ATTENTION : Les archives du Journal du Barreau vous sont présentées telles qu'elles ont été déposées sur le Web au moment de leur publication. Il est donc possible que certains liens soient non fonctionnels et que certains renseignements soient périmés.

Pour toute question ou commentaire concernant le Journal, communiquez avec journaldubarreau@barreau.qc.ca

Visitez la page officielle du Journal du Barreau sur le site Web du Barreau du Québec.

 
Volume 37, no 13
Septembre 2005

Le carnet d'adresses d'un juriste
techno

Christian Côté

Farfelue, l'idée d'ouvrir son carnet de signets Internet à l'ensemble de la population de juristes? Pas tant que ça! Surtout lorsque l'initiative vient d'un avocat québécois et que celui-ci n'a d'autre but que de faciliter le travail de ses collègues. En fondant il y a cinq ans Obiter 2 (www.obiter2.ca), son portail Internet de référence, Me Marco Rivard venait combler une lacune criante. Aujourd'hui, son site demeure d'une utilité indéniable.

Marco Rivard est un avocat bien branché. Le chef du Service du contentieux de la Ville de Longueuil a pris le pari d'utiliser le réseau des réseaux comme source d'information de premier plan, avant même que ne se développe pleinement le virage informatique. Force est d'admettre que le jeu en valait la chandelle.

Celui qui se désigne aussi comme un « ; juriste techno » ; offrait un atelier pratique sur la question, en mai dernier, dans les locaux de l'édifice du Barreau, à Montréal.

Pour l'occasion, l'avocat avait emporté son coffre à outils virtuel. Ce coffre pratique, nommé Obiter2, allait nous être révélé dans tous ses détails au cours de cet atelier, placé sous le signe de la convivialité.

Un portail très fréquenté

S'il n'en dépendait que de Me Rivard, tous les avocats seraient tenus de se mettre au plus vite à une formation informatique intensive. Trop de juristes, à son avis, lèvent encore le nez sur l'ordinateur et ses possibilités sans fin. Une hérésie, en 2005, selon le principal intéressé.

« Pour de nombreux avocats, utiliser l'ordinateur s'apparente avec le travail de secrétariat, évoque notre juriste techno. Ça les rebute complètement d'avoir à toucher à un clavier et une souris. »

La relation entre les avocats et l'informatique ne serait donc pas encore idéale.

C'est dans ce contexte qu'intervient Obiter2. Fondé en 2000, sur les bases d'un ancien forum de discussion entre avocats et portant sur le virage informatique, Obiter2 obtient désormais autour de 1000 visites par jour, en moyenne.

Le secret d'un tel succès? En fait, le portail ne fait que rassembler en un seul endroit les différentes ressources - et elles sont nombreuses - qui facilitent le travail du juriste.

Et que vient-on y trouver, en particulier? De tout : des bases de données sur la question juridique, l'incontournable moteur de recherche Google, des sites ressources gouvernementaux et juridiques, sans oublier des centaines de cas de jurisprudence, des registres officiels et d'autres outils.

Finies, les recherches exténuantes et coûteuses dans les archives papier! Internet pourrait très bien avoir la réponse à votre question.

Un exemple? Jetons un coup d'œil du côté de la jurisprudence et des informations qu'on peut y trouver. La Cour suprême a déposé dans Internet tous les jugements qu'elle a rendus depuis 1983. La Cour fédérale et la Cour fédérale d'appel ont aussi emboîté le pas, pour une période rétroactive remontant à 1997.

Au Québec, tout ce qui concerne les décisions des divers tribunaux est facilement consultable grâce au concours de la Société québécoise d'information juridique (SOQUIJ). Des moteurs de recherche viennent aussi compléter ces outils de recherche. Économie de temps, dites-vous? Et qui plus est, tout cela est offert gratuitement.

Indispensable, vous dites?

De l'avis de Me Rivard, cet accès gratuit à la jurisprudence est l'une des trois principales raisons qui devraient encourager tout avocat à se tourner sans plus attendre vers la navigation sur Internet.

« Les deux autres éléments hyperpratiques pour un juriste sont l'accès aux lois, mises à jour en tout temps, sur le site des Publications du Québec, et la mise sur pied du Centre d'accès à l'information juridique (CAIJ). C'est gratuit, performant, et extrêmement utile. On peut dire que c'est devenu indispensable », soutient Marco Rivard.

Grâce à son chapelet d'adresses mises en ligne, Me Rivard ne fait pas que proposer des liens d'aide et de l'information, au demeurant, fort utiles; il encourage, en quelque sorte, les membres de la profession à modifier leur façon de travailler. Après tout, le virage informatique est sûrement en train de s'opérer, constate-t-il.

« Il y a cinq ans, je demandais aux participants à mes ateliers quel était leur niveau de compétence à l'ordinateur, se rappelle Marco Rivard. La majorité disait n'être que des débutants et peu de gens avaient Internet haute vitesse. »

Et cette époque n'est pas aussi lointaine qu'on pourrait le croire : au même moment, on essayait de composer avec la pseudo-catastrophe du bogue de l'an 2000, et le 11e jour de septembre n'avait pas encore de connotation funeste...

« Quand j'ai commencé mes ateliers en 2000, la situation n'était pas bonne, relate Me Rivard. Je devais faire un "pep talk", en quelque sorte, pour motiver les avocats présents à employer l'informatique. Cinq ans plus tard, les gens ne viennent plus à mes ateliers pour connaître le pourquoi de l'informatique, mais pour apprendre le comment, ils veulent savoir comment les outils fonctionnent, ils voient que c'est devenu incontournable. »

Sans aller jusqu'à qualifier ses collègues avocats de « ; dinosaures de l'informatique » ;, Me Rivard avance toutefois que d'autres sphères organisationnelles au Québec démontrent pas mal plus d'assurance avec Internet et les ordinateurs. Il pense, par exemple, à des ateliers qu'il a donnés au gouvernement et dans des bureaux privés, où, semble-t-il, l'environnement virtuel était mieux maîtrisé.

Cette cohabitation apparemment difficile entre juristes et informatique est d'autant plus inexplicable que les ressources disponibles dans le domaine juridique sont riches et nombreuses.

Des choses à corriger

Comme il y a encore du chemin à parcourir avant de dire que la profession est complètement autonome en informatique, Me Marco Rivard profite de ses ateliers pour donner quelques notions de base, qui faciliteront les recherches sur la Toile.

Par exemple, s'il y a une chose sur laquelle il insiste, c'est la fonction « ; rechercher dans la page » ; que tout système d'exploitation informatique met à notre portée en un clic de souris. En fait, si les participants à l'atelier devaient ne conserver qu'une seule notion de cette rencontre avec le juriste techno, ce serait celle-ci, affirme Me Rivard.

D'ailleurs, ceux qui sont familiarisés avec l'informatique seraient surpris de connaître le nombre d'avocats qui ne savent pas encore comment réaliser cette opération fort simple.

Loin de se faire pessimiste, Marco Rivard considère en fait que la situation est plutôt encourageante au Québec. En bon perfectionniste, il croit toutefois que quelques détails devraient être corrigés dans un avenir rapproché.

« Il y a plusieurs bons coups à relever au Québec et au Canada, mais je crois qu'il y a encore du travail à faire dans l'accessibilité gratuite à l'information, estime-t-il. Je déplore beaucoup le fait que la Gazette officielle ne soit pas gratuite. Il y a un problème là, c'est un peu comme de commercialiser la loi. »

Chose certaine, Marco Rivard peut se permettre de se faire critique quand il est question de gratuité. Son Obiter2, il l'a bâti durant ses temps libres, à raison de quelques milliers d'heures de travail depuis plus de cinq ans, à fouiller afin de dénicher les derniers outils qu'il croit utiles au juriste.

Et la rémunération dans tout ça? Niet, rien, nada. Seule, peut-être, la satisfaction d'avoir bâti un outil de travail de premier plan qui sert à faciliter la vie à nombre de ses collègues.

 

 
 

Retour au haut de la page

© Barreau du Québec 1996-2012