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Si l'entreprise le fait, elle s'expose à des sanctions, puisqu'elle agit en contravention de l'article 22 de la Loi sur les ingénieurs, commettant ainsi l'infraction pénale prévue et sanctionnée par les articles 32, 188 et 188.1(3°) du Code des professions (le Code). Cette dernière disposition érige en infraction le fait d'autoriser ou d'encourager une personne non membre d'un ordre d'une profession d'exercice exclusif à utiliser le titre réservé aux membres de cet ordre.
L'article 188 du Code prévoit, pour sa part, des amendes variant de 600 $ à 6 000 $ pour toute contravention aux dispositions du Code, ainsi qu'à celles énoncées dans les diverses lois professionnelles, en l'occurrence l'usage illégal du titre « ingénieur », seul ou avec qualificatifs, tel qu'interdit par les articles 22 de la Loi sur les ingénieurs et 32 du Code.
Voilà ce que Microsoft Canada s'est fait confirmer dernièrement par la juge Carol Cohen, de la Cour supérieure du Québec1, à l'issue de son appel infructueux d'un long jugement rendu oralement par le juge Claude Millette, de la Cour du Québec, le 5 avril 2004, la déclarant coupable de l'infraction reprochée et la condamnant à une amende de 1 000 $.
En bref, nul ne peut utiliser le titre d'ingénieur2 ou encourager une autre personne à le faire, à moins d'être membre en règle de l'Ordre des ingénieurs du Québec, ou que cette autre personne ne le soit. Voilà l'état du droit, même si d'aucuns peuvent prétendre qu'une telle prohibition absolue entourant l'usage du titre d'ingénieur relève d'un anachronisme mal arrimé avec la réalité actuelle du commerce et des technologies nouvelles. Aujourd'hui, dans le langage courant, le mot « ingénieur » se trouve souvent utilisé « à toutes les sauces », remarquait le juge Millette. Mais, voilà, le tribunal n'a pas à prendre en compte ces conjonctures, sa compétence se limitant ici à appliquer strictement l'article 188.1 du Code et la prohibition émanant de l'article 22 de la Loi sur les ingénieurs, cette dernière étant par ailleurs claire et limpide. Seul l'Ordre des ingénieurs pourrait décider de la modifier.
Toutefois, en juillet 2002, sa filiale canadienne, Microsoft Canada, est revenue sur cette position. Dans une lettre (sans date) envoyée à ses quelque 35 000 détenteurs de certification au Canada, Microsoft Canada les a « avisés » (« instruct » dans la version anglaise de la lettre) qu'ils peuvent continuer d'utiliser le mot « ingénieur » dans l'appellation « ingénieur système certifié Microsoft ».
À noter que les personnes ayant suivi la formation de Microsoft permettant d'accéder au niveau dit « ingénieur système certifié Microsoft » ne sont pas, en général, des employés de Microsoft. Et cette dernière n'exige pas qu'elles aient, au préalable, obtenu un diplôme universitaire en ingénierie ni qu'elles soient membres en règle de l'Ordre professionnel d'ingénieurs de leur région ou le deviennent.
Quelque temps après l'envoi de cette lettre, le 25 juillet 2002, Microsoft Canada, par voie de communiqué public sur CNW, revenait à la charge et déclarait : « Microsoft Canada Co annonce aujourd'hui qu'elle continuera à utiliser le mot "ingénieur" dans la désignation "ingénieur système certifié Microsoft" ».
À la suite de cette annonce, l'Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ) a signifié, par voie de communiqué public, son désaccord à l'égard de la position de Microsoft Canada. À titre d'ordre professionnel régi par le Code des professions, dans le cadre de ses activités de lutte contre la pratique illégale, et plus spécifiquement contre l'usurpation du titre d'ingénieur, l'OIQ a ensuite ouvert une enquête l'ayant conduit à intenter une poursuite pénale contre Microsoft Canada pour « avoir sciemment amené, par une autorisation ou un encouragement, une personne qui n'est pas membre de l'Ordre des ingénieurs du Québec à utiliser le titre d'ingénieur, commettant par là l'infraction prévue à l'article 188.1 du Code des professions ».
En effet, la (seule) question que devait résoudre le juge était de savoir si, dans les faits, la poursuite a bien démontré que Microsoft Canada a amené, par une autorisation ou un encouragement, une personne à utiliser le titre d'ingénieur. Et la réponse est indéniablement oui.
« Lorsqu'une personne, déclare le juge, oralement3, donne un ordre à quelqu'un de faire quelque chose et que cette personne le fait, je ne pense pas qu'il soit nécessaire d'argumenter longtemps sur le lien de cause à effet. […] Et ceci m'apparaît d'autant plus évident lorsqu'on lit le texte du communiqué, si j'ose dire, ou de la lettre qui a été envoyée […] en juillet 2002. […] cette lettre constitue clairement une autorisation […]. »
1Microsoft Canada Co c. Ordre des ingénieurs du Québec, C.S.Q., 500-36-003388-041, 22 juin 2005.
2À l'exception du titre « ingénieur forestier », qui désigne les professionnels appartenant à l'Ordre des ingénieurs forestiers.
3Transcription, p. 3-10.
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