à se démêler avec le lexique juridique, ils ont fouillé quelques dossiers pour se mettre à l'aise, et, avec l'aide d'avocats, ils ont bâti cette cause fictive. Fiches-mémoires en main, ils étaient fin prêts à affronter le juge Denis Jacques, de la Cour supérieure du Québec, qui a présidé la cause.

Fébriles et nerveux, ils ont tout de même gardé leur sérieux devant le juge et le jury - composé d'adolescents, de parents, et même d'un avocat et d'un juge! - malgré la présence des médias, de membres de la communauté juridique et de parents. « Il faut bien parler en Cour, et bien articuler. Une chance que j'avais mes fiches pour me souvenir de mes questions », a ajouté Félix, au terme de l'exercice. « Moi, j'ai non seulement appris la signification du mot plaidoirie, mais aussi à en faire une », dit la jeune Lysa-Ann Drapeau, « ; procureure de la Couronne » ; pour l'exercice.

De futurs avocats?

Même si Rôles ont été déterminés au hasard, certains ont enfilé la toge avec aisance. Certains jeunes ont fait la démonstration de leurs talents d'orateur et de persuasion, surtout durant les interrogatoires, ce qui a plutôt impressionné le juge et les avocats présents dans la salle. « Le camp aura valu la peine, ne serait-ce que si un seul de ces jeunes choisissait de s'orienter dans une profession juridique », a affirmé le bâtonnier de Québec, Jacques G. Bouchard, au terme de la semaine.

Le bâtonnier de Québec, M<sup>e</sup> Jacques G. Bouchard, a suivi de près le procès que sa section «<i> a financé </i>»! On le voit, ici, remettre une attestation de réussite à Jasmine Gitego.
Le bâtonnier de Québec, Me Jacques G. Bouchard, a suivi de près le procès que sa section « a financé »! On le voit, ici, remettre une attestation de réussite à Jasmine Gitego.

Visiblement bien préparés, les jeunes ont respecté le décorum au pied de la lettre, cherchant parfois du regard leur animateur pour s'assurer de leur tour de parole. « Aujourd'hui, on avait des rôles. Mais on sait qu'un procès, ce n'est pas une pièce de théâtre. Il faut être sérieux et avoir des preuves solides », poursuit Lysa-Ann.

La justice, en tournée québécoise!

La formule Aventures en cour n'en est pas à sa première édition, mais c'était la première fois que le camp sortait de Montréal. C'est que le Barreau de Québec a répondu à l'appel, lancé il y a quelques mois à tous les bâtonniers de section par la directrice générale d'Éducaloi, Me Nathalie Roy, d'épauler financièrement son organisme dans son projet de tournée de la province.

Pour le bâtonnier de Québec, l'expérience est fort concluante. « Nous allons proposer de nouveau la tenue de ce camp pour d'autres groupes scolaires l'an prochain, c'est certain », a indiqué Me Bouchard.

Le juge Denis Jacques, de la Cour supérieure, officiait. Les médias ont été nombreux à couvrir cette Aventure en cour : TVA, CBC, TQS, SRC, Beauport express, Charlesbourg express, le Journal de Québec.
Le juge Denis Jacques, de la Cour supérieure, officiait. Les médias ont été nombreux à couvrir cette Aventure en cour : TVA, CBC, TQS, SRC, Beauport express, Charlesbourg express, le Journal de Québec.

Ceux qui demain seront à la barre… de la société

Selon Me Roy, «Aventures en cour est un projet qui répond de façon très directe et très concrète à notre mission, qui est d'informer les gens de leurs droits et obligations. Nous ciblons aujourd'hui la population active de demain, et je crois que nos animateurs et conférenciers ont bien vulgarisé l'information aux jeunes. » « C'est déjà difficile de plaider devant la Cour, alors de voir avec quel brio ils se sont acquittés de leurs fonctions, c'est vraiment emballant! » a pour sa part ajouté le juge et président du conseil d'administration d'Éducaloi, Denis Jacques. Ce dernier souhaite que l'expérience se propage partout en province et il réitère l'invitation faite aux barreaux de section.

Un monde impressionnant

Hormis la simulation du procès, les adolescents disent avoir été impressionnés par tout le système judiciaire québécois. S'ils le qualifient de « ; complexe » ;, ils disent se sentir en sécurité et avoir confiance en la justice. «Tous les gens que nous avons rencontrés ont été très gentils et ils ont à cœur la justice. En fait, le travail d'un avocat est de trouver la vérité », retient Kim Charrois-Côté, participante. Un cheminement qui a été facilité par les mises en scène du camp, l'audition d'une cause réelle, le suivi du travail d'un avocat, ainsi que divers jeux de rôles. Un de ceux-là a été La tête de l'emploi, au cours duquel les jeunes devaient découvrir qui, des quatre panélistes, était juge. Eh bien, le bâtonnier Bouchard a récolté de nombreux votes!

Pour la petite histoire…, c'est finalement le « vrai » juge, Jean-Pierre Dumais, qui a obtenu le plus de voix. Quand on a demandé aux élèves « ; pourquoi lui? » ;, le jeune Olivier Leclerc-Lagacé, en s'adressant au juge, a répondu : « Parce que vous aviez une belle façon de parler et que vous souriiez tout le temps, comme le juge que nous avons rencontré hier! »

Acquittement à Montréal également!

Cet été, ils auront été deux barreaux de section à faire la courte échelle du droit à des élèves du secondaire. Tout comme celui de Québec, le Barreau de Montréal a mis l'épaule à la roue en offrant un soutien financier pour donner vie au camp et permettre à 17 adolescents de l'école Dorval/Jean-XXIII de s'« aventurer en cour »!

Devant un auditoire captivé et sous la présidence de la juge Carole Brosseau, la cause R. c. Dupont-Davignon a connu son dénouement le 22 juillet dernier, au palais de justice de Montréal. Sur le coup de midi, le verdict est tombé : « Nous déclarons Gaël Dupont-Davignon non coupable », a annoncé Sony Pierre, 14 ans, président du jury. 14 ans? Oui, tout comme la plupart des avocats ayant plaidé cette affaire!

À l'instar du camp ayant eu lieu à Québec peu de temps auparavant, les jeunes ont eu l'occasion de vivre une semaine à saveur juridique. Entre les cours de plaidoirie et d'interrogatoires 101, les participants ont notamment visité l'Assemblée nationale, rencontré une juge de la Cour d'appel et ils se sont familiarisés avec les différents rouages des appareils judiciaire et législatif.

Éducaloi espère répéter l'Aventure l'an prochain et, pour ce faire, compte sur l'appui des différents intervenants du milieu de la justice.

La rédaction

 

 
 

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