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Shakespeare lui-même ne soupçonnait pas l'impact qu'aurait cette phrase qui, bien que citée hors contexte et tirée d'une de ses pièces écrite à la fin du XVIe siècle, continue d'être répétée.
Encore récemment, mon propre père portait à mon attention, sourire en coin, un texte du missel Prions en Église, où on apprend que le peuple rendait hommage à Saint-Yves - patron des avocats qui vécut au XIIIe siècle - par cet adage : « C'était un avocat qui n'était pas voleur, chose étonnante pour les gens. »
Quelques siècles plus tard, je constate que les avocats, à l'instar des blondes et des « Newfies », alimentent encore et toujours une banque de blagues bien garnie.
Cette préoccupation ne date pas d'hier, et, lors de la journée d'information du Conseil général le 16 juin dernier, les bâtonniers réitéraient leurs attentes face au Barreau du Québec quant à l'image de la profession. L'Association du Barreau canadien vient tout juste d'annoncer la mise sur pied d'un groupe de travail « vérité et réconciliation » sur l'image de la profession, auquel sera convié le public. Lors de mon passage au congrès annuel de l'American Bar Association, j'ai pu constater là aussi que ce sujet préoccupe beaucoup nos confrères du pays voisin.
La lutte contre des stéréotypes aussi solidement ancrés dans l'imaginaire collectif semble perdue d'avance. Laissons pour l'instant ces préjugés continuer d'éprouver notre sens de l'autodérision. Je vous propose non pas une stratégie de défense, mais un véritable plan d'attaque. Et pour mener l'attaque, deux armes : la communication et l'autodiscipline.
Le contexte particulier dans lequel on fait appel à un avocat exige une communication à toute épreuve entre l'avocat et son client.
Lorsqu'un client consulte un avocat en situation de litige ou même de crise, les enjeux sont gros, et les émotions à fleur de peau. Ses attentes envers lui sont alors parfois démesurées, et l'issue d'un procès d'autant plus mal comprise.
Il peut en être tout autrement d'une relation de conseil et d'accompagnement dans laquelle l'avocat travaille sur une base continue avec un client.
Dans les deux cas toutefois, la communication est la clé pour s'assurer que les attentes du client sont réalistes et les services offerts bien compris. Le lien de confiance n'en sera que plus grand. Et, à ce chapitre, on s'en sort plutôt bien.
Si, à la question « faites-vous confiance aux avocats? » 70 % des gens répondent par la négative, à la question « faites-vous confiance à votre avocat? » 70 % de gens répondent par… l'affirmative! Autrement dit, l'essayer, c'est l'adopter!
Et c'est ici que le Barreau intervient. Je suis une fervente partisane de la transparence et de la communication de nos activités d'autodiscipline. Il faut constamment faire connaître le rôle du Barreau et les mécanismes en place pour protéger le public : information, conciliation, enquête disciplinaire en cas de manquement déontologique, arbitrage de comptes d'honoraires, assurance-responsabilité en cas de faute professionnelle, et indemnisation en cas d'utilisation à des fins autres de sommes confiées à l'avocat.
Il faut aussi lutter contre le préjugé voulant que le Barreau ne protège que ses membres.
Le financement de la gestion des activités de protection du public et des dédommagements octroyés est assumé entièrement par les avocats. En fait, c'est la moitié de nos cotisations qui sont affectées à l'ensemble du volet protection du public.
Et nous faisons notre travail : l'an passé, le Bureau du Syndic a répondu à plusieurs milliers d'appels. Après information, conciliation ou enquête, 126 plaintes ont été portées contre nos membres.
L'an passé seulement, une somme de 311 000 $ de notre Fonds d'indemnisation a été versée à des clients floués par leur avocat.
Et la liste se poursuit.
Il faut continuer de faire connaître les services disponibles pour les citoyens. Et continuer de miser sur la prévention en valorisant la formation permanente, dans laquelle nous avons choisi d'investir un demi-million encore récemment1, et l'inspection professionnelle.
Chacun d'entre nous joue ce rôle de plusieurs manières : par les dossiers et les causes, par l'avancement de la doctrine, par l'enseignement, l'information et la vulgarisation du droit, par la participation aux nombreux comités du Barreau qui commentent les projets de loi et permettent au Barreau de jouer un rôle de jurisconsulte auprès du législateur.
Il existe aussi dans notre profession une culture de générosité qui gagnerait à être davantage connue2. Quel conseil d'administration d'organisme sans but lucratif ne comprend pas au moins un avocat? Qui connaît la panoplie de services juridiques gratuits offerts par les avocats? Encore là, il ne s'agit pas d'obliger les avocats à en faire plus, seulement à faire connaître tout ce qui se fait déjà.
Je me plais à imaginer que, si Shakespeare avait eu à résumer l'éternel paradoxe de l'image de l'avocat - qui est à la fois ridiculisé et respecté, méprisé et admiré -, il l'aurait fait en ces termes : être et bien paraître, là est la question.
Bâtonnière du Québec, Madeleine Lemieux mlemieux@barreau.qc.ca
1Voir l'article de Guylaine Boucher «La réflexion mène à un virage majeur», Journal du Barreau, août 2005, p. 3.
2Voir le Propos de la bâtonnière intitulé «Pour le meilleur… et pour le bien (pro bono) », de l'édition août 2005 du Journal du Barreau.
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